17.12.2005
Transfert du Groupe "Alerte-Nature-Maroc", vous devez vous réinscrire sur le Groupe Yahoo pour accéder aux nouveaux fichiers.
Copiez cette URL sur votre navigateur: http://homepage.mac.com/jmdelacre/inscription/ La suite déménage sur les Groupes Yahoo. Cette formule n'était pas assez lisible, et trop peu souple question mise en page.Merci de votre compréhention. Jean Delacre, modérateur.
18:50
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Rép. Interwiew sur Medi 1
----- Original Message -----From: Ait Ali Marysette To: Michel R. Tarrier Sent: Friday, December 16, 2005 11:37 PM Subject: RE: Grand merci !Votre message était remarquablement concis! J'imagine donc que vous avez été informé de la diffusion de notre entretien sur la cédraie du Moyen Atlas, 2 diffusions jeudi mi journée et vendredi matin. Et vous avez meme eu droit à une reprise de la Map! (voir dépêche ci-dessous). Je n'ai pas encore pris contact avec M. Benabid, je le ferai dans le courant du mois prochain.Bonnes fêtes Marysette Ait Ali LE DÉBOISEMENT ET LE PASTORALISME POURRAIENT CONDUIRE À L'EXTINCTION DES CÉDRAIES DU MOYEN ATLAS Rabat, 15 déc (map)- le déboisement, la sécheresse et le pastoralisme intensif pourraient conduire d'ici 10 ans à l'extinction de la forêt de cèdre du moyen atlas, a affirmé m. michel tarier, expert à l'institut scientifique de rabat. m. tarier, qui s'exprimait dans l'émission ''page magazine'' diffusée jeudi par "radio médi 1", a souligné que "la forêt subit des coupes dans le sous bois où l'on détruit les petits chaînes verts formant l'essentiel de la futaie pour être ensuite exposée à l'élevage". l'expert scientifique a révélé que l'état des lieux actuel des cèdres du moyen atlas est "catastrophique" du fait qu'"il n'y a aucune mesure pour préserver cette richesse naturelle". aux alentours d'azrou et d'ifrane, il y avaient encore des périmètres en défens mais depuis deux ans, avec la sécheresse, toutes ces zones ont été abattues et livrées aux animaux, a-t-il relevé. selon lui, le sol, qui est pulvérulent pendant la sécheresse, compacté lorsqu'il pleut et piétiné par des milliers de moutons, devient hostile à toute végétation. le reboisement existe, certes, mais on ne peut, a-t-il estimé, "inclure des petits semis de 5 cm dans les mêmes statistiques d'un cèdre de 4 à 5 siècles". "il faut conserver les cédraies et ne pas chercher à les reboiser", a-t-il souligné, lançant un appel aux décideurs et responsables des eaux et forêts pour sauver la forêt de cèdres du moyen atlas.(map) by---ect.. al.. ® map 151720 gmt dec 2005
10:31
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14.12.2005
Sensible
From: Christophe Bertin To: tarrier@ctv.es Sent: Wednesday, December 14, 2005 7:52 PM Subject: Sensible Cher Michel, Tu ne me connais pas, moi un peu car je suis allé sur ton site, suite à ton invitation sur la liste de diffusion de la Fondation Nicolas Hulot. Je me présente donc rapidement :Christophe Bertin, 23 ans, sans emploi. Attiré par la Nature, j'ai passé mon bac STAE puis j'ai tenté un BTS Gestion Protection de la Nature, mais je ne l'ai pas validé et me suis arrêté en première année car je m'attendais à plus d'actions étant donné l'urgence des problèmes actuels. Ton site est très riche et je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais j'ai quand même pris le temps d'admirer quelques papillons et puis je suis tombé sur ton article intitulé Tout doit disparaître qui m'a impressionné tant il dresse avec précision un constat sur la vérité tristement actuelle. Tu parles essentiellement du Maroc mais ton article soulève des problèmes qui ont pour conséquence le saccage de la planète toute entière, pas seulement du Maroc. Je suis très sensible à la dégradation de la Nature dont nous sommes tous issus et, comme beaucoup, ne comprends pas pourquoi nous nous obstinons à continuer dans de mauvaises directions. C'est dramatique ! Mais ton texte me donne de l'espoir car il explique très bien que les petits humains sont coupables. Et il faut que cette vérité soit relayé pour que les gens se rendent comptent à quel stade on est arrivé et ne puissent plus dire : "On ne savait pas...", mais qu'ils se mettent à oeuvrer ensemble pour rendre à la grande Nature sa dignité. En ce qui me concerne, je te promets que je vais tout faire pour aller dans le bons sens et pour emmener le maximum de gens avec moi. Certes, tout cela est très compliqué et pour le moment je suis sans emploi mais ça ne peut plus durer. Je vais donc m'atteler à la tâche et vais tout faire pour contribuer à changer de monde le plus rapidement possible car ça urge ! Un grand bravo pour ce que tu fais,Bonne continuation ! Vive les papillons ! Christophe Bertin
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13.12.2005
Ultimatum - L'hécatombe qu Moyen Atlas
Paysages défigurés, écosystèmes dénaturés, forêts aux sous-bois dégarnis, biodiversité banalisée, sol écorché, lessivages catastrophiques, destructions irrémédiables, le Maroc est atteint de surpâturage chronique, le Maroc est « malade du mouton ». Les ravages de ce pastoralisme intempestif induisent une véritable pandémie écologique, un écocide lent, un risque d’extinction massive des plantes, de la faune et de la faunule débouchant sur une mort du sol, déjà nu, décapé et squelettique en bien des régions, qu’elles soient montagnardes ou mésétiennes, forestières, steppiques ou présahariennes, à tous les étages de végétation et dans tous les bioclimats. Plus de 20 millions d’ovins, de caprins et de camelins déciment les formations herbacées et arbustives, et les dégâts irréversibles sont parfois hallucinants. Triste record : 800.000 moutons paissent au sein des modestes cédraies du Parc national d’Ifrane, soit un troupeau sept à huit fois supérieur à ce qu’il devrait être dans un espace non protégé. Alors que dire dans une figure soi-disant dirigée ! Une législation jamais pratiquée est supposée établir la capacité de charge des parcours forestiers et permettrait de décider de la taille du troupeau que peut soutenir la forêt. Rien, sinon un appât du gain mal compris, ne peut raisonnablement expliquer cette croissance exponentielle qui a doublé en un quart de siècle, de façon concomitante avec une sècheresse de plus en plus récurrente.Naturalistes et experts des écosystèmes de la Méditerranée occidentale, particulièrement dédiés au biopatrimoine du Maroc, voici que depuis les quelques années de ce jeune siècle nous n’avons de cesse de tirer la sonnette d’alarme quant à l’agonie dont souffre bien des régions naturelles du Royaume, et notamment le « coma » écologique dans lequel se débat présentement la cédraie. Sans revenir, ni sur l’importance que représente les massifs forestiers du Moyen Atlas au niveau du futur des ressources, ni sur les détails de nos évaluations au double niveau de la perte des espaces et du déclin des espèces, nous croyons bon lancer cet ultimatum, afin que tout Marocain, que tout ami du Maroc, sache qu’il n’y aura bientôt plus rien à faire pour sauvegarder ce trésor de la biosphère, cadre de vie et de culture d’une population prise au piège.Les bioindicateurs de la cédraie sont au rougeDepuis les années 90, il nous fallu bien du talent pour répertorier quelques dizaines de sites encore bien conservés dans un périmètre Ifrane-Khénifra-Itzer, le fameux triangle du cèdre. La plupart des localités transmises par la bibliographie scientifique des botanistes et des zoologues, soit du temps du protectorat, soit par exemple des années 70, étaient déjà retrouvées dans un état moribond, avec un sol dénudé et démunie de la moindre vie sauvage. Notre analyse écologique prend particulièrement en compte les papillons de jours. Ces insectes sont en grande majorité inféodés à des plantes plus ou moins fragiles, et comme eux, d’un intérêt endémique ou remarquable, c'est-à-dire d’une valeur biopatrimoniale. La présence de ces papillons témoigne pour la bonne santé des lieux. C’est ce que l’on appelle des bioindicateurs. Pour être entendus, nous dirons que le papillon est le reflet de ce qu’il y a dessous, que lorsque le sol est privé de ses qualités biologiques, le dit papillon disparaît, et tout le reste dans la foulée. Certains dirons « qu’avons-nous à faire d’un simple papillon ? ». Bien que parfaitement compréhensible dans sa spontanéité, cette allégation prouve l’absence totale de compréhension concernant le milieu naturel. En cherchant à protéger « une bestiole », l’écologue lutte pour l’intégrité de l’espace, pour la conservation de la forêt et du pâturage, et donc pour le futur des populations tributaires des ressources locales. Il ne s’agit donc pas de protéger le papillon pour le papillon, ou la plante pour la plante, mais de sauvegarder une nature féconde et dans laquelle l’homme pourra encore tirer sa subsistance et son profit. Il en est de même d’un très grand nombre d’espèces animales dont l’éradication nous indique un point non retour, celui de l’anéantissement des campagnes et des montagnes, et de l’approche du jour où l’exode de l’agriculteur, du berger, de l’artisan et puis de toute la population sera rendu incontournable par une vie invivable dans un univers désertifié. L’enjeu n’est pas strictement et égoïstement scientifique, il est écoconscient et humanitaire. Notre discours est donc clair : la cédraie, comme toute autre formation naturelle, doit être protégée, gérée avec vigilance, faute de quoi la population rurale devra chercher ailleurs de quoi survivre. Hélas, cette cédraie est en voie d’extermination par des décennies de mauvaises techniques forestières, et par l’actuel surcharge du cheptel malencontreusement conjuguée aux affres d’une sècheresse drastique. C’est le coup de grâce.Sacraliser les reboisementsCe n’est pas pour rien qu’au Maroc, et probablement dans tous les pays où le pastoralisme souffre de démesure, l’inventaire des derniers « petits paradis », les ultimes havres de biodiversité, les poumons de diversité biologique se superposent aux seuls périmètres en défens, dont l’objectif initial est la régénération forestière. Ce sont en effet les seuls secteurs non soumis aux parcours ovins et caprins. Depuis les temps les plus reculés, les pays d’Afrique du Nord sont quasiment les seuls à pratiquer le parcours en forêt, véritable anachronisme. Partout ailleurs, le bétail est exclu de la forêt car il est jugé hautement préjudiciable à la conservation du sous-bois. Une forêt dégarnie de son sous-bois n’est plus une forêt, c’est une carcasse vide, c’est une forêt fossilisée. Si aucune végétation libre et confuse ne protège les semis naturels, comment la graine ou le rejet, broutés ou piétinés, deviendront-ils l’arbre de demain ? Au Maroc, même les figures d’aires protégées, tels que les Parcs, les Réserves ou les SIBE (Sites d’Intérêts Biologiques et Écologiques), sont paradoxalement et outrancièrement pâturées. Il s’agit donc d’une protection cosmétique, toute théorique. Faudrait-il en appeler au maraboutisme, c'est-à-dire à l’irrationnel, à l’obscurantisme, comme seule approche viable pour un scrupuleux respect et une garantie de conservation ? Car il est un fait que les pratiques maraboutiques ont permis jusqu’à ce jour la sauvegarde de bien des lieux, des associations végétales, des boisements et des arbres séculaires. C’est tout de même un peu pathétique à l’heure de la science et de l’Internet !Pour en revenir à ces judicieux programmes de reboisement qui font donc office de réservoirs génétiques pour l’avenir, comment comprendre qu’après seulement quelques années de mise au repos, sans attendre que les jeunes arbres aient atteint suffisamment d’âge pour résister à la dent du bétail, l’administration de tutelle puisse les livrer sans plus de discernement à l’assaut anarchique et agressif des chèvres et des moutons ? Les reboisements exigent des budgets faramineux, souvent soutenus par la coopération internationale, et des financements vertigineux sont ainsi engloutis. C’est donc doublement étrange qu’on leur « coupe l’herbe sous le pied » ! Dans les conditions écoclimatiques locales, il faut bien plus de dix ans pour conférer une remontée biologique à une biocénose, pour que les espèces végétales et animales parviennent à recoloniser l’espace mis en repos. Il faut ensuite, et le plus longtemps possible, se garder de pressions usagères trop intensives. Plutôt que d’être sabordés, les reboisements devraient être simultanément appréciés comme des Réserves du Vivant, et pour les plus emblématiques d’entre eux, après évaluation de leurs composantes flore-faune, faire l’objet d’une protection radicale et à long terme. Ces sanctuaires de renaissance naturelle constitueraient alors les perles d’un écotourisme dont on espère tant.La fin des beaux restesPour ce qui concerne le massacre des sites, un panel exhaustif d’exemples tous plus affligeants les uns que les autres documente nos assertions. C’est chaque fois les retrouvailles avec une reforestation dévastée, des arbrisseaux abroutis et moribonds, toute une strate végétale et arbustive anéantie, substituée par un sol devenu stérile, pulvérulent ou compacté par le piétinement, c’est selon la saison. Et il ne s’agit pas ici de quelques sites victimes et sacrifiés parmi tant d’autres encore en bonne vitalité, il s’agit et il s’agissait des derniers restes. Qu’il soit question, dans la cédraie ou dans son écorégion, par exemple, d’un certain reboisement du Massif du Kandar reconverti en parc à sangliers surnuméraires pour safari touristique ; de la magnifique afforestation du Plateau d’Ito subitement mis en pièces et « officiellement » désertifié au profit de l’oviculture ; des alentours de la maison forestière d’Ousmaa (escarpement d’Azrou) dont il vient d’être fait table rase par des troupeaux sédentaires (dans la foulée du précédent site de Tioumliline aujourd’hui squelettique) ; de l’immense et si riche périmètre du Tizi-n-Tretten (entre Ifrane et Mischliffen) que les « troupeaux-extincteurs » et les « bergers-pompiers » sont chargés de désertifier dès le premier regain « pour éviter que les cèdres ne brûlent » (sic le garde local) ; du considérable reboisement de la maison forestière de Tirhboula (Boulemane) subitement occis, tout comme les dernières nappes alfatières de la région, par des parcours autorisés ; de la forêt de Tourtite (Souk-El-Had) dont il ne reste rien ; de tout le périmètre du Tizi-Tanout-ou-Fillali, soigneusement régénéré puis réduit à néant ; d’un secteur très précieux du Jbel Tarharhat (à l’ouest d’Itzer) dont les clairières de la cédraie mixte, désormais pelées, constituaient un sanctuaire de biodiversité ; etc., liste interminable… La tronçonneuse invisibleComme tant d’autres lieux dans un pays originellement d’une incomparable richesse biologique, l’un des plus contrasté du zonobiome méditerranéen, ces sites étaient les précieux habitats d’un cortège d’espèces floristiques et zoologiques à nul autre pareil. Ne seraient-ce que les papillons bioindicateurs qui montraient des espèces remarquables, rares, endémiques, certaines de nature indigène, exclusives à ces biotopes, et dont il s’agissait de l’unique localisation connue pour tout le Continent africain ! Un exemple : les cartographies entomologiques livraient des associations pouvant atteindre jusqu’à 50 espèces différentes de papillons de jour sur un espace de 10 km de côté, la plupart à valeur patrimoniales. Qui dit mieux ? A peine dix ans – parfois moins - après la découverte par les spécialistes de leurs hauts indices qualitatifs (diversité) et quantitatif (densité des effectifs), il ne reste plus rien de ces habitats de premier rang, parcourus en long, en large, en travers et dans tous les sens par des hordes de troupeaux sédentaires et saccageurs.La cédraie, écran vert entre le Sud désertifié et le Nord menacé, a périclité de 40 % de sa superficie. Les causes du dépérissement du cèdre sont peut-être d’ordre climatique dans la partie la plus méridionale du Moyen Atlas, ainsi que dans le Haut Atlas oriental, mais la cédraie succombe aussi à l’effarante pression multi-usagère dont elle est victime. A commencer par plus d’un siècle de gestion forestière indigente ayant engendré de graves dysfonctionnements, en passant par le ramassage du bois de chauffe, pour finir par l’agression pastorale, qui plus est dorénavant quasi sédentaire. Dans les parties encore les plus vives des cédraies, des chênaies vertes, des zénaies, où la régénération se montre spontanée (Ifrane, Azrou, Aïn-Leuh jusqu’à Itzer), il est inadmissible de retrouver en quelques années des sites à la flore luxuriante, mortellement griffés par le pâturage, et dont le sol revêt tous les caractères de celui d’un…abominable terrain de football. Le cheptel surnuméraire ronge la forêt, ses effets perverses et coupables de dégâts incommensurables apparaissent vite comme irrémédiables, le terrain écorché devient lunaire. C’est ainsi que l’on détruit la forêt…, sans même couper les arbres !A l’heure de la lutte mondiale contre la désertification, du développement durable, des effets d’annonce sur la biodiversité, voire du principe de précaution, et de tant de gargarismes montant des symposiums et des congrès aussi pompeux et nombreux qu’inutiles, on pourrait se demander si les instances décideuses ne sont pas atteintes d’une inguérissable schizophrénie. Dans le domaine environnemental, un État se doit d’appliquer une politique volontariste, de veiller à des normes rigides de protection, dans l’intérêt du devenir des populations. La demande démocratique qui pourrait consister à « tout donner en pâture » est un non-sens, elle ne peut être qu’exploiter à des fins démagogiques, à très court terme et pour des intérêts particuliers allant à l’encontre de la collectivité, elle ne serait qu’une fourberie populiste utilisant la demande pastorale du « toujours plus » comme « pâture électoraliste ».L’extermination de la strate végétative du sol, puis de la forêt qui, à long terme, n’y survivra pas, soit la désertification programmée par les effets pernicieux du surpâturage accepté, est une grave atteinte à l’intérêt national.Au lieu d’alléger les effets de la sècheresse par une meilleure mise en valeur des terres, on a recours à une politique du pire et l’on fait tout pour engendrer une aggravation des conditions pédologiques, un déclin irréversible de fertilité, puis de la porosité des sols. Interviennent alors l’érosion pluviale aux conséquences catastrophiques (lessivages, inondations, mortalité humaine), et son corollaire la perte du pouvoir d’absorption et de stockage de l’eau, soit la condamnation des nappes et du rôle de château d’eau tenu par les massifs forestiers de montagne.Lorsque le sol est atteint par l’érosion, la désertification entraîne aussi une émission de carbone dans l’air. Ce processus libère les gaz à effet de serre qui contribuent au changement climatique, empirant ainsi les conditions météorologiques extrêmes et induisant la sècheresse. Les causes et les effets de la désertification étant plus ou moins interrelliées, c’est ainsi que des régions auparavant biologiquement saines et économiquement viables, se retrouvent en proie une aridité adverse et invivable.Venez nombreux !Mais le forestier et le gros propriétaire de troupeaux ne sont pas les seuls au banc des accusés. Le citoyen, peut-être trop profane des choses de la Nature, ne cesse de prouver son manque de civisme, jusque dans ses loisirs avides de chlorophylle.Gens de Fez, de Meknès et d’ailleurs, profitez « intelligemment » des beaux jours et venez nombreux vous détendre à l’ombre bienfaisante des frondaisons du Val d’Ifrane ! Vous serez libres d’y introduire votre véhicule au plus profond de la forêt, vous pourrez même la laver avec des lessives non dégradables dans les eaux souillées de l’Oued Tizguite ! Si vous avez des tapis, amenez-les, vous pourrez les nettoyer sur place, c’est une tradition ! Si vous avez un mouton à engraisser, il sera de la fête et pourra tondre les alentours, c’est une autre tradition ! Pendant ce temps, vos enfants hurleront pour troubler le silence de la Nature, piétineront les fleurs, casseront les branches, massacreront les oiseaux au lance-pierre ! Vous leur donnerez même un coup de main pour décapiter la dernière petite couleuvre innocente, pour piétiner « l’abominable » crapaud et en finir avec la création, au nom des vieux démons. Vous n’hésiterez pas à vous vautrer en nombre sur l’herbe tendre, à faire de joyeuses parties de ballon qui transformeront peu à peu le sol en terre galvanisée ! Tout cela au son tonitruant de votre auto-radio, afin de couvrir le futile chant des oiseaux, de faire avorter la couvée. Après le festin, vous abandonnerez vos déchets, vos papiers gras, vos emballages divers dans les prairies, sur les rives et pourquoi pas dans l’eau de l’oued ! Vous n’oublierez pas d’y ajouter ce « petit plus » que représente la couche de votre enfant, voire la serviette hygiénique de votre épouse ! Pour mieux digérer, acceptez donc une promenade à cheval en file indienne, cela fera plaisir aux si nombreux gamins qui vous la proposent, et les sentiers et leurs bermes n’en seront que mieux compactés. Et avant de partir, vous pourrez acquérir quelques tortues prisonnières ou un filet d’écrevisses pieds rouges : faites vite, l’espèce est en voie d’extinction !Personne ne vous dira que le champ de foire où vous avez passé ce très récréatif et oxygénant dimanche n’était pas seulement la fameuse Source Vittel, ou la si connue Cascade des vierges, mais aussi et surtout l’un des plus précieux écosystèmes humides d’Ifrane et du Moyen Atlas, qu’il était très surveillé jusqu’à la fin du siècle passé parce qu’il abritait des plantes, des insectes et des animaux uniques, remarquables, pour la plupart endémiques au Maroc. On ne vous le dit pas parce que nous sommes à l’ère du développement durable et du respect de l’environnement. On dirait même qu’un seul et très éloquent panneau vous donne la bienvenue au Val d’Ifrane, affichant l’ineffable mention : « après nous, le déluge ! ». Et puis, c’est votre droit le plus démocratique de renoncer à tout code de conduite, de vous tenir mal, de tout saccager dans la joie et la bêtise, la Nature est à vous ! Malheureusement, d’ici quelques années, de ce paradis vert aux ombrages tant appréciables pour esquiver les fortes chaleurs estivales, il ne restera rien. Vous l’aurez anéanti. Alors, s’ils sont encore au Maroc, vos enfants passeront leurs temps libres dans les parkings des hypermarchés. C'est-à-dire en enfer.Par ici la sortie…L’ « écologue légiste » vous dira de quoi est morte votre région…Détruire pour chercher ensuite à sauvegarder ce qui n’est plus relève de la pantomime politicienne. Dans bien des régions du Maghreb, contrée rongée par l’abus pastoral, l’écologue n’est plus que le pathologiste au service d’un corps sans vie. Appelé au chevet d’un écosystème meurtri, on lui demande de procéder à une dernière évaluation d’une biodiversité posthume, de dresser l’inventaire d’espèces disparues dans des espaces décapés. Que faire quand il n’y a plus rien à faire ? Sinon inscrire le spectre de forêt sur la longue liste nécrologique des écosystèmes ayant rendu l’âme. L’heure est à l’autopsie des biocénoses. Il n’y a pas de résurrection possible. Alors, face au grand trépas de la Nature, préliminaire au prochain exil des populations usagères menacées d’un avenir très incertain, une question devient hantise : pourquoi ce grand sabotage, pourquoi se faire les bourreaux d’un tel cadre de vie ?Éreinter la cédraie, en gruger la biodiversité, en scalper le substrat, en dénaturer le sol, c’est non seulement écocider un pan considérable du capital naturel marocain, mais c’est aussi génocider culturellement un des plus riche aspect du monde berbère. On survit parce qu’on économise, ou du moins par ce que l’on gère avec vigilance, et non pas parce que l’on gâche, parce que l’on dépense. User sans abuser est le plus légitime des préceptes quand il s’agit des ressources de la Terre nourricière. Écrit en mon âme et conscience, pour le bien du Maroc, en décembre 2005. Michel R. TARRIER Cosignataires :Michel R. TARRIER & Jean DELACRE pour la MEEM (Maison de l’Écologie et des Écosystème du Maroc) Mohammed DRIHEM pour l’Association des Amis du Val d’Ifrane
11:57
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Ventes illégales d'oiseaux sur les marchés (suite)
De : Abdelmalek boutaleb
11:53
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12.12.2005
Ventes illégales d'oiseaux sur les marchés.
De : fouad_900@hotmail.com Objet : le chardonneret Date : 12 décembre 2005 21:36:50 GMT+01:00 À : meem.maroc@mac.com Je vous écris au sujet de la capture en masse du Chardonneret au Maroc et notament à la ville de Meknes ou il est vendu le dimanche au marché des oiseaux dans des conditions lamentables et sans que personne ne fasse rien pour faire face à ce massacre!
22:27
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05.12.2005
Res nullius, ou la grande razzia sur Mère Nature : urgent appel à un meilleur discernement !
De : Michel Tarrier
12:06
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04.12.2005
La montagne, un bien collectif
Séminaire sur le développement durable des zones de montagnes «Pourtant que la montagne est belle», chantait en 1964 Jean Ferrat. Si elle est toujours belle, il n'en demeure pas moins qu'elle est devenue fragile et dotée aujourd'hui d'un cadre institutionnel non adapté. Et pour venir à son chevet, l'Association marocaine de l'agro-économie (AMAECO) a organisé les 1 et 2 décembre à l'Ecole nationale de l'industrie minérale à Rabat un séminaire sur le « Développement durable des zones de montagnes». « La montagne, c'est d'abord un réservoir d'eau. Comme la pluviométrie baisse depuis des années, nous avons intérêt à protéger ce patrimoine naturel. Pour sauvegarder ses ressources, la montagne doit être considérée comme un bien public et au cour de notre développement», a lancé Hassan Serghini, président de l'AMAECO. Un avis partagé également par le ministre de l'agriculture et du développement durable, Mohand Laenser : «Il ne faut plus regarder la montagne comme une zone pauvre, mais il faut revenir à la logique de création de richesse dans ces lieux». Il faut dire que certains invités sont revenus sur l'état d'affaiblissement des structures traditionnelles telles que les « Jmaâ» dans la gestion des parcours de forêts. Autres structures traditionnelles en perte de vitesse, les agdals. «L'environnement montagnard contraignant du Haut Atlas a vu la mise en place de la part des sociétés locales de mécanismes originaux d'adaptation en matière des ressources naturelles. C'est ainsi que dans la vallée des Aït Bougmez dans la province d'Azilal, des institutions coutumières vivantes mettent en ouvre des modes de gestion d'espaces forestiers et pastoraux que l'on trouve dans les différentes régions de la chaîne atlastique sous le terme d'agdal. Ces modes de gestion tendent à perdre en importance sous l'effet des pressions sur les ressources et des mutations socioéconomiques, ils n'en constituent pas moins des éléments de gestion efficace pour maintenir l'intégrité des milieux et des ressources», indique Laurent Auclair de l'Université de Marseille. Face à la défaillance des structures traditionnelles, certains invités ont proposé d'augmenter la participation des populations et au renforcement du rôle de l'Etat. «Il faut aujourd'hui, que les services techniques quittent leur préfecture pour venir s'installer tout près des villageois», a dit le président de l'association «Adrar». Autre option suivie ces dernières années par les pouvoirs publics pour améliorer les conditions des populations de montagne, la construction de petits barrages dont l'impact sur la santé et le bien-être des populations bénéficiaires reste à déterminer. «L'expérience de certains petits barrages au Maroc et dans d'autres pays africains démontre qu'ils peuvent dans certains cas poser des problèmes liés au faible impact social et économique, favoriser l'introduction de maladies hydriques et poser parfois des problèmes techniques liés au choix du site , à l'envasement ou aux fuites et ruissellement de l'eau du réservoir», explique Hamou Laamrani, chercheur au bureau régional de Ghana à l'Institut International de Gestion des Ressources en Eau (IWMI) dont le siège se trouve au Sri Lanka. Mais en attendant que la loi sur la montagne arrive, une chose a fait presque autour d'elle l'unanimité, celle d'une urgence de la révision de la notion de domanialité régie par des textes anciens et qui est devenue plus qu'un frein au développement de ces zones de montagnes. Extrait, LE MATIN.MA
21:04
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02.12.2005
S.M. le Roi Mohammed VI a souligné que le développement humain et la sauvegarde de l'environnement doivent être les critères cardinaux tant des investissements que des politiques économiques et des stratégies de croissance.
De : tarrier@ctv.es Objet : Dont acte ! Date : 2 décembre 2005 09:05:57 GMT+01:00 À : lahcen.mahraoui@club-internet.frCc : jean.delacre@skynet.be, michel.aymerich@club-internet.fr S.M. le Roi Mohammed VI a souligné que le développement humain et la sauvegarde de l'environnement doivent être les critères cardinaux tant des investissements que des politiques économiques et des stratégies de croissance.Dans un message adressé à la 3e conférence des Intégrales de l'Investissement, qui se tient à Skhirat et dont lecture à été donnée, jeudi, par le Premier ministre, Driss Jettou, S.M. le Roi a affirmé que «Notre conviction première est que l'investissement constitue, d'abord et avant tout, un moyen qui doit trouver sa finalité dans le progrès et la justice sociale, dans l'émancipation et le bien-être des femmes et des hommes, dans la cohésion sociale, la protection du milieu naturel et le respect des droits et des intérêts des générations futures».
12:30
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29.11.2005
Saïdia sera la 19 ème plage à disparaître au Maroc
2005 Najib Bachiri, Président de l’association Homme & Environnement à Berkane, nous dévoile dans cet entretien les problèmes environnementaux dont souffre la région de l’Oriental. Parmi les menaces imminentes, le projet Méditerrania-Saïdia retient toute l’attention de cette association. Selon lui Fadesa, avec son projet, menace le site écologique de l’embouchure de la Moulouya. Détour.Finances News hebdo : Une association de lutte pour la sauvegarde de l’environnement à Berkane. Qu’est-ce qui motive la création d’une telle association ?Najib Bachiri : L’association a été créée en 1993. La première raison de son existence était la situation catastrophique de l’état environnemental de la région. Nous, dans notre association, avons cherché, dans un premier temps, à limiter les dégâts. Notre premier objectif était de déterminer la manière de conserver l’environnement. En s’activant dans ce domaine, nous avons constaté qu’il était impossible de sauvegarder l’environnement sans prendre en considération l’élément humain ; Si on protège un site que l’homme exploite comme source de vie, il y aura inévitablement un conflit d’intérêt. Donc, nous avons changé notre stratégie et avons essayé d’intégrer l’élément humain en le sensibilisant à l’importance du site en question, de sorte qu’il le protège lui-même. Nous sommes arrivés à des résultats très satisfaisants. De plus en plus de personnes sont conscientes de l’enjeu que représente la préservation de l’environnement. A cet égard, nous sommes fiers que les gens connaissent maintenant l’association Homme & Environnement. Même à Rabat, la plupart des ministères connaissent l’association car la question de notre engouement pour la sauvegarde de l’environnement ne se limite pas à une région donnée. F. N. H. : La préservation de l’environnement ne se heurte-elle pas aux grands chantiers en phase de réalisation dans cette région ? N. B. : Ces dernières années, nous avons rencontré un très grand problème dont sont responsables directement les décideurs politiques. Je m’explique : vous avez une grande compagnie espagnole, Fadesa, qui s’est installée dans la région et dont le gouvernement marocain chante le mérite, jour et nuit, en disant qu’elle va réaliser un grand projet avec des opportunités d’emploi considérables ; que la région va se développer ; que le tourisme sera rayonnant au niveau de la région et j’en passe. Notre association en doute. Nous avons des réserves à émettre quant aux réelles motivations de cette compagnie. Avec ce projet en marche, c’est le conflit déclaré entre notre association et les décideurs politiques parce que ces derniers n’ont ni une vision futuriste ni une notion claire sur le développement durable. Pour le moment, notre principal souci est de pousser le gouvernement à changer sa stratégie dans le domaine environnemental. Si, pour le gouvernement, Fadesa est sacrée, elle ne l’est pas pour nous. Nous parlerons de Fadesa parce que c’est notre patrimoine écologique qui est en jeu. Il en va de notre survie. Il faut dire que le Maroc est très connu par sa biodiversité. A ce titre, il est classé deuxième dans le pourtour méditerranéen. Et quand nous voyons qu’une grande société vient détruire toute notre richesse, cela nous fait mal et nous ne pouvons pas rester les mains croisées. Certes, nous avons un ministère de l’Environnement, mais il ne fait rien. Les gens de Rabat, enfermés dans leurs bureaux, ne savent rien de ce qui se passe ici. F. N. H. : Les responsables ne vous ont jamais sollicités pour connaître votre opinion ? N. B. : Pour être franc avec vous, ils nous mettent dans un tunnel sans fin puisqu’ils décident, à partir de Rabat, sans avoir la moindre maîtrise des sites de cette région ni même de son environnement.Ils parlent de l’indépendance des régions, mais leur action reste centralisée ; ce qui engendre de graves problèmes. Ils ne se concertent pas avec les forces vives de cette région ni avec les spécialistes de la question de l’environnement. Quand vous avez une politique qui n’est pas basée sur une notion claire et rationnelle du développement, c’est la catastrophe. C’est comme si l’on nous demandait de vivre « en attendant Godot ». aujourd’hui, nous vivons dans cette situation. Godot finira-t-il par venir ? J’en doute fort bien. F. N. H. : Arrivez-vous à faire entendre votre voix ? N. B. : Quand le premier ministre, Driss Jettou, s’est déplacé ici à Berkane, l’association Homme & Environnement n’a pas été invitée, parce que nous lui avons adressé, auparavant, une lettre sur la méthode de travail de Fadesa. La moindre des choses était de venir discuter avec nous. Certes, en tant que militant pour la sauvegarde de l’environnement, je suis dur à avaler, mais il y a d’autres membres de l’association qui ont leur stratégie de communication et avec qui on peut discuter. Moi, je suis franc et comme l’association décrit la réalité des choses sans fard ni maquillage, nous avons tout simplement été écartés. Ce projet de Fadesa provoque le courroux de tout le monde. Dans cet esprit, les Verts en Espagne ont envoyé des lettres à leur premier ministre et leur ministre de l’Environnement. Ils ont même fait parvenir au Roi Juan Carlos qui était en visite au Maroc, une lettre relatant les conséquences d’un projet comme Méditerrania-Saïdia. Ces deux lettres parlaient des problèmes écologiques qu’engendrera ce projet et de son impact négatif sur l’environnement de ce site qui est universel et non juste marocain. Donc, tous les écolos du bassin méditerranéen se sentent concernés par le devenir de ce site que Fadesa est entrain de détruire aujourd’hui. F. N. H. : Donc, il y a plus de réactions de l’autre côté de cette rive que dans le Royaume ? N. B. : Bien sûr. Au Maroc, on se targue d’être un pays de justice et de loi. Mais, pour Fadesa, l’Etat a fait des concessions. Trop même ! Cette grande société devait procéder à une étude d’impact avant de se lancer dans ce projet. Pourtant, quand nous avons demandé à avoir cette étude d’impact pour analyser les conséquences du projet sur l’environnement local, on nous a répondu qu’elle a été effectuée sans pour autant nous la faire parvenir. Moi, je ne demande qu’à voir pour y croire ! Vous savez, ce projet va affecter l’embouchure de la Moulouya, un parc de 2.700 Ha, qui est l’unique site écologique de toute la méditerranée. Les deux tiers des espèces d’oiseaux existants au Maroc y vivent. Il y a aussi d’autres espèces qui sont menacées comme les chalcides qui n’existent que dans 4 sites dans le monde dont l’embouchure de la Moulouya. Maintenant, malheureusement, l’habitat de ces reptiles se trouve au milieu du projet Méditérrania-Saïdia. La tortue grecque, par exemple, une espèce rare et en voie de disparition, se trouve sur ce site aussi. Nous avons exhorté les autorités à protéger ces espèces. Nous pensons que c’est pour cette raison qu’aucune étude d’impact n’a été faite au préalable. Or, la biodiversité est une garantie de vie pour toute l’humanité. Si seulement Fadesa se rendait compte de ce que lui apportait la variante écologique en termes d’image de marque et de préservation de son entourage ! Déjà, près du village de Sogatour, le niveau de l’eau augmente et on perd chaque année 10 mètres de sable. Avec les changements climatiques et le projet de Fadesa, ce problème s’accentuera. Selon nos estimations, dans 10 ans, voire moins, toute la partie de la plage qui appartient à ce village touristique de Sogatour disparaîtra. Le Maroc est vraiment connu pour la dégradation des plages, d’ailleurs 18 plages ont disparu. Celle de Saïdia sera peut-être la 19 ème. F. N. H. : Votre association n’est pas liée par une convention ou partenariat avec des organismes internationaux qui peuvent la soutenir dans son action auprès des autorités marocaines ? N. B. : Nous faisons partie du réseau WWF, très connu à l’échelle mondiale. Il y a quelques mois, nous avons discuté du projet de Méditerrania-Saïdia. En Europe, si une compagnie européenne part investir à l’étranger et si son argent vient d’un fonds européen, les instances européennes exigent ce qu’on appelle une « étude d’impact durable ». Fadesa a bien compris cela et a contracté des prêts auprès des banques marocaines. Nous avons eu écho que l’Etat marocain a bloqué un projet du club Med près d’Agadir pour son impact négatif sur l’environnement. On se demande pourquoi Fadesa fait exception. Est-ce que vous savez pourquoi toutes les deux semaines les responsables de Fadesa viennent ici à la province de Berkane pour se réunir avec les responsables marocains ? Eh bien sachez que c’est pour modifier le cahier des charges. Par ailleurs Saïdia ne compte que 5.000 habitants en hiver contre 250.000 à 300.000 visiteurs durant la saison estivale. Fadesa veut créer 3 terrains de golf 18 trous pour ces visiteurs. De qui se moque-t-on là ? Combien en possède une ville comme Casablanca, ou Rabat, pour que Saïdia en accueille trois d’un seul coup ? Les besoins en irrigation sont énormes et dépassent de loin les ressources de la région. Je vous laisse imaginer les conséquences sur les réserves hydriques de la région. FINANCES NEWS HEBDO IMANE BOUHRARA JUILLET 2005
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28.11.2005
La Cédraie d'Ifrane
----- Original Message -----From: Michel R. Tarrier To: afdrabat@ma.groupe-afd.org Sent: Sunday, November 27, 2005 1:06 PM Subject: CMA1042 (Cédraie Ifrane) A l'aimable attention de Messieurs François LAGIER, Directeur de l'Agence Française de Développement à Rabat ; Pierre ICARD, chef du projet en référence ; Philippe COLLIGNON, responsable du projet.Messieurs, Citoyen français, par ailleurs très impliqué par ma vocation et ma profession dans tout ce qui concerne la conservation du biopatrimoine du Maroc, me permettrez-vous d'interroger très brièvement l'AFD au sujet du projet relatif à l'aménagement et à la protection des massifs forestiers de la Province d'Ifrane ? Comme tout Français ami du Maroc, lorsqu'il y a quelques années, l'AFD prêta son concours, à hauteur de 9 millions d'Euros dans un budget global de 20 millions d'Euros, à une initiative visant à la sauvegarde du massif forestier d'Ifrane, j'estimais excellente l'initiative et espérais alors beaucoup dans le remède prescrit.Exerçant une veille annuelle sur cet écosystème, prospectant assidûment la Province d'Ifrane en quête de certains bioindicateurs dont je suis spécialiste, je suis affligé de devoir vous assurer que, quelques années après, de la cédraie, il ne reste rien.Tout néophyte y verra toujours des cèdres, bien qu'atteints d'un dépérissement galopant. Mais l'écologue sait qu'une forêt sans sous-bois, à la strate végétale scalpée, au sol nu, compacté, étrépé, où plus rien ne pousse à force de surpâturage acharné et de piétinement du cheptel, où la biocénose est réduite à néant, n'est plus une forêt, mais un écosystème déconstruit. La cédraie apparaît aujourd'hui comme une forêt fossilisée et dont la survie est entrée dans la phase d'un irréversible sursis.Ce fut déjà, au Maroc, le cas de la suberaie de la Maamora, de l'arganeraie (perte de la moitié de sa surface en un demi-siècle), de la thuriféraie classée "forêt morte", et j'en passe.Cette désertification concertée du Moyen Atlas central aura des conséquences d’autant plus drastiques qu’il s’agit d’un château d’eau cardinal et que la biomasse de cette écorégion humide représente le dernier écran vert avant le Sud aride. La perte du sol de sa porosité et de ses capacités d’infiltration, engendrera les lessivages catastrophiques que nous connaissons d’autres régions fragilisées.Plus de 800.000 moutons fréquentent le Parc d'Ifrane, soit sept ou huit fois la charge recommandée pour un site non protégé. Il n'existe censément aucune autre figure de protection qui soit à ce point transformée en bergerie surnuméraire, pas plus qu'il n'existe au monde de politique de conservation d'une phytocénose qui soit placée sous les auspices du cheptel herbivore et de l'oviculture intensive.On ne peut, non plus, passer sous silence le peu de discernement qui veille au devenir des programmes de reboisements, qui induisent pourtant des financements souvent faramineux, souvent soutenus par la coopération internationale et des ONG de bonne volonté. Sous la pression du pastoralisme, ils sont tôt ou tard (et toujours trop tôt) finalement livrés à l'assaut des troupeaux, conduits par des bergers désormais sédentaires. Celui qui ne fréquente pas le terrain et ne pénètre pas au plus profond des Atlas, ne pourra évidemment pas constater ces dizaines de milliers de jeunes arbres abroutis, moribonds, puis définitivement éradiqués par la dent des ovins et des caprins, pas plus qu'il ne pourra s'interroger sur l'effarant constat de tous ces périmètres à la flore remarquable, dont le sol ressemble aujourd'hui à un terrain de football.On se questionne sur l'absurdité d'une telle gérance, alors que les mots d'ordres mondiaux sont : développement durable, biodiversité et lutte contre la désertification (et non plus conservation des sols...). Le nombre d'endémismes marocains, végétaux et animaux, devenus posthumes lors de cette dernière décennie est alarmant.Je ne m'étends pas davantage sur le sujet, mais je puis vous assurer, en écho avec de nombreux autres spécialistes, qu'il y va de l'avenir de ce pays "malade du mouton", et dont la conservation des ressources passe obligatoirement par l'allègement de la charge pastorale.Nous constatons que, bien au contraire, les projets se suivent et se ressemblent, dans leur anachronisme à vouloir concilier l'inconciliable, c'est à dire la sauvegarde des massifs forestiers de pair avec un parcours chaque fois plus intensif et anarchique.Pourquoi vouloir absolument détruire ce pays, alors que l'on sait de toute évidence que la sauvegarde des écosystèmes et des ressources passe nécessairement par une politique volontariste et des mesures radicales ?Nos amis marocains évaluent parfois comme anti-populaire, contraire aux droits d'usages, voire anti-démocratique, la fermeture d'un espace. Pauvreté et dégradation de l'environnement sont pourtant des phénomènes à rétroaction positive, à savoir que les conséquences de l'une rendent l'autre inévitable. Quand on parle de sauvegarder le biopatrimoine, le souci humanitaire est toujours en contrepoint.L'AFD n'est certes aucunement responsable de cette mauvaise gouvernance du capital vert du Maroc, mais, dans la mesure où vous participez à bien des enjeux et où justement, tout un chacun peut à ce jour constater que la situation de la cédraie ifranaise a empiré depuis l'avènement du projet dont l'AFD fut solidaire, que le moindre écoinçon de naturalité en a été biffé ces dernières années, j'ai cru bon vous informer de ce triste bilan.Je vous prie de croire, Messieurs, en l'assurance de mes sentiments les meilleurs._______________________________________________Michel R. TARRIER Apartado postal 15553, E-29080 Malaga (Spain) Fax-phone : 34-952.960.182 ; GSM : 34-629.528.333 tarrier@ctv.es
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Exhortation pour l'urgente sauvegarde de quelques sites
----- Original Message -----From: Michel R. Tarrier To: badraoui@eauxetforets.gov.ma Sent: Sunday, November 27, 2005 4:12 PM Subject: Exhortation pour l'urgente sauvegarde de quelques sites A l'attention de Monsieur Mohamed BADRAOUI,Directeur de la lutte contre la désertification et de la protection de la nature.HCEFLCD, Rabat. Cher Monsieur, En marge de mes récentes correspondances, de cris d'alarme envoyés çà et là, et du nouveau et judicieux projet de "réévaluation de la biodiversité en vue de l'élaboration d'un nouveau plan directeur du Parc National d'Ifrane", je vous présente cette brève requête, laquelle s'apparente davantage à une supplique. Elle est modeste et ne porte que sur deux sites de l'écosystème du cèdre dans le Moyen Atlas, lesquels ont été sélectionnés, d'une part sur leurs critères de haute valeur biologique tant qualitative (présence d'endémismes marocains et d'autres espèces à valeur patrimoniale) que quantitative (biodiversité), d'autre part sur l'extrême dangerosité et le risque élevé d'irréversibilité dus à une très forte pression pastorale. C'est pour cette dernière raison que des mesures immédiates doivent être prises. Attendre de futures et aléatoires décisions ne peut être de mise si l'on veut encore sauver ce qui peut l'être. Si je prétends que l'urgence en la matière est assimilable à celle de l'extinction d'un incendie, il ne s'agit hélas nullement d'une plaisanterie. Ces lieux étaient il y a quelques années de petits paradis de flore et de faune, derniers réservoirs génétiques au milieu d'immensités pâturées et en grande partie vidées de leurs richesses naturelles. Leur sol, scalpé et piétiné, ressemble aujourd'hui à celui d'un terrain de football. Il est impensable de continuer à livrer de tels havres de biodiversité en pâture permanente aux ovins et aux caprins, ou alors les déclarations de lutte contre la désertification et de développement durable se révèleraient n'être que des mesures incantatoires. Je n'adjoins aucun commentaire, aucune analyse, aucun inventaire. Tous ces éléments seront à votre plus entière disposition si vous m'informiez de la rapide faisabilité de la chose. Il s'agirait donc de rétablir la protection de ces deux anciens périmètres en défens, tels qu'ils étaient effectifs jusqu'il y a quelques années, dans le cadre de programmes de reboisements. Ces reboisements n'ont nullement été protégés jusqu'à leur terme et, qui plus est, l'ouverture brutale à des troupeaux surnuméraires, et souvent sédentaires, induit une perte irréparable de leur riche biodiversité, particulièrement en matière de flore et de faunule (nombreux endémismes et espèces remarquables). Ces deux sites, extraits de la liste que j'ai déjà eu l'occasion de soumettre à votre Administration, sont les suivants : - Tizi-n-Tretten, au sud d'Ifrane, versant Mischliffen, dont un côté de la route P7231 en orée de la cédraie mixte avait toujours été scrupuleusement interdit de pâturage sur de nombreux kilomètres (sans clôture car sous la surveillance directe du garde de la Maison forestière qui s'y trouve). Il s'agit de prairies mésophiles excessivement fécondes et riches en flore, en avifaune et en invertébrés. - La cédraie du revers méridional du Jbel Tarhahat (à l'ouest d'Itzer), où j'avais contacté de très rares espèces (c'est par exemple l'unique implantation du papillon Zygaena nevadensis sur le Continent africain), était depuis ces trois ou quatre dernières années « discrètement » pâturée en orée par les bergers locaux. Ces atteintes, peu ou prou tolérées, se sont mutées en franche piraterie dans tout le site, exaction apparemment officialisée depuis la saison 2004, puisque la formidable biodiversité botanique qui faisait l’apanage de ce secteur de cédraie mixte (l’un des seuls à l’abri du cheptel dans l’immensité forestière locale) a été radicalement biffée, y compris le magnifique ravin qui faisait office de refuge à une phytocénose presque luxuriante. Je voudrais, bien entendu, joindre d'autres sites à mettre hors d'état de nuire.C'est la cas, à Ifrane, du Val de l'Oued Tizguite (innombrables endémismes, localité très citée dans les travaux scientifiques du siècle dernier), dont il conviendrait légitimement de fermer périodiquement et de mettre en repos tel ou tel secteur des affres de la fréquentation touristico-récréative. Ou bien d'imposer un code de conduite aux visiteurs qui s'y conduisent très mal, ainsi qu'un accès limité puisque l'écosystème devient en été un véritable champ de foire.Ce serait aussi le cas d'une partie du Plateau d'Ito (richissimes entomofaune et herpétofaune), récemment et intégralement mis à sac par les troupeaux qui viennent à bout du vaste reboisement qui depuis des lustres faisait l'apanage des lieux. Je suis évidemment à votre disposition pour vous aider si cette tâche s'avérait possible. Il ne s'agit, finalement, que d'inverser les tendances et de revenir quelques années auparavant, période où le pastoralisme local vivait quand même. Je vous prie de croire, Monsieur, en l'assurance de mes sentiments les meilleurs. Michel Tarrier. _______________________________________________Michel R. TARRIER Apartado postal 15553, E-29080 Malaga (Spain) Fax-phone : 34-952.960.182 ; GSM : 34-629.528.333 tarrier@ctv.es
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27.11.2005
La Juniperaie de Saïdia en péril
De : assabbani_asmae@yahoo.fr Objet : la Juniperaie de Saïdia en péril Date : 27 novembre 2005 16:12:28 GMT+01:00À : meem.maroc@mac.com Bonjour ! Depuis que le projet gigantesque du groupe Touristique espagnol FADESA a commencé sur la rive Est de l'embouchure de la Moulouya (site RAMSAR, et SIBE de priorité 1 de conservation) les choses ne sont plus comme avant. Des centaines de remorques, grues et véhicules travaillent jour et nuit. Toute la bande forestière formée essentiellement de Genèvrier rouge, lentisques, Acacia et quelques Eucalyptus, a été décimée. Leurs racines qui pénétraient la profondeur du sol sablonneux se dressent maintenant vers le ciel. Il y avait une avifaune très riche et beaucoup de reptile. Tout a disparu et le calme qui régnait avant a été remplacé par le bruit de la destruction... le bruit des marteaux-piqueurs et des tracteurs. Plus grave encore, les débris des construction sont jetés par des camion dans la zone humide a côté là ou niche encore des dizaines de sarcelles marbrées, de talèves sultanes, des échasses, des butors étoilés et bien d'autres espèces remarquables. Des centaines d'hectares de forêt sont transformés en désert pour permettre l'installation d'un Golf et des résidences de luxe. Je me rappelle qu'il ya seulement 10 ans j'ai vu se poser encore dans la plaine à côté, des Outardes canpetière et des Pluviers guignards. La huppe fasciée et le rollier d'Europe nichaient en abondance encore dans la juniperaie. je remercie tout de même l'effort qu'engage une petite équipe de 4 personnes !! de ENDA Magheb (dans le cadre du projet MedWet Coast) pour protéger l'écosystème des zones humides de Moulouya qui cotoie cette honte qui s'appelle FADESA. Asmae
21:15
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21.11.2005
PIRATERIE ÉCOLOGIQUE
Amis marocains et amis du Maroc ! Ne pleurez plus la Maamora fossile, ne pleurez plus l'arganeraie massacrée, ne pleurez plus la forêt morte de Genévriers thurifères, sortez maintenant vos mouchoirs pour les restes de la Cédraie ! ----- Original Message ----- From: Michel R. Tarrier To: BENHIBA@eauxetforets.gov.ma Cc: Mohamed Moukhlis ; assali@eauxetforets.gov.ma ; amrani@eauxetforets.gov.ma ; badraoui@eauxetforets.gov.ma ; tarok@eauxetforets.gov.ma ; lahlou@eauxetforets.gov.ma Sent: Monday, November 21, 2005 4:55 PM Subject: Lettre de doléances Ministère des Eaux et Forêts et de la lutte contre la désertification Direction régionale du Moyen Atlas À Monsieur le Directeur Mohamed BENHIBA. Objets : Initiatives relatives à la conservation de la biodiversité marocaine & dégradation des sites du Moyen Atlas central, notamment par surpâturage. Monsieur le Directeur, Naturaliste spécialisé en éco-entomologie, voici plus d'une dizaine d'années que je consacre mes recherches et mes publications scientifiques au Maroc dont j'ai prospecté durant une soixantaine de mois, sous le patronage de l'Institut Scientifique de Rabat (Université Mohammed V), l'essentiel des régions naturelles, notamment montagneuses. Outre mes communications dans les revues spécialisées, j'entretiens plusieurs sites Internet sur le thème, notamment : « www.tarrier.org », ainsi que celui de la Maison de l'Ecologie et des Ecosystèmes du Maroc, en connivence avec Jean Delacre : « http://homepage.mac.com/jmdelacre/meem/ », site ambassadeur de la Nature marocaine et base de données photographiques Paysages-Flore-Faune en ligne. Nous oeuvrons aussi par les sites partenaires suivants : « http://www.geos-nature.org/ » & « http://www.geres-asso.org/ ». J’espère qu’il vous sera loisible de parcourir ces sites et que nos initiatives pour la défense de l’inégalable biodiversité marocaine auront votre agrément. Travaillant sur une faunule très sensible et d’autant plus bioindicatrice qu’elle est le plus généralement liée à des plantes fines et à des habitats précaires, ces missions assidues sur le terrain m’ont très rapidement enseigné la grande fragilisation du biopatrimoine marocain, préoccupation auquel je consacre l’essentiel de mon temps depuis ces dernières années. Je pense inutile tant de m’appesantir ici sur l’exceptionnel capital naturel du Maroc, pays le plus favorisé de la Méditerranée occidentale, que de développer le triste inventaire des écosystèmes menacés ou posthumes, des processus de leur dégradation et des problématiques majeures que sont la déconstruction des forêts, les affres du pastoralisme surnuméraire, la baisse des nappes phréatiques et un long etc., toutes causes concourant à une perte documentée de biodiversité, à l’érosion du sol, à la désertification et à une précarité croissante des populations riveraines. La présente doléance émane d'un groupe de naturalistes européens que je représente, la plupart universitaires français et belges, ou chercheurs au Muséum national d'Histoire naturel de Paris, d'autres sont membres fondateurs ou adhérents du GEOS & du GERES, d'une manière générale animés d'un souci de veille vis-à-vis de la biodiversité globale de l'Afrique du Nord. Tous sont particulièrement épris de la remarquable biodiversité marocaine et spécialisés dans l'étude de sa faune et de sa flore, voyageant fréquemment dans les régions du Royaume et publiant régulièrement dans des revues scientifiques, ainsi que dorénavant sur divers sites Internet. La requête porte sur la destruction accélérée des paysages, et en l'occurrence sur la détérioration de ceux du Moyen Atlas central. Ces quelques doléances sont agrémentées de mes points de vue personnels que j’ai voulu sincères et sans langue de bois, ce dont vous me pardonnerez j’espère. Le tout récent massacre par l’invasion ovine des périmètres protégés du Plateau d’Ito, des secteurs initialement en défens du Tizi-n-Tretten et du Jbel Tarharhat (près d’Itzer), ainsi que la mise en pièces du Val de l’Oued Tizguid (Ifrane), l’anéantissement irréversibles de leurs incomparables biocénoses, tant sur le plan quantitatif (diversité remarquable) que qualitatif (nombreux endémismes), furent pour nous une gamme d’évènements affligeants et fondateurs de notre grande inquiétude. J’ajoute de suite que pour les observateurs ou les décideurs néophytes en matière de biodiversité et strictement motivés par la sylviculture, la question qui interpelle d’emblée et pour la plupart de ces périmètres dont la protection de longue date était induite par le reboisement, est : pourquoi avoir livré soudainement ces programmes à la dent des moutons et des chèvres ? Il n’est que de voir le piètre état des jeunes arbres abroutis pour être subjugué par le manque de discernement qui a présidé à ces subites ouvertures et pour s’interroger sur la perte sèche non seulement de la biomasse en place, mais du considérable budget qui fut à l’origine de ces plantations. Ecodéveloppement, gestions durable, viable, supportable et autres recettes écologiquement correctes, toute rhétorique s'inscrivant dans la mouvance assez récente du développement durable, me paraissent strictement conceptuels car depuis ces dernières années, un million de kilomètres parcourus notamment dans les montagnes marocaines, m'ont tristement enseigné une incidence en hausse de paysages défigurés, d'écosystèmes dénaturés, de forêts dégarnies, d'une biodiversité banalisée, tous ravages irrémédiables et débouchant sur une drastique désertification. Le Maroc est plus particulièrement atteint par un surpâturage chronique, le Maroc est « malade du mouton ». L'involution de l'intitulé ministériel traduit d'ailleurs cet état de préoccupation, puisqu'il y eut le temps du Ministère des Eaux et Forêts « et de la conservation des sols » et qu'il s'agit présentement du Ministère des Eaux et Forêts « et de la lutte contre la désertification », dernière formule disponible avant le chaos et donnant à penser que la mission première n’a pu être remplie. Un exemple édifiant : le Plateau d’Ito Voilà de très nombreuses saisons que je procède à des relevés entomologiques (et par ricochet botaniques) et je n'étais pas sans ignorer ces immensités prairiales très florifères qui faisaient l'apanage de la route P21 traversant le Plateau d'Ito, entre Azrou et El-Hajeb, alors glorieuse introduction aux sites à bioclimat humide du Moyen Atlas, et à ses si belles forêts de cèdres. Le fantastique regain qui se manifestait dès les premiers beaux jours de fin d'hiver a donné lieu à des inventaires fauniques (invertébrés, faunule, riche herpétofaune) et botaniques, attestant d'une inestimable richesse, avec l'existence de plusieurs endémiques exclusifs au Moyen Atlas tabulaire et dont la cartographie n'enseigne que peu ou pas d'autres présences hors du paysage d'Ito. Cette formation naturelle herbacée à base d'hémicryptophytes et de géophytes mésophiles et hygrophiles, ponctuée de mouillères, était évidemment induite par une très ancienne mise en défens (reboisement) qui, nonobstant de sporadiques violations, avait néanmoins traversé favorablement les années. Lors d'une de mes dernières missions, en septembre 2003, je constatais avec indignation la destruction spontanée de la plupart des clôtures et le sol, déjà décapé et pulvérulent, souffrait d'un piétinement ovin intensif. Connaissant le Maroc et les tolérances en périodes de sècheresse, je mis cela sur le compte des écarts pastoraux de fin d'été, ainsi qu'ils sont hélas çà et là récurrents. Mais la suite fut plus cruelle puisque la mise à néant de tout le périmètre protecteur d'Ito est désormais consommée, et que des sublimes formations il ne reste plus rien. Pour tout écologue, l’éradication jusqu’à l’ultime et plus discrète espèce de cet immense univers si génialement reboisé équivaut à un acte de vandalisme collectif, et n’a rien de comparable avec la gestion des pâturages. Tout le périmètre avait pourtant été récemment renforcé (comme pas mal d’autres) à l’époque de Monsieur Saïd Chbaatou. Je m'adresse à vous pour obtenir des informations sur ce sujet et tenter de comprendre pourquoi tant de sites exceptionnels - qui plus est les derniers - sont saccagés les uns après les autres. Et subséquemment savoir dans quel objectif autant de reboisements sont judicieusement et coûteusement entrepris et mis en protection, pour être si rapidement livrés à la dent des caprins tandis que les parcours d'ovins dont ils sont partie intégrante massacrent la strate herbacée pour ne laisser qu'une terre nue, scalpée, étrépée, compactée, de plus en plus stérile et propice au catastrophique lessivage ? Pourquoi protéger un temps si l'objectif est de livrer finalement les lieux à une pâture aussi précoce qu’intensive, intempestive et ravageuse ? Pourquoi, notamment pour les parcours forestiers dont on sait les néfastes effets, ne pas veiller à une charge de têtes plus compatible avec le support ainsi que le prévoient certains textes ? Nous savons tous qu’en certains sites déjà fragilisés, le nombre excède de sept à huit fois le seuil conseillé. Une liste non exhaustive La liste documentée des exemples du genre dont je dispose est fort longue et je ne retiens que les sites dont la valeur a été initialement indiquée par des lépidoptères emblématiques, bioindicateurs et révélateurs synécologiques de toute une biocénose solidaire. Quand il s'agit de reboisements, l'ouverture a chaque fois été procédée alors que les arbres étaient encore juvéniles et fragiles, et ils en ont été biffés en quelques mois. Depuis les prémices de ce tout jeune XXIème siècle (celui du « développement durable » !), et pour ne traiter que du Moyen Atlas central, j'ai vu s'effondrer de façon irréversible : - Le Val d'Ifrane (Oued Tizguid, Cascade des Vierges, Source Vittel, y compris des zones plus reculées au sud-est d'Ifrane et peu après la future nouvelle école nationale forestière), dont la richesse en endémiques terrestres et aquatiques de haute valeur était connue depuis des lustres, est définitivement souillé, les eaux courantes polluées (détergents non dégradables comme partout utilisés par les riverains de l’oued), le sol revêtu d'un épais « poubellien supérieur », conséquence de l'aménagement en jardins de ville (avec fauche beaucoup trop précoce) et surtout de l'explosion de la fréquentation récréative dans la plus complète et pitoyable débauche, sans la moindre gestion d'avenir, les véhicules pénétrant en sous-bois, la police « écologique » locale à cheval ne semblant pourchasser sous les frondaisons que... les baisers « interdits » de quelques amoureux tout aussi charmants qu’inoffensifs… - La totalité du secteur du Tizi-n-Tretten, depuis le col jusqu’au alentours du Mischliffen, dont un côté de la route était depuis de longues années rigoureusement respecté par les bergers en raison d’un vaste reboisement qui sous-tendait un véritable paradis floristique et faunistique. Ce site de plusieurs kilomètres ressemblait cette saison 2005 à un terrain de football, montrant au fil des lisières un sol dénudé et pulvérulent par place, « galvanisé » ailleurs. Là où tout botaniste pouvait recenser des milliers d’espèces végétales, dont certaines d’un intérêt cardinal pour la biodiversité marocaine. Le garde local nous a précisé qu’il s’agissait de lutter contre les incendies, en faisant brouter dès le premier printemps la moindre plantule…, ce qui serait pour le moins une solution aussi radicale que burlesque si elle était avérée ! Protéger la cédraie en écocidant toute la phytocénose pour n’en garder que les cèdres et les chênes verts arbustifs correspond à faire table rase de cet écosystème. Cela correspondrait à un remède pire que le mal, à lutter contre la désertification… en désertifiant, concept pour le moins schizophrène. - Toute la zone s'étendant au fil de la route forestière 3398 de Tioumliline à la Maison forestière de Tagounit, notamment de superbes prairies en lisière de la cédraie mixte au niveau de la Maison forestière d'Ousmaa, avec un programme de plantations en orée, lequel site a été ouvert aux vaches, moutons et chèvres (notamment les troupeaux du garde !) dès les années 95, avec dégâts incommensurables, dont l'éradication de nombreuses plantes rares. Ultime station de bonne naturalité de tout l’escarpement d’Azrou, il n’en reste rien, sinon les raviers et les trous qui accueillaient les semis ! - Mêmes observations négatives et déclin de la biocénose suite à un accès subit aux parcours de bien des reboisements non transformés de la Vallée des Roches, du Col de Tamrabta et de tant d'anciens "paradis" des alentours ifranais. - L'excellent périmètre clôturé du Jbel Tarhahat (à l'ouest d'Itzer), où j'avais contacté de très rares espèces (c'est par exemple l'unique implantation du papillon Zygaena nevadensis sur le Continent africain), était depuis ces trois ou quatre dernières années « discrètement » pâturé en orée par les bergers locaux. Ces atteintes peu ou prou tolérées se sont mutées en franche piraterie dans tout le site, exaction apparemment officialisée depuis la saison 2004, puisque de la formidable biodiversité botanique qui faisait l’apanage de ce secteur de cédraie mixte (l’un des seuls qui était à l’abri du cheptel dans l’immensité locale de cédraie) a été radicalement biffée, y compris jusqu’au plus profond vallon qui protégeait une luxuriante biodiversité. - Les périmètres en défens du Col du Zad, des alentours de l’Aguelmame de Sidi-Ali et zones mitoyennes sont épisodiquement franchis par les troupeaux (en témoigne l'état « laineux » des barbelés !), au vu de tous et quand ils ne servent pas de pacage à demeure aux semi-nomades coutumiers des lieux. - Les vastes parcelles clôturées (reboisement en cèdres) du Tizi-Tanout-ou-Fillali ne le sont plus depuis la sècheresse de 1998. - Le versant du Jbel immédiatement à l'ouest d'Enjil (sur la P 20 qui mène à Aït-Kermouss) avait été mis en reboisement et comptait une flore fine remarquable et impliquant de nombreux papillons rares (dont l'indigène de cette région Maurus vogelii, inféodé au rare géranium rupicole Erodium cheilanthifolium, dont c'était l'unique autre localisation après celle posthume du Taghzeft, site suivant) a été lui aussi ouvert à un nombre exponentiel de têtes dès 1998, alors que ces lieux n'étaient auparavant que timidement et furtivement pâturés. - Le Tizi-Taghzeft (Aghbalou-Larbi), station très remarquable jusqu'aux années 60, répertoriée dans le Plan Directeur des aires protégées du Maroc (SIBE continental priorité 2), auparavant riche en mammifères, oiseaux, invertébrés uniques et tout un cortège floristique, n'est plus qu'une forêt morte sur un sol squelettique. Il en est d'ailleurs ainsi de toute la cédraie de l'écotone entre le versant méridional du Moyen Atlas et le Haut Atlas oriental (Jbels Ayachi et Masker), secteur dont l’ingrate dotation écoclimatique ne doit pas occulter les agissements coupables de l’amenuisement des ressources pour un profit immédiat. - Un beau maquis pluristratifié à chênes verts et à arbousiers se trouvait protégé quelques kilomètres à l'est d'Imouzzèr-Kandar, mesure exceptionnelle quand on sait en quel état de piètre naturalité se trouve tout le Massif du Kandar au sol abiotique. Ce fut l'unique et dernier biotope d'Euchloe tagis atlasica et de sa plante-hôte, un Ibéride local, et d’autres composants à valeur biopatrimoniale. Dès 1998, le parcours intensif y était de nouveau autorisé (pauvre reboisement !) et le comble, c'est maintenant un safari de tir touristique aux cochons sauvages. Ce qui était un véritable jardin botanique répond désormais aux normes des écuries d'Augias. Quand on pense qu'il y a quelques années tout naturaliste respectueux devait être muni d'un « permis d'observer » pour effectuer ses pacifiques recherches en de tels écosystèmes dorénavant souillés, on croit rêver ! - Etc., liste non exhaustive ! Je dispose hélas d'un tel bilan accablant pour toutes les régions naturelles du Maroc, comme d'autres peuvent en avoir pour d’autres pays dont ils sont connaisseurs. Aimer un pays c’est comme aimer un être, et lorsque sa santé décline, on ne peut que s’en inquiéter. L’âme du naturaliste conduit spontanément à cette vigilance et à la moindre atteinte, l’indignation préside toujours au souci de protection. Le plus affligeant n’est pas de constater l’érosion de cet inestimable capital naturel mais d’en diagnostiquer le caractère imparable du processus écocidaire dont les préjudices sont déjà palpables. Pauvreté et dégradation de l'environnement sont des phénomènes à rétroaction positive, à savoir que les conséquences de l'une rendent l'autre inévitable. Quand on parle de sauvegarder le biopatrimoine, le souci humanitaire est toujours en contrepoint. Quant aux moyens alternatifs, voire subventions d’encouragement qui doivent être dégagés en compensation d’une réduction des troupeaux à l’endroit des plus petits propriétaires, certaines expertises peuvent parfaitement les éventualiser. Ayant fréquenté les lieux susdits et observé tant la faune que la flore qui y étaient exceptionnels et déjà signalés comme tels dans les bibliographies du milieu du siècle précédent, je voudrais savoir pourquoi ces habitats ont vu leur conservation soudainement anéantie par l’irruption d’un bétail surnuméraire et le plus souvent sédentaire, de façon concomitante avec les grands discours et les gesticulations du développement durable ? Il aura donc suffit de parler de développement durable pour que tout disparaisse, comme par désenchantement ! Il faut avouer que le paradoxe ne manque pas d'un certain cynisme de la part tant des gestionnaires que des usagers. Pour ces derniers, on peut parfois comprendre... Quant à l'état de la cédraie qui représente l'écosystème insigne de cette région atlasique (quand elle était bien conservée, elle représentait les plus beaux paysages forestiers du Maroc), elle atteste du même paradoxe et elle n'a curieusement jamais été tant détruite que depuis l'initiative du Parc naturel d'Ifrane qui se devait de sauvegarder le legs. Quintessence du réservoir génétique abritant les deux tiers des plantes et un bon tiers des espèces animales, le domaine forestier marocain est l’élément fondateur de la richesse écologique du pays, puisqu’en son sein s’élaborent les grands cycles de l’eau, ressource parmi les plus précieuses de toutes. Vouloir dissocier une essence forestière naturelle de sa biodiversité contextuelle vieille de centaines de milliers d’années est la vue de l’esprit coupable de la perte des forêts. Les espèces végétales et animales vivent en communauté. Ainsi, le forestier qui ne travaille pas avec, travaille contre. Il désosse, il déconstruit la forêt qui n’est pas une mine, il désintègre l’écosystème en éliminant des composants. Et pour parachever, anachronique et abusif, le parcours intensif en cédraie est un véritable anachronisme. La mort d'un géant, le Cèdre Gouraud tant carte-postalisé, nous annonce censément le début de la fin et c'est un peu le glas qui vient de sonner dans la séculaire futaie de cèdres. Après la Maâmora, la plus grande suberaie du monde désormais fossilisée, après l'arganeraie exclusive au Maroc, désertifiée et réduite à la moitié de sa superficie en un demi-siècle, après la thuriféraie « nature morte » d'une « forêt sans arbres », aux ultimes vétérans pour la plupart sous protection maraboutique, c'est au tour de la cédraie, dernier écran vert entre le Sahara et le Nord, d’avoir périclité de 40% au fil des deux dernières décennies. Pour ce qui concerne les sites en cédraie de ma liste ci avant, je voudrais enfin souligner que la plupart d’entre eux n’entrent pas dans les zones caractéristiques du fameux dépérissement du cèdre, phénomène complexe qui touche notamment le revers méridional du Moyen Atlas et le Haut Atlas nord-oriental. Il s’agit de cédraies « saines », où les semis naturels attestaient d’une bonne régénération. Mais avec une telle gouvernance des lieux générant la perte incommensurable du sous-bois, il ne faudra pas s’étonner de l’extension septentrionale du dit « dépérissement ». Quant à l’aspect « démocratique » qui ferait accroire à une mise à sac des derniers beaux restes par une volonté des usagers « les plus démunis » (contrainte se superposant à des périodes de sècheresses drastiques), elle n’est pas acceptable quand on sait que la protection du Vivant passe obligatoirement par une politique volontariste et des mesures radicales. Où iront-ils, ces troupeaux gigantesques, quand « tout » sera mangé ? Et puis la mise à néant de l’emblématique Val d’Ifrane (Source Vittel, etc.) par des activités dites récréatives prouve bien que l’attitude générale qui préside à la finitude des derniers havres de naturalité correspond plus vraisemblablement à une décadence programmée qu’à des passe-droits imposés par un quelconque stress hydrique ! Un Maroc se meurt, celui d’une Nature si riche par le passé, celui du sol, de l’eau et des ressources naturelles. Peut-on encore faire quelque chose ou doit-on cautionner la formule suivante de Nicolas Hulot : « La société dans laquelle nous vivons ressemble à une espèce d’avion de ligne où tous les voyants seraient au rouge dans le cockpit et qu’à l’arrière on continue soit à boire le champagne soit éventuellement à se quereller » ? La sauvegarde de l’essentiel des écosystèmes marocains et de leurs sites passe obligatoirement par une politique volontariste d’allègement et de régulation de la charge du cheptel, en complète inadéquation avec les ressources disponibles, ainsi que par le maintien d’un panel de « réserves du Vivant ». Ces dernières ont d’ailleurs toujours existé, du moins sous le biais des judicieux programmes de reboisement, nonobstant l’occurrence séculaire d’une sécheresse récurrente. Les actuelles figures de Parcs et Réserves, et autres SIBE, ne jouent malheureusement pas leur rôle effectif et sont tout autant voués à l’élevage que les espaces non « protégés ». Ils correspondent donc à une protection purement cosmétique. Faute d’un contrôle draconien de la pression pastorale, devenue désormais intolérable, et de propositions de solutions alternatives, tout programme conservatoire serait vain. S’il ne visait qu’à « gérer les préjudices », sombre est l’avenir. En prétendant à une connivence entre usages (ainsi qu'équipements) et environnement, les défenseurs de cet environnement souhaitent seulement contrecarrer les abus incompatibles pour contribuer à conserver le milieu le plus indemne possible comme cadre de vie, et le maintien d’un niveau de ressources conciliable avec le futur. Tels sont les vœux du développement durable et autres louables suggestions de gestion viable pour les générations futures, vœux à mettre en pratique. Tous ces derniers exemples de mise à sac ici rapportés ne semblent pourtant pas augurer la prise d'écoconscience qu'on pouvait espérer. Je suis navré de la longueur de cet exposé mais j'ai cru bon placer l'écocide de ces sites dans le contexte des agressions dont souffre la région, tout en schématisant globalement les atteintes au biopatrimoine marocain. Vous me pardonnerez la sincérité de mes propos, mais au stade alarmant du catastrophisme lucide où nous nous trouvons, il me semble que la langue de bois et l'omerta ne sont plus de mise si l'on veut agir. Nommer les choses par leur nom pourrait permettre d'aller droit au but, du moins pour ceux qui voudraient témoigner du souci légitime de chercher à inverser les tendances, de s’efforcer de gérer les restes biopatrimoniaux, en lieu et place d’en dynamiser le déclin. Je vous remercie, Monsieur le Directeur, pour votre bienveillante écoute et j'espère avoir l'honneur de prendre connaissance de votre réponse, si ce n'est générale et détaillée, mais au moins ponctuelle quant aux secteurs primordiaux qui font l'objet de la présente requête. Michel R. Tarrier
19:12
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17.11.2005
Forêts assaillies en Méditerranée occidentale : deux cas au Maroc (arganeraie)
L’arganeraie perd 600 ha par an Peu connue du grand public, la forêt d’arganiers du Sud-ouest marocain constitue un autre exemple affligeant d’une désertification galopante. En prise directe sur la steppe désertique puis le Sahara immédiatement plus au sud, c’est l’ultime strate arborescente de protection, le tout dernier rempart de verdure. Epargné par l’homme, l’arganier peut offrir des densités fortes, y compris dans des milieux écologiquement très rudes. Mais sous la pression de l’exploitation humaine et du défrichage, il n’y a plus guère de concurrence et les sujets sont désormais inaptes à exercer la moindre auto élimination les uns vis à vis des autres. D’une estimation de 1.500.000 hectares boisés d’Argania spinosa datant du début du XXe siècle, il ne demeure présentement plus que 20 millions d’arganiers sur une superficie de quelque 800.000 ha (7% de la superficie forestière du Maroc), soit une perte de la moitié de sa surface. Le rythme de ce compte à rebours est présentement de l’ordre d’une éradication de 600 ha/an. L’arganeraie couvre très irrégulièrement les trois millions d’hectares de ces régions caractérisées par des conditions difficiles qui sont celles de l’aridité, du climat, de l’irrégularité topographique, de la diversité pédologique et de la rareté de l’eau. Deux millions d’habitants vivent dans cette région (densité de 46 habitants/km2 pour le Souss) et sont directement ou indirectement concernés par ce vaste écocomplexe. Depuis longtemps prohibé sur le revers nord de la Méditerranée pour ses effets néfastes (élimination des régénérations, des rejets et des basses branches par broutage, piétinement entraînant tassement et solifluxion des sols), le parcours forestier – en principe extensif - est une tradition encore vivace dans les pays du Maghreb et l’arganeraie entre autres en subit pleinement les dramatiques et irréversibles conséquences. Du temps où les effectifs restaient dans des limites acceptables, où les éleveurs veillaient à la mise en réserve pastorale saisonnière d’une partie de l’espace, disons jusqu’au début du siècle passé, un équilibre existait entre la pression du cheptel et la dynamique des peuplements, tant bien que mal la forêt et le sous-bois parvenaient à se reconstituer. Conséquence démographique, l’accroissement presque insidieux du nombre de têtes n’a cessé depuis et condamne irréversiblement toute chance de régénération. Outre l’excès numéraire, les séjours s’allongent. Les arbres sont mutilés, ébranchés souvent jusqu’à la cime. A la charge pastorale locale de l’arganeraie, s’ajoute fréquemment la lourde contrainte d’une concentration de troupeaux caprins et camelins des nomades Sahraouis remontant du grand Sud en période de disette. La chèvre, animal très rustique et vorace, est le plus nuisible puisque se nourrissant du feuillage des arbres et des arbustes, elle porte atteinte à l’ossature même d’un écosystème forestier et ne laissent rien sur leur passage. La structure appropriée de cet arbre allié aux talents grimpeurs de la chèvre font même de l’arganier un pâturage aérien et les chèvres qui en broutent la cime constitue un étonnant spectacle pour le touriste. La limitation du cheptel caprin revêt un évident et délicat problème social puisqu’il y va par tradition de la « vache du pauvre ». Quand le cheptel outrepasse la capacité herbage-fourrage, cela se nomme surpopulation et rompt évidemment l’équilibre écologique d’un écosystème sensibilisé par un stress climatique puisque aux frontières de l’aride. Et comme la chèvre est par excellence l’animal adapté depuis des lustres aux zones arides, ménager ce mariage endémique est une problématique qui n’est pas sans rappeler la dualité de la chèvre et du chou Au surpacage s’est allié ces dernières décennies un défrichement amplifié pour le gain de nouveaux espaces voués à la production intensive du maraîchage sous serres, ainsi qu’à l’agrumiculture exigeante de la basse vallée du Souss, car il n’y a pas que le cheptel qui ait ici « la dent longue », les agriculteurs aussi ! Avec comme objectif l’adaptation forcée aux exigences de l’exportation à destination du marché européen, il a fallu désaisonnaliser en cultivant sous serres plastiques tomates, aubergines, fraises, melons, etc. Les cultures sous abris connaissent au Maroc une expansion considérable. Au cours des vingt dernières années, les superficies couvertes sont en effet passées de quelques dizaines hectares expérimentaux (1974) à plus de 10.000 ha. 62% de la superficie couverte sont réservés aux primeurs, 34% aux bananes, 3,5% aux fleurs et les 0,5% restants à diverses autres cultures. Alors, au diable les préjudices ! « Silence, on coupe ! », résume la nouvelle tradition usagère ! Le poids des normes de production imposé par l’exportation de l’agriculture maraîchère et fruitière fait fi du moindre principe de précaution et défigure désormais toute relation entre l’homme et le milieu. Le bruit de la motopompe couvre (et remplace) le chant des oiseaux dans tout ce nouveau désert agraire où le surpompage est responsable d’une drastique baisse des nappes phréatiques. Les prélèvements bruts d’eaux souterraines sont passés de 205 Mm3 en 1969 à plus de 615 Mm3 présentement. Fortement sollicitées par le développement hydro agricole, elles accusent un important déficit de réalimentation. L’irrégularité des ressources superficielles (les apports constatés au niveau des barrages ne représentent que 60 à 70% des apports théoriques) et la surexploitation des ressources souterraines (le prélèvement brut outrepasse le seuil renouvelable grâce à un déstockage) créent un état de réelle raréfaction et de crainte pour le futur. Jusqu’aux années 60, la nappe phréatique de la vallée du Souss n’était qu’à une profondeur de 10-20 m et donc à la portée des racines des arbres. Dès le début des années 90, il fallait creuser jusqu’à 100-120 m pour atteindre le niveau. C’est maintenant jusqu’à 150-200 m qu’il faut pomper ! Les 25.000 puits, pompant à usages domestique, industriel et agricole, engendrent un rabattement de 1 à 2 m par an. Dans certains cas plus fréquents que prévus, cette baisse exponentielle induit alors l’intrusion de l’eau salée. L’augmentation de salinité de l’eau rendra à court terme incompatibles ces cultures capricieuses et il n’existe pas de plantes cultivées halophiles. Ainsi, outre la destruction de tout un paysage, les devises empochées par l’exportation d’oranges, de tomates, de melons, de concombres ne compensent nullement la perte irrémédiable des ressources naturelles et il s’agit donc purement et simplement d’une exportation de l’eau, denrée rare en Afrique du Nord. Cette hyper production coûte que coûte comporte un risque de caractère délétère et atteste une fois de plus que dans nos sociétés l’enjeu économique est évalué comme au-delà de l’intérêt conservatoire. Chez l’« homo economicus » post-moderne, besoins individuels et nécessités collectives sont antagonistes. Surpompage et surpâturage sont ainsi les deux mamelles... de la désertification de l’arganeraie. Avec finalement une totale insouciance de l’avenir résultant d’une évidente paresse intellectuelle quand il s’agit de songer à pérenniser la pluralité du paysage. Avec l’Anti-Atlas comme barrière contre la rigueur des extrêmes steppiques et le Haut Atlas filtrant les excès continentaux, profitant du courant adoucissant océanique, assis sur une incommensurable réserve d’eau, ce Sud-ouest marocain avait, entre mer et montagnes, tout du Jardin des Délices. Bien plus qu’un strict écosystème, l’arganeraie pouvait être tenue pour une véritable civilisation respectueusement organisée autour d’un arbre multi-usages. Une providence ! Une aubaine ! Il est un livre qui raconte l’histoire d’une pomme qui nous perdit. Ce serait donc ici et maintenant l’orange (et la tomate de contre saison !) car l’homme étant par nature insatiable, voici qu’à l’image de tout Eldorado, le pays de l’arbre d’argan se retrouve victime de lui-même. Bénéficiant de toutes les protections naturelles et doté d’un charme de vie à nul autre pareil, voici un paradis terrestre au bord du gouffre. L’arganeraie doit affronter un écheveau d’inextricables problématiques et il semble déjà bien tard pour ralentir un processus qui, de dégradations en compromissions, d’atteintes aux équilibres en corruptions quotidiennes, d’exactions en urgences économiques, risque de biffer de la Terre une écorégion tout autant irremplaçable qu’elle était unique en son genre. L’arganeraie, patrimoine naturel et culturel, est un écosystème endémique au Maroc. Il y jouit d’une grande amplitude spatiale et abrite des espèces types, indigènes et remarquables, mais la plupart fragiles car à valence écologique limitée et donc de faible résilience. L’arganeraie est dans un état alarmant. Démunie du moindre principe de précaution, sa mauvaise gestion fit table rase de la moitié de sa surface en un siècle et la majeure partie de ce qui reste n’est plus qu’une forêt très amplement thérophytisée. Le degré d’altération du cortège flore-faune est inquiétant et documenté par de nombreuses et très récentes disparitions. Compte tenu de son aspect social, il n’est pas envisageable de mettre sous clé tout l’écosystème ou même une partie en ayant recours à une figure de parc-réserve classique. L’agression prééminente identifiée est agropastorale. Limiter les effets du parcours est donc une entreprise de concertation avec les populations usagères. Luter contre les excès de l’exploitation agraire intensive, qui plus est enfreint très souvent les textes en vigueur, dépend essentiellement du législateur et du politique. L’approche des problématiques qui assaillent cet écosystème majeur relève de la sempiternelle ambiguïté entre le développement et la préservation, et démontre une fois de plus l’erreur de considérer les nécessités économiques comme prioritaires et d’estimer subsidiaire le devoir de conservation. La qualité du développement dépend de la qualité des hommes. Résultat de ce grand gâchis, voici des milieux et des hommes au devenir incertain. MICHEL TARRIER - Écologue - Extrait de L'impasse du futur ...... ou le désert en partage (sous presse)
23:11
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Forêts assaillies en Méditerranée occidentale : deux cas au Maroc (maâmora)
La Maâmora perd 1000 ha par an La plus grande formation de chênes-lièges au monde se situe aux portes de Rabat, capitale du Maroc. Parler aujourd’hui, ici ou là d’une forêt, c’est de suite faire une soustraction. 130.000 ha en 1910 – 55.000 ha en 2003 = un recul de 75.000 ha au débit de la Maâmora, soit la curée de mille hectares perdus par an. Mais si ce n’était qu’une régression spatiale ! Il en va surtout d’une perte qualitative, d’une effroyable érosion de toute la biodiversité forestière, d’une banalisation à nulle autre pareille. Mais en dépit de cette régression chronique, la Maâmora reste encore la plus vaste suberaie existante, se développant aux limites géonémiques méridionales de l’aire globale de l’essence. Les 55.000 ha contemporains sont représentés par une formation dépourvue du moindre indice de régénération, au capital biologique détérioré, qui plus est morcelée par les nocifs aménagements successifs et un trop dense réseau de layons et de pistes à large emprise. Il s’agit donc d’une forêt « fossilisée » et compromise. Encore une ! Rien à voir avec la suberaie enchanteresse du début du siècle passé et que nous décrivent les documents. Durant le protectorat français et aux lendemains de la main mise sur le Royaume marocain (1912), les forestiers français, forgés à l’expérience du « contrôle » du milieu naturel algérien (depuis la conquête en 1830), s’efforcèrent de ne pas répéter les mêmes erreurs dans l’Empire chérifien. Compte tenu des exigences du marché français pour les produits du liège et des bouchons (viticulture oblige !), la suberaie est alors estimée prioritaire. La Maâmora est de suite reprise en main et sa restauration commence dès 1914 sous l’impulsion du Maréchal Lyautey. Les premières mesures sont coercitives et entendent réglementer la divagation des troupeaux en forêt, interdire l’écorçage aux fins de la fabrication des tanins, tradition qui était fatale aux arbres, restreindre l’activité des charbonniers (charbon de bois) aux seuls arbres morts, etc. Les forestiers entreprennent ensuite le démasclage des peuplements, qu’ils conjuguent à des opérations de régénération essentiellement basées sur le recépage. Le succès rencontré ici encourage l’extension d’une même politique à d’autres suberaies marocaines devenues entre-temps publiques, telles celles mitoyennes de Casablanca, de Meknès, de Fès, de Taza, etc. Ainsi, à la fin de l’occupation française, le Maroc présentait 300.000 ha de suberaies régénérées et en florissante production. Trente cinq ans plus tard, ce capital était jugé en état avancé de décrépitude. Cinquante ans après, seulement 188.000 ha sont aménagés et exploitables (Source : Jean-Yves Puyo, maître de conférence à l’Université de Pau). Que faut-il en penser ? Dans les secteurs où le chêne-liège a déjà succombé, des reboisements artificiels et douteux ont été entrepris dès 1980 à base d’essences allochtones ou exotiques : pins divers, acacias à tanin, eucalyptus variés (notamment E. camaldulensis et E. gomphocephala, très mellifères). Ces apports sont responsables de profondes transformations dans les cortèges floristiques. La suberaie subsistante l’est sous forme de « parc de ville », avec l’aspect homogène et si monotone des peuplements équiennes qui peuvent encore ravir quelques sylviculteurs taciturnes mais qui révulsent les amoureux de la forêt. Cette architecture n’est susceptible que de plaire aux promeneurs néophytes qui se croient dans une forêt. Une telle structure en futaie jardinée et sans maquis pluristratifié en sous-bois, ne comptant que des arbres récemment démasclés, est un type artificialisé qui occupe aussi dans le Sud-Ouest de la Péninsule Ibérique d’immenses étendues à vocation agro-sylvo-pastorales : ce sont les dehesas et les montados. En Maâmora, les herbivores domestiques paissent paisiblement sous une identique frondaison systématiquement tondue à hauteur des deux mètres qui illustrent le « plafond des vaches ». 24 millions annuels d’unités fourragères y sont produites. La charge pastorale est de 6,4 unités petit bétail (UPB) à l’année alors que la charge d’équilibre convenu est de 1,5 UPB. Comme partout, ce débordement insidieux et particulièrement néfaste à la forêt, est en contradiction avec certains textes et recommandations supposés établir la capacité de charge des parcours et de décider de la taille du troupeau que peut soutenir la forêt. L’émondage intempestif des branches latérales pour le prélèvement de rameaux feuillés (ramées) prive la plupart des arbres de leur esthétique charpente et certaines zones sans canopée ne sont plus qu’un univers de chandelles, charpentes réduites à un axe et à quelques moignons. Exceptionnellement et parce qu’ils sont estimés très fructifères, certains sujets sont épargnés de telles pratiques archaïques et apparaissent de belle venue. Les chiens de bergers ou errants poursuivent partout le moindre animal, anéantissent les couvées au sol et parachèvent l’œuvre d’éviction de la vie sauvage. Le sous-bois est inexistant, démuni de stratification (strates arborée, arbustive, herbacée) et vidé de la moindre plantule, si ce n’est par places un embroussaillement (matorralisation) de génistées épineuses et d’autres plantes coriaces et récalcitrantes, non consommées par le cheptel, comme la passerine, voire des pans de chaméropaies (doum ou palmier nain). Le tassement du sol induit par l’impact des sabots, notamment des innombrables bovins, perturbe totalement la rhizosphère du chêne-liège et menace le système racinaire. Le broutage des glands et des espèces végétales alibiles, y compris les éventuels jeunes chênes-lièges démunis de protection sur un sol scalpé, sont des handicaps à toute régénération. Non seulement le ramassage mais aussi le gaulage (très violent et très mutilant) et la vente des glands le long des routes et sur les souks se font au grand jour. Pour mieux sonner le glas, d’importantes parcelles ont été récemment rasées pour des besoins militaires (camps), sportifs (instituts) et routiers : l’autoroute Rabat-Kénitra a extorqué 500 ha à la forêt, enclavé des secteurs urbanisés depuis et dressé un barrage continu au cœur de la forêt. Comme il en va de toutes les formations forestières contiguës aux grandes villes du monde, la Maâmora est actuellement l’aire récréative de quelques millions de personnes avides de grand air. Les habitants de Rabat, Salé, Kénitra et Khémisset assaillent une forêt déjà gravement aridifiée et meurtrie par la pression du pacage et la surexploitation forestière. Une récente évaluation hebdomadaire rapporte une moyenne de 30.000 visiteurs et de 5.000 véhicules pouvant séjourner quotidiennement en Maâmora. En dépit de la proximité du pouvoir décideur de la capitale, nonobstant l’incalculable manège de discussions nationales et de congrès internationaux sur la gestion durable, aucune mesure particulière ne vient au secours de cette forêt en péril afin de limiter la casse. Il en va de même pour certaines forêts à chêne-liège du Pays Zaër les plus proches de Casablanca. Les activités de grand air élues par les citadins ne sont pas particulièrement d’ordre environnemental, contemplatif et respectueux. Quiconque ayant déjà fréquenté les plus proches forêts de Madrid, de Paris ou de Bruxelles sait ce qu’on y découvre après le passage ravageur de ces nouveaux « vandales ». Pour l’Etat, gestionnaire du domaine, l’objectif est le liège mais les efforts de plus de deux siècles sont menacés par la fourmi du liège dont les galeries envahissent l’écorce subéreuse, la rendant en grande partie inexploitable. Ainsi déprécié, le liège de la Maâmora voit ses cours très inconstants et ne peut rivaliser avec d’autres productions, telle la portugaise. Outre le pâturage dont l’excès de charge est co-accusé de dégradation avec la gestion forestière, les riverains récoltent les glands et les champignons. Le bois quant à lui est illégalement utilisé pour la carbonisation à domicile et trop fréquemment pillé pour la revente aux hammams, délinquance induite par la précarité des populations riveraines et qui généralement fait l’objet de procès-verbaux magnanimement dressés contre des inconnus. Ici comme partout on reste sur sa soif du fameux programme de lutte contre la pauvreté. Dans un contexte aussi peu propice, la chasse intervient pour sonner l’hallali et achever la curée. La plus grande suberaie du monde ne donne plus naissance à aucun jeune chêne et voit sa population vieillir inéluctablement. Mauvaise gestion forestière, saccage du sous-bois, déliégeage, reboisements artificiels surpâturage, éradication de la strate herbacée, écimage et ébranchage, gaulage, main basse sur le moindre gland, prélèvement délictueux du bois, dépérissement des arbres, tassement du sol, érosion et processus de désertification, constitution de vastes champs dunaires, ravages d’espèces invasives, banalisation de la flore et de la faune, fréquentation récréative anarchique, infrastructures routières, circulation automobile, urbanisation, baisse de la nappe phréatique, dessèchement des mares, etc. Une telle litanie de la désolation n’autorise pas la moindre lueur d’espérance. C’est le sort regrettable d’une forêt victime d’une emprise humaine multifonctionnelle hors du commun. Les tentatives de régénération restent vaines. La méthode du recépage, utilisée en Maâmora depuis 1920, se heurte désormais au problème du non-renouvellement de matériel sur pied. Les souches ne peuvent plus rejeter après l’âge de 200 ou 250 ans, et l’on ne peut guère envisager ça et là plus d’un ou deux recépages. Quant à la plantule qui pourrait germer du gland chanceux et miraculé, elle ne bénéficiera pas du berceau naturel et de la protection vitale dans un sous-bois victime du nettoyage agronomique de forestiers dont le zèle est inversement proportionnel à l’efficacité. L’échec d’assistance à la régénération naturelle intentée depuis une vingtaine d’année a ainsi englouti des budgets considérables (ameublissement du sol, pôtets, amendements chimiques, clôtures, arrosages, gardiennage). Selon quelques fins observateurs, seule la redynamination par le feu a pu entraîner la survie de jeunes semis d’une dizaine de mètres en favorisant le développement du sous-bois protecteur. Le surpâturage et l’hyper fréquentation sociale rendent rapidement les mesures de mise en défends (enclos) inopérantes, alors qu’elles sont les seules capables d’assurer la survie de la forêt. Le développement des semis exige de nombreuses contraintes et un travail de pépinière assorti d’une surveillance « militaire » qui s’avèrent parfaitement utopiques dans ce contexte fataliste. Ici et ailleurs, une nouvelle charte forestière s’impose, tout comme la formation de nouveaux forestiers non-marchands, ne percevant plus la forêt comme une mine à exploiter mais comme un trésor à préserver. Si l’on confiait les monuments historiques à des carriers, ils en négocieraient évidemment les pierres. Eh bien c’est ce qui se passe pour les forêts, bradées et non conservées ! Le biopatrimoine aurait-il moins de valeur que les vestiges humains ? Combien de « piqûres de rappel » faudra-t’il injecter aux forestiers en proie à de mauvaises habitudes ? Alors si les professionnels garants de la gestion conservatoire agissent ainsi, comment vouloir mentaliser des riverains analphabètes, parfois en proie à de vieux démons, et dont le besoin extrême génère l’urgence ? En vertu d’une telle fronde de mauvaises habitudes aussi peu citoyennes, tout plaidoyer semble vain et la garantie du non-renouvellement des arbres est ainsi formulée. Faute de régénération, la Maâmora n’est plus et son actuelle surface boisée d’ossatures correspond à une forêt virtuelle. La désertification en marche va se traduire par la mobilisation de ses sables en voie de constitution de vastes champs dunaires menaçant les grands centres urbains et les cultures de légumes et de fruits environnants. Partout la pression pastorale et la production ovine cernent ces espaces reliques telle une menace fatale et damoclésienne. Des structures largement anthropisées, l’anéantissement du sous-bois, le dépérissement des arbres, l’envahissement d’espèces rudérales et nitrophiles, une avancée prononcée de la désertification, la persécution de la faune, garantissent à la Maâmora une durabilité nulle et la grande suberaie emblématique d’antan ne sera plus qu’une morne lande. C’est le résultat d’une bien mauvaise et bien connue partition, de l’opposition homme-nature, et faute de pouvoir l’éviter, l’annoncer est remplir son devoir de mémoire envers la biosphère. MICHEL TARRIER - Écologue - Extrait de L'impasse du futur ...... ou le désert en partage (sous-presse)
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13.11.2005
Forêt et développement : plaidoyer pour une foresterie sociale (1)
Libération (Casablanca) 27 Octobre 2005 Publié sur le web le 27 Octobre 2005 Naggar Mustapha (*) Au sens de la FAO, la foresterie sociale se définit comme s'intéressant à "toutes les situations dans lesquelles les populations locales sont étroitement associées à une activité forestière.Ces situations très diverses vont de l'établissement de parcelles boisées dans les régions déficitaires en bois et autres produits forestiers pour les besoins locaux, aux activités traditionnelles de communautés forestières. Ces activités s'inscrivent normalement dans le cadre de la vie rurale et ce depuis toujours. Une question s'impose: pourquoi ce vif intérêt pour les liens entre les espaces boisés et les populations locales, est-il né lors des dernières décennies? En d'autres termes, pourquoi le capital que constituent les espaces forestiers présents depuis toujours dans le paysage rural était-il en grande partie négligé autrefois? Traditionnellement et à travers le monde, la plupart des services forestiers s'occupaient essentiellement des arbres dans des espaces, aires définies comme "forêts" alors que la plupart des services agricoles ne se chargeaient que des essences qui avaient été domestiquées et adoptées comme productions agricoles. Les services forestiers et de par leurs missions, entreprennent des initiatives visant à inciter les ruraux à planter des arbres, ces initiatives sont fréquemment soupçonnées d'être une aliénation déguisée des terres.Partant de ce constat, la foresterie sociale a pour impératif principal d'aider les populations rurales à consacrer davantage d'efforts à la satisfaction de leurs "besoins essentiels"; cette nouvelle orientation s'est concrétisée au cours de l'élaboration et la mise en oeuvre de la première génération des programmes forestiers nationaux et des programmes d'action de lutte contre la désertification.La place toujours plus grande accordée au développement rural a permis d'attirer l'attention sur la dépendance des populations rurales vis-à-vis de la forêt et des arbres. Par ailleurs, la préoccupation croissante suscitée par les disponibilités énergétiques à la suite de la flambée des cours des combustibles fossiles en 1973 a mis en relief la dépendance des populations dans le monde en développement à l'égard du bois, principal combustible pour la cuisson et autres besoins ménagers. Cette dépendance avait des conséquences manifestes: il fallait satisfaire les besoins nutritionnels de base tout en conservant le couvert forestier nécessaire à la stabilité de l'environnement.De façon générale, la demande en bois de feu et en unités fourragères, a été identifiée comme une des principales causes de déboisement, et constitue également une préoccupation mondiale par ses répercussions négatives sur la diminution de la productivité des systèmes de production vivrière et la dégradation des sols.La foresterie sociale englobe trois éléments principaux : la fourniture de "combustible et autres matériaux indispensables à la satisfaction des besoins fondamentaux des familles et des collectivités rurales"; la fourniture "d'aliments et la stabilité de l'environnement nécessaire à une production vivrière continue", enfin, la création de "revenus et d'emplois dans la collectivité rurale".Pour mettre à profit la forestie au service du développement humain, la foresterie doit s'adresser davantage à la population et l'associe à ses activités. En ce sens, la foresterie sociale est considérée, par définition, comme fondée sur la participation et orientée vers les besoins des ruraux -en particulier des plus pauvres d'entre eux. En conséquence, les projets et programmes qui en découlent, sont caractérisées par les initiatives de faire appel à la participation active de la population locale des zones forestières et péri-forestières.Globalement, la végétation forestière reste fortement exploitée pour satisfaire les besoins locaux en bois de feu et en unités fourragères, et qu'il n'est possible à moyen terme de remplacer dans de vastes proportions le combustible ligneux et les ressources sylvo-pastorales offertes par la forêt et que le principal moyen propre à prévenir une pénurie croissante, ainsi que le déboisement et les souffrances humaines qui en résultent, consiste à créer sur de vastes étendues des espaces boisés et pastoraux. Pour le Maroc, il serait trop ambitieux de se verser dans cette voie et que la solution qui semble la plus viable consiste à la sauvegarde et la réhabilitation du capital forestier avec et pour les populations locales dans un cadre de partage de responsabilités avec les populations locales et les différents acteurs concernés, tel est l'enjeu de la foresterie sociale au Maroc.Enjeux de la foresterie sociale au MarocLes écosystèmes forestiers sont soumis à des variations écologiques accentuées et où la population rurale représente 49% dont 80% vivent principalement de l'agriculture, de l'élevage et de la forêt. Le secteur forestier joue en effet, un rôle de première importance en ce qui concerne la production ligneuse et non ligneuse, le soutien à la production agricole, la conservation et la protection de la biodiversité et l'amélioration des conditions de l'environnement.Ces écosystèmes quoique diversifiées, restent fragiles en raison des conditions climatiques sévères et l'aridité qui touche près de 90% du national. Les principales conséquences dues à cette fragilité, vont se traduire par une amplification du processus de désertification qui gagne de plus en plus de l'espace à travers la régression des espaces boisés, des parcoursLa roue de l'histoire, ou comment on perd sa place au sein de son continent et de la faune sauvage, l'érosion, le dérèglement du régime hydrique, la détérioration de l'environnement et particulièrement par une diminution de la productivité économique et sociale des ressources naturelles.Le poids de la pression humaine ne cesse de croître et la forêt marocaine apparaît très marquée par les interactions complexes entre les facteurs naturels et anthropiques.Parmi les principales causes de dégradation des ressources forestières on cite:- L'abus de l'exercice des droits d'usage reconnus dans les forêts domaniales aux seuls riverains usagers mais dont le contrôle est devenu de plus en plus difficile;- Les défrichements en vue de l'extension de terrains de culture;- Le surpâturage des parcours forestiers, au point de compromettre parfois la régénération des peuplements forestiers, et d'appauvrir la diversité biologique;- Les incendies et les attaques parasitaires, dont la gravité est souvent liée aux conditions climatiques et à l'état physiologique des peuplements forestiers; et- L'explosion démographique et les conditions de pauvreté qu'elle génère.Par ailleurs, les zones forestières, souvent enclavées et marginalisées, abritent les populations les plus démunies et les plus vulnérables. Ces populations estimées à 4 millions d'habitants tirent directement leurs moyens de subsistances des produits de la forêt.En conséquence, l'aboutissement d'une forestière sociale durable exige la prise en considération de toutes les composantes liées au secteur forestier et à son environnement naturel et humain, et leur intégration dans une stratégie globale considérant la forêt et les espaces boisés comme composante principale dans l'aménagement du territoire et le développement rural. (*) Ingénieur au Haut commissariat aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la désertification
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12.11.2005
Les voleurs de sable - La mafia du sable
De : meem.maroc@mac.com>À :
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06.11.2005
Plaidoyer pour les plantes fines
Comme il y a des adeptes pour la défense des "sales bêtes", il y a des aussi militants des "mauvaises herbes" et des plantes adventices, celles qui montrent un courage forcené à embellir la lisière de nos champs et les bermes de nos mornes route, et que les salauds décapitent, ou pire, passent à la moulinette de l'immonde gyrobroyeur. La Nature policée est la pire signature d'Homo sapiens economicus. Aucun de ces combats n'est ridicule, et encore moins prioritaire ou subsidiaire. Tous se valent dans la légitimité d'un nouvel Homme doté d'un discernement écologique d'une meilleure acuité. Toutes nos actuelles misères viennent de la triste "condition écologique" dans laquelle nous sommes plongés. Y compris la détresse des enfants des cités béton. "Avant longtemps, nous pourrons constater les méfaits engendrés par l'absence de beauté. Fadeur et tristesse de l'environnement occasionnant maladies, chagrin, désespérance : n'en déplaise à certains, c'est aussi de l'écologie." (Jürgen Dahl) Vive le parti pris pour la malherbologie !"Toutes les herbes qui naissent d'elles-mêmes dans les terrains cultivés pour d'autres sont réputées mauvaises herbes, quelle que puisse être d'ailleurs leur utilité." A.P. De Candolle (1832 p.1476). Michel Tarrier ("La mauvaise graine") Plaidoyer pour les plantes fines Dans le paysage agreste des montagnes semi-arides de l’Anti-Atlas sud-occidental marocain, dans le finage des villages d’Aït-Baha, de Tafraoute, d’Aït-Abdallah, d’Igherm, la vie s’écoule paisible... Les facteurs agressant pour l’équilibre naturel ne se montrent guère, il n’y a ni industrie polluante, ni tourisme violent, ni agriculture intensive comme dans le Souss voisin, ni programmes immobiliers éhontés, ni même cheptel en nombre incompatible, il n’y a même rien à déboiser, rien à reboiser... Et les paysannes qui s’en vont matin et soir, avant et après les ardeurs solaires, enjouées et souriantes, vêtues de leurs ravissantes tenues traditionnelles, sont bien belles. On entend leurs babillages, leurs rires et leurs chants comme un silence sonore, comme une onde vive jaillissant du rocher. Nous sommes transportés par le bonheur de vivre des exclues de l’alphabétisation... On pense à la fille mère « libérée » qui, sortant du métro parisien bondé, dans le froid du petit matin triste, doit laisser son bébé à la crèche pour se soumettre à la tâche salariée…Mais à quelle activité s’adonnent ces paysannes berbères, si loin dans les arides collines de ce paysage de rêve ? Que coupent-elles donc du bout de leur faucille, de leur serpette ? Qu’arrachent-elles à l’aide de leur piochon, de leur binette ? Et que transportent-elles dans leurs hottes traditionnelles ? Ni plus ni moins que toutes les plantes fines les plus précieuses du djebel, reconverties à usage fourrager ! Ni plus ni moins que des espèces botaniques en voie d’extinction, des endémismes locaux très fragiles, des plantes pour lesquelles il serait judicieux de prendre quelques mesures légitimes pour en assurer la pérennité et qui, en pleine phase de floraison, finissent sous la dent du bétail ! C’est afin de nourrir vaches et moutons, qu’il serait vain de faire pâturer sur un sol où les plantes herbacées sont trop éparses, que la gent féminine de ces collines du Lekst (ou Kest) et de l’Adrar-n-Aklim se charge d’« épiler » tout l’écosystème, apportant ainsi leur modeste part d’aridification à une contrée déjà bien désertifiée. Empreinte d’une sagacité empirique, elle organise une razzia journalière, méthodique et drastique des plantes les plus appétibles, souvent les plus remarquables de la phytocénose locale. Avec une assiduité quotidienne dans la collecte, certains habitats sont littéralement scalpés tout au long de la période de regain, de janvier à mai, par de charmants bataillons féminins... de destruction massive. C’est une inquiétante atteinte au patrimoine biologique d’une zone sensible et compte tenu des méthodes constatées, il n’est pas toujours évident que ça puisse « repousser ». Les observations ne manquent pas : brutal arrachage au peigne fin et jusqu’au moindre pied épars de Moricandia arvensis en inflorescences, sur plusieurs kilomètres en bermes de la route d’Aït-Abdallah ; c’est la crucifère-hôte d’un rare papillon saharo-arabe Euchloe falloui, lequel a subséquemment disparu du paysage car il s’agit d’une espèce à faible dédoublement écologique et qui ne butine que la plante nourricière de sa larve ; similaire arrachage « à blanc étoc » de la « petite mégaphorbiée » de plantes herbacées, comportant d’excellentes légumineuses, du lit de l’Oued Akka, près de sa source (région d’Igherm) et entraînant l’exil de tous les butineurs et les phytophages jusqu’aux faveurs aléatoires d’une prochaine année pluvieuse ; saccage subit de toutes les coronilles du Tizi-M’lil (près de Tafraoute) engendrant la perdition de la colonie locale d’une zygène (Zygaena algira) ; arrachage minutieux d’Astragalus caprinus des ravins de Tizi-Tarakatine avec disparition ipso facto du fragile lycène Plebeius antiatlasicus qui en est tributaire ; etc., liste interminable... Pour ne parler que de l’incidence au niveau des lépidoptères qui nous sont chers, c’est là une des raisons de la grande instabilité des papillons dans cette région, par ailleurs si féconde. Les conséquences de ce dérangement intempestif fait que les colonies ne se maintiennent jamais à la même place et que ce facteur d’instabilité conjugué aux effets des années de sécheresse récurrente, débouche fatalement sur l’extinction des espèces, laquelle extinction n’étant pas vérifiable objectivement et se devant donc d’être désignée plus correctement comme une extrême raréfaction. Il faut comprendre qu’en ces zones de pluies infidèles, l’irruption spontanée de la moindre plante est suivie d’une ruée providentielle tant des insectes nectarivores et de ses parasites potentiels, que des herbivores affamés, y compris des habitants riverains et de leurs troupeaux ! Et l’épanouissement de la flore paie un lourd tribut à cette consommation extrême. Des bulbes sont aussi enlevés en grand nombre, à des fins domestiques, alimentaires et de pharmacopées locales. Dans le paysage agreste des montagnes d’Aït-Baha, de Tafraoute, d’Aït-Abdallah, d’Igherm, la vie s’écoule paisible...Michel Tarrier (La mauvaise graine)
21:14
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05.11.2005
Le Val d'Ifrane, arrêtez le massacre !
« La montagne marocaine, si l'on y prend garde, court vers sa ruine définitive. La destruction de la végétation engendre la ruine économique, et celle-ci provoque la dépopulation. » Louis Emberger (1938) Une fois n’est pas coutume, nous ne parlerons pas ici et encore de développement durable, d’écodéveloppement, d’écoconscience, d’écolo-conservationnisme, de gestions viable, supportable et autres recettes écologiquement correctes mattraquées sans répit depuis quelques années, toute rhétorique d’une mouvance apparemment factice et purement conceptuelle puisqu’on ne cesse d’en constater l’absence de mise en pratique, y compris quand existent déjà les règlements et que de simples mesures d’applications suffiraient. Nous ne commenterons pas tous ces discours de l’écologisme parapolitique, ces gargarismes et ces gesticulations qui usent du respect de l’environnement et de qualité de la vie, de la sauvegarde de la biodiversité pour de simples promesses électorales, pour des effets d’annonce faiseuses de subventions dont on ne voit jamais l’utilisation concrète. Nous ne ferons pas référence aux innombrables congrès, conférences et pompeux symposiums d’une certaine « imposture verte » tant nationale qu’internationale et dont les retombées nulles s’inscrivent dans un art de décevoir qui a fait ses preuves. Nous ne parlerons même pas du Parc naturel d’Ifrane et des 53.000 hectares de cédraie soi-disant protégée à grands renforts de vaines réglementations et de budgets nébuleux, conservation qui semble relever du pur effet placebo, si ce n’est d’une opération cosmétique pour la galerie et qui finalement « ne mange pas de pain ». Le débat sur les enjeux écologiques du Maroc semble victime d’une indifférence quasi générale, comme si cette menace cruciale qui pèse sur l’avenir du pays n’intéressait pas des millions de parents dont le premier devoir est de transmettre une planète vivante que « nous n’héritons pas de nos ancêtres mais que nous empruntons à nos enfants » (Antoine de Saint-Exupéry). Jamais au grand jamais dans l’histoire de l’humanité, nous n’avions assisté à la disparition de tant d’espèces, à l’anéantissement de tant d’espaces le temps d’une seule génération. Nous sommes à la veille d’une extinction massive, les ressources s’épuisent, notre planète bleue sera bientôt incapable de nourrir 10 milliards d’habitants et à cette annonce tout un chacun devrait s’évanouir, ou au moins changer ses habitudes. Il n’en est rien. Et le plus effarant est de constater que ce qui était encore en parfait état, par exemple en 1990, comme c’est le cas de la région d’Ifrane, se trouve terriblement mal en point une décennie après. Il aura donc suffit de parler de développement durable pour que tout disparaisse, comme par désenchantement ! Il faut avouer que le paradoxe ne manque pas d'un certain cynisme de la part tant des gestionnaires que des usagers. Nous ne parlons ici que d’un paradis saccagé, anéanti, pollué, piétiné, un paradis qui n’est pas dans une inaccessible vallée de l’Atlas, ni aux portes d’une agglomération trop fortement peuplée pour être sauvegardée, nous parlons d’un paradis qui avait la chance insigne de se situer aux proches alentours d’une ville aussi charmante que privilégiée que l’on peut désigner comme la capitale écologique du Maroc : Ifrane. Et plus ponctuellement d’un univers paradisiaque que la proximité du Palais Royal et de l’Université Al Akhawayn auraient dû contribuer à protéger : la vallée de l’Oued Tizguid. Si le souci de préserver n’est pas applicable dans le contexte d’un écrin tant favorisé, qui nous fera croire que l’on va prêter attention à tout autre paysage du Maroc profond ?Connaître pour aimer…« Quand cessera-t’on de penser qu'on peut fabriquer des citoyens de demain en éduquant les enfants avec de simples slogans sans rien modifier à l'environnement pestilentiel dans lequel ils évoluent ? »Taslima NasreenLa foule qui, dès les premiers beaux jours, déferle depuis Fez et Meknès, et de plus loin encore, dans le Val d’Ifrane pour se détendre sur les rives attrayantes de l’Oued Tizguid, profiter de l’ombre providentielle des frondaisons, oublier la vie citadine dans ce havre de fraîcheur, se désaltérer à la Source Vittel ou faire une promenade équestre à la Cascade des Vierges, ne le sait peut-être pas mais fait innocemment irruption dans un habitat dont la biodiversité était il y a peu la plus riche en plantes et animaux de tout le Moyen Atlas. La vallée de l’Oued Tizguid est un véritable refuge ancestral d’espèces botaniques et zoologiques, biocénose unique parfaitement documentée par les inventaires des naturalistes. Les scientifiques y venaient du monde entier pour y étudier ces espèces et Ifrane était encore il y a peu l’une des stations les plus emblématiques de tout le Maghreb pour la valeur de son biopatrimoine. Les gens ne le savent pas, mais les décideurs ont le devoir non seulement d’en avoir notion, mais de veiller à la non destruction de ce patrimoine naturel, à une gestion raisonnable de cette fabuleuse richesse, et ce, dans le souci des générations futures. L’une des ambitions démocratiques consiste à élever le peuple vers l’élite et non l’inverse, paraît-il ! L’éducation et l’information en sont les pôles essentiels. « Connaître pour aimer, aimer pour respecter » est la devise de la « Maison de l’Ecologie » qu’on nous promet depuis si longtemps pour Ifrane. Surfréquentation récréative, piétinement, parcage inconsidéré, mauvaises conduites, tapages et saccages en tous genres, ébranchages et arrachages, pollution des eaux, recouvrement du sol par un manteau d’immondices et de détritus, y ont atteint un seuil limite dont le pic se situe chaque année en juillet-août. En saison, certains secteurs de la petite vallée pittoresque ne sont plus qu’un champ de foire avec ses immenses parkings payants, ses caravanes de voitures cherchant où pénétrer dans les bois, ses familles faisant la sieste, ses fumées de barbecues, ses baraques de marchands, ses terrains de football improvisés, ses enfants tuant au lance-pierres tout ce qui bouge, ses promenades équestres, tout cela au son tonitruant des décibels d’autoradios. Cette ambiance d’hypermarché et de Disneyland n’est pas exactement le traitement le plus approprié pour un fragile écosystème où tout un chacun devrait se réjouir de découvrir en silence les pures beautés de la nature. Question d’éducation.On ne voit pas ce qu’on gagne à l’inconscience de tels agissements, au recouvrement des sentiers et des prairies par une couche récurrente de poubelles, à une telle politique de la détérioration organisée et cautionnée par les entités responsables ? D’ici quelques années, lorsque les lieux devenus abiotiques ne présenteront plus le moindre attrait, ayant perdu la végétation qui dispense l’ombre bienfaitrice, lorsque le sol tassé à force de piétinement et de parcages illicites ne laissera plus pousser la moindre plantule, plus personne ne sera tenté de venir goûter aux joies de la nature dans un paradis dénaturé et qui sera devenu, à force d’usages sans discernement, un enfer désertifié. Curieuse politique de gestion du capital vert pour encourager l’écotourisme tant espéré ! L’aménagement de certaines prairies en « jardins de ville », la rétention de bras de l’oued en bassins décoratifs (dont l’eau est croupie dès le mois de mai !) et une fauche trop précoce (toujours déconseillée par les écologues et les environnementalistes) participent aussi à la l’écocide du Val d’Ifrane sous forme de gestion erronée.Un Eden de la Nature Au sein de l’étage bioclimatique humide de la cédraie de l’Atlas, Ifrane dénommée « la Suisse marocaine », ses alentours et sa région, sont connus depuis fort longtemps pour leurs peuplements végétaux et animaux remarquables, exceptionnellement riches en endémiques. Ancienne « Arcadie » et véritable réminiscence du « Jardin des Délices », nombreuses sont les personnalités scientifiques qui depuis le protectorat ont attiré l’attention sur la valeur irremplaçable de cette magnifique écorégion dont les paysages exceptionnels abritent des espèces cardinales. Lacs à nymphéas, cours d'eau, vastes prairies florifères, cèdres séculaires, chênes et frênes centenaires en formation linéaire dénommées ripisylve (c'est-à-dire forêt de rives), vieux ifs, érables, pléthores d’oiseaux et de papillons, constituaient un cadre de vie hors pair. On peut y noter encore quelques témoignages de l’exceptionnelle vigueur de la végétation, avec abondance de lianes dont pas mal de vieux lierres enveloppent les frondaisons des frênes de leurs rideaux centenaires. Pour les spécialistes, certains splendides papillons ne volent qu’ici ou presque dans le monde ! Depuis le milieu des années 90, ils sont en voie d’extinction. C’est le cas de la Proserpine d’Afrique (splendide espèce qui vole au printemps), du Zegris marocain, du Faux-Cuivré berbère (qui vit en symbiose avec des fourmis qui élèvent sa chenille !), du Grand Nacré de l’Atlas (immense papillon dont la chenille se nourrit des violettes du sous-bois), dans un cortège de plus de cinquante espèces diurnes dont les myriades multicolores sont l’apanage des prairies et des lisières ifranaises. Et l’on sait que les papillons sont de précieux indicateurs de la santé des sites, qu’un papillon est le reflet de ce qu’il y a dessous.L’homme a fait d’Ifrane un lieu électif pour ses séjours, tant d’hiver (ski occasionnel) que d’été (ombre bienfaisante et microclimat appréciable pour se protéger des ardeurs solaires impitoyables). La ville autrefois paisible apparaît désormais comme un peu débordée par son succès et le milieu naturel enregistre de très graves altérations résultant d’une pression anthropique exponentielle, avec comme grave conséquence un substrat affecté. Face à cette fréquentation croissante, voire envahissante en saison, cet Eden est désormais au purgatoire et si l’on veut éviter que ce paradis ne devienne un enfer, le site doit bénéficier urgemment d’une gestion plus rapprochée dont les autorités ne semblent pas parfaitement soucieuses. Afin de pérenniser la valeur de ces sites régionaux, des mesures ne sont donc que théoriquement prises. Seulement voilà, l'enfer étant pavé de bonnes intentions, aucune n’est pour le moment appliquée ! Un oued à tout faire !L’Oued Tizguid supporte tout. On y procède à des captations en amont qui induisent un trop rapide étiage avant même l’été, on y déverse plus bas et sans le moindre traitement préalable les eaux usées de certains quartiers, on y aménage des bassins de ville, on y fait des lessives sauvages, on y jette des détritus, on y lave illégalement les voitures, on y braconne les écrevisses, on y fait boire et patauger le cheptel, sans parler du dramatique dérangement pour la faunule des petits mammifères, des reptiles (couleuvres, tortues), des batraciens, des poissons (souvent des espèces rares) qui désormais ont pris la tangente et qu’on y reverra plus. La biocénose très diversifiée des crustacés, des mollusques (gastéropodes, lamellibranches), des coléoptères aquatiques, des formes nageuses d’hétéroptères (comme les patineurs d’eau), les stades larvaires de nombreux insectes et tant d’autres invertébrés spécialisés ont perdu un habitat qui datait de la nuit des temps. Les plantes spécialisées comme les phragmites et autres joncs, les nénuphars, les grands herbiers submergés voient leurs effectifs en grave déclin. Des bioindicateurs comme les libellules liées à la présence de l’eau se font très rares et l’écrevisse à pied rouge qui est un endémique précieux du Moyen Atlas est maintenant une espèce en voie d’extinction. Les grandes lessives qu’y font les plus démunis, notamment lors des nettoyages domestiques de printemps incluant des quantités de tapis, correspondent à un abus d’usage incompatible avec le respect de la qualité des eaux. Rien n’est plus sale qu’une lessive ! Pour les écosystèmes s’entend… Et les innombrables paquets de détergents délaissés sur les rives des cours d’eaux et aux abords des sources interpellent souvent les étrangers qui s’étonnent qu’en Europe, par exemple, la plupart des lessives destinées aux égouts des grandes villes soient biodégradables alors qu’elles ne le sont pas au Maroc et que dans les campagnes on en fait un usage direct dans les oueds, notamment de montagne. La dégradation qui en résulte est considérable et la pollution des eaux vives est irréversible, tuant tous les micro et macro organismes qui sont la propriété intrinsèque du milieu aquatique et en garantissent l’indispensable équilibre. Le plancton et les algues sont le premier échelon de la pyramide trophique en eau douce. Il faudra tôt ou tard envisager une remise en conditions du cours d’eau et la régénération sera aussi coûteuse que partiels les résultats.La cédraie se meurt Quant à l'état de la cédraie qui représente l'écosystème insigne de cette région atlasique (quand elle était bien conservée, elle représentait les plus beaux paysages forestiers du Maroc), elle atteste du même paradoxe et elle n'a curieusement jamais été tant détruite que depuis l'initiative du Parc naturel d'Ifrane qui se devait de sauvegarder le legs. Quintessence du réservoir génétique abritant les deux tiers des plantes et un bon tiers des espèces animales, le domaine forestier marocain est l’élément fondateur de la richesse écologique du pays, puisqu’en son sein s’élaborent les grands cycles de l’eau, ressource parmi les plus précieuses de toutes. Vouloir dissocier une essence forestière naturelle de sa biodiversité contextuelle vieille de centaines de milliers d’années est la vue de l’esprit coupable de la perte des forêts, tel que l'enseigne admirablement le Abdelmalek Benabid, professeur à l’Ecole nationale forestière d’ingénieurs de Rabat-Salé. Les espèces végétales et animales vivent en communauté. Ainsi, le forestier qui ne travaille pas avec, travaille contre. Il désosse, il déconstruit la forêt qui n’est pas une mine, il désintègre l’écosystème en éliminant des composants. En cédraie, le potentiel de transformation le plus fort des semis naturels réside dans les parties les plus confuses du sous-bois, dans les trouées et les lisières envahies de cistes, de genêts, de lamiacées et de graminées, au sein d’un système pluristratifié. Ce sont là les berceaux des arbres de demain. A leurs côtés, les plants coûteux, installés par le sylviculteur dans leurs pots après nettoyage intempestif du sol et de la strate protectrice des bienfaisantes « mauvaises herbes », crèvent dès le premier été ou nécessitent un suivi hors de prix. Et pour parachever, anachronique et abusif, le parcours intensif en cédraie est un véritable anachronisme. La mort d'un géant, le Cèdre Gouraud tant carte-postalisé, nous annonce censément le début de la fin et c'est un peu le glas qui vient de sonner dans la séculaire futaie de cèdres.Le surpâturage en primeAprès la Maâmora, la plus grande suberaie du monde désormais fossilisée, après l'arganeraie exclusive au Maroc, désertifiée et réduite à la moitié de sa superficie en un demi-siècle, après la thuriféraie « nature morte » d'une « forêt sans arbres », aux ultimes vétérans pour la plupart sous protection maraboutique, c'est au tour de la cédraie, dernier écran vert entre le Sahara et le Nord, de péricliter de 40% au fil des deux dernières décennies. Pourquoi veut-on absolument détruire ce pays ?Paysages défigurés, écosystèmes dénaturés, forêts dégarnies, biodiversité banalisée, sol écorché, lessivages catastrophiques, destructions irrémédiables, le Maroc est atteint par le surpâturage chronique, le Maroc est malade du mouton. Les ravages de ce pastoralisme intempestif induisent une véritable pandémie écologique, un écocide lent, un risque d’extinction massive des plantes et de la faunule débouchant sur une mort du sol, déjà nu et squelettique en bien des régions, qu’elles soient montagnardes ou mésétiennes, forestières, steppiques ou subsahariennes, à tous les étages de végétation et dans tous les bioclimats. 800.000 moutons paissent au sein des modestes cédraies du Parc naturel d’Ifrane, soit un troupeau quatre fois supérieur à ce qu’il devrait être. Depuis peu, la Vallée de l’Oued Tizguid n’est pas épargnée par la pression excessive du pacage. C’est notamment le cas en aval vers la sortie en direction de Boulemane, là où la vieille peupleraie a été décimée par une tempête et où tout le secteur a été surpâturé et ravagé par les troupeaux, alors que le paysage était indemne jusqu’à la fin des années 90. En amont et vers la Zaouïa d’Ifrane, dès les alentours du « Refuge », bien des troupeaux séjournent alors qu’ils y étaient interdits il y a peu. Enfin, lorsque approche la date de l’Aïd, tout un chacun vient engraisser son mouton n’importe où et jusqu’aux abords de la Source Vittel ! Un Maroc se meurt, celui d’une Nature si riche par le passé, celui du sol, de l’eau et des ressources naturelles. Peut-on encore faire quelque chose ou doit-on cautionner la formule suivante de Nicolas Hulot : « La société dans laquelle nous vivons ressemble à une espèce d’avion de ligne où tous les voyants seraient au rouge dans le cockpit et qu’à l’arrière on continue soit à boire le champagne soit éventuellement à se quereller » ?Le plus affligeant n’est pas de constater l’érosion de cet inestimable capital naturel mais d’en diagnostiquer le caractère imparable du processus écocidaire dont les préjudices sont déjà palpables. La langue de bois et l'omerta ne sont plus de mises si l'on veut agir, et nommer les choses par leur nom peut permettre d'aller droit au but. La sauvegarde de l’essentiel des écosystèmes marocains et de leurs sites passe obligatoirement par une politique volontariste d’allègement et de régulation de la charge du cheptel, en complète inadéquation avec les ressources disponibles. Faute d’un tel contrôle de la pression pastorale devenue intolérable et de propositions de solutions alternatives, tout programme conservatoire serait vain. S’il ne visait qu’à « gérer les préjudices », sombre est l’avenir. Quant aux moyens alternatifs, voire subventions d’encouragement qui doivent être dégagées en compensation d’une réduction des troupeaux à l’endroit des plus petits propriétaires, certaines expertises peuvent parfaitement les éventualiser.In memoriam... : la soudaine hécatombe du Moyen AtlasLa dégradation de bien des secteurs de la cédraie, sa déconstruction sous forme de déboisement, l’éradication de certains de ses composants par la destruction du sous-bois par la foresterie et le dérangement provenant de la fréquentation récréative et des parcours ont engagé une fragilisation, voire une perte définitive de nombreuses espèces végétales et animales. L’impact est irréversible. Sans remonter au temps du lion de l’Atlas (ultime signalement pour le Moyen Atlas : 1930) dont le dernier représentant ifranais est taillé dans le granit, ou dresser une liste posthume exhaustive, nous citerons quelques espèces dont nous sommes « sans nouvelle » depuis les dernières décennies, ainsi que d’autres dont le risque d’extinction est très préoccupant.La panthère fauve tachetée : le tueur en série que nous sommes est parvenu à ses fins, non sans efforts (safaris-trophées, fourrure, braconnage, égocentrisme pastoral, phobies, bêtise et vieux démons...) Bien que très méfiante, la panthère était pourtant le plus ubiquiste des félins et habitait au Maroc un grand spectre de biotopes. On la surprenait encore jusque dans les années 50, par exemple dans les cédraies de l’escarpement d’Azrou ou dans la doline boisée du Mischliffen. Mais déjà de 1986 à 1996, les quelques signalements (traces, excréments, magots dévorés, témoignages locaux) ne provenaient plus que du Haut Atlas oriental et ne portaient que sur quelques sujets errants et sans viabilité génétique. Le déclin final fut l’œuvre discrète de quelques bergers, l’animal pouvant évidemment causer des dégâts non remboursés parmi le bétail. Une réintroduction aléatoire doublée d’une veille soucieuse devrait être engagée. Hors la cédraie, il est deux autres espèces marocaines climaciques qui vivent actuellement un purgatoire damoclésien en vue d’un même destin muséologique : le guépard et l’hyène. Le lynx caracal : le bel animal n’a plus été observé des cédraies rifaines et du Moyen Atlas depuis les années 80 du siècle passé.Le singe magot de Barbarie : animal protégé par conventions internationales est sur le déclin et les vœux douteux de certains gestionnaires seront bientôt hélas exhaussés. Si le magot commet des dégats localisés, c’est qu’il souffre de concentrations inéluctables en raison de la destruction globale de son habitat naturel. Le magot et le cèdre ont toujours été deux éléments d’une même communauté écosystémique. Dans un passé très récent où le singe montrait un effectif nettement plus fourni, aucun dégât dommageable n’était relevé. D’ailleurs, les dégradations actuelles ne sont signalées que dans des secteurs précis, justement ceux déjà victimes de dysfonctionnement forestier entraînant des dérèglements au niveau des populations, structures et architectures des composantes végétales et animales. Quand le faciès sylvicole est diversifié, ce type de dégâts n’existe pas. Le magot souffre dans la cédraie du « syndrome du Titanic » qui fait que les survivants se concentrent sur les derniers secteurs vitaux avant que l’ensemble ne sombre définitivement.La truite de Pallary : ce poisson endémique des eaux continentales, propre à l'Aguemalne de Sidi-Ali situé au cœur de la cédraie « morte » du Col du Zad (Moyen Atlas central), est portée éteinte. L’écrevisse à pieds rouges, caractéristique des cours d’eau de la cédraie, va suivre la même voie en raison de ses prélèvements excessifs et de la pollution galopante des eaux vives (notamment par l’usage direct de détergents non biodégradables par les populations riveraines). Quand aux lépidoptères d’Ifrane, d’Azrou, du plateau d’Ito, les plus précieux se voient progressivement biffés du paysage sous les effets néfastes de la pression des parcours, par la disparition des plantes fines et de leurs habitats.Et que l’on n’aille pas croire que la gazelle ou le papillon « ne servent à rien » ! Pauvreté et dégradation de l'environnement sont des phénomènes à rétroaction positive, à savoir que les conséquences de l'une rendent l'autre inévitable. Quand on parle de sauvegarder le biopatrimoine, le souci humanitaire est toujours en contrepoint. Le recul ou le déclin d’une espèce indique le mauvais état de santé de l’écosystème qui engendrera à court terme le tarissement des ressources et donc une crise dans la survie et l’approvisionnement des populations. Sans être plus alarmiste et annoncer des risques majeurs, il faut tout de même savoir que çà et là dans ce monde, la plupart des actuelles inondations meurtrières présentées comme des catastrophes « naturelles » (inondations à répétition à Madagascar, récemment Haïti) ont pour origines un usage abusif des ressources (surpâturage, déforestation) ayant entraîné une incommensurable érosion du sol désormais incapable d’absorber les précipitations diluviennes. En 1995, la crue désastreuse qui avait endeuillé le bassin versant de l’Ourika et ses 200 morts déclarés étaient un signe précurseur qu’il faut prendre en compte, non seulement par la mise en place d’un système de prévention du désastre (comme il vient d’être fait), mais surtout par un soulagement des causes de la désertification dont l’agent essentiel est la charge pastorale.Propos recueillis par Mohamed Drihem auprès de Michel Tarrier, écologue, consultant à l’Institut Scientifique de Rabat.
11:09
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Touchons du bois
Quintessence du réservoir génétique abritant les deux tiers des plantes et un bon tiers des espèces animales, le domaine forestier marocain est l’élément fondateur de la richesse écologique du pays, puisqu’en son sein s’élaborent les grands cycles de l’eau, ressource parmi les plus précieuses de toutes.L’un des indicateurs du degré de naturalité d’une forêt et en conséquence de sa viabilité est qu’elle reste l’habitat du plus grand nombre possible de plantes vasculaires, d’invertébrés et de vertébrés.Après tant d’années d’exploitation de la forêt sans le moindre discernement, face au risque majeur et irréversible de la désertification qu’induisent le déboisement et la mort du sol, il serait grand temps de ne plus « faire feu de tout bois ».Les programmes de régénération, d’allègement des parcours, les proclamations de diverses figures adaptées de conservation sous la forme de Sites d’Intérêt biologique et écologique, de Parcs nationaux, de Parcs naturels, de Réserves de la biosphère et autres plans directeurs d’aires protégées entrepris tardivement ces dernières années au bénéfice de la plupart des écosystèmes dans l’objectif d’inverser les tendances et de restaurer les équilibres n’ont pas été à la hauteur des ambitions. Le grave déclin se poursuit au galop. C’est la conséquence de l’aspect trop conceptuel du défi face à l’énormité de l’emprise socio-économique en interrelation avec les espaces et les espèces. De nouveaux plans décennaux s’appuyant sur une réelle thématique dont la lutte contre la désertification sera la clé de voûte sauront-il contribuer à endiguer la dégradation des paysages afin de ne pas déshériter nos enfants d’un Maroc « vivant » ? On ne peut que le souhaiter et user de tous les moyens en vue d’un changement des mentalités. Les véritables vœux pour le troisième millénaire sont des vœux de pérennisation du biopatrimoine.Il est question dans cet article d’effectuer un survol des essences les plus emblématiques du pays, de leurs formations définissant des écosystèmes de valeur dont l’homme est toujours partie prenante et d’en diagnostiquer sommairement l’essentiel des causes de dysfonctionnement, voire d’éradication. La cédraie : une prospérité déjà comptée Façonnée par le Cèdre de l’Atlas, la cédraie s’encarte dans les variantes fraîches à extrêmement froides des bioclimats subhumide, humide et perhumide du Maroc septentrional (Rif centro-occidental Moyen Atlas et Haut Atlas oriental) et couvre 130.000 ha. Quand elle est bien conservée, elle représente les plus beaux paysages forestiers du Maroc. Au sein de cette vaste écorégion des forêts humides, le Cèdre de l’Atlas organise, entre 1400 et 2500 m d’altitude, un écosystème forestier vigoureux. Dans ce cas de la cédraie mixte en association avec des feuillus, la cédraie se révèle alors comme l’une des formations écosystémiques insignes du zonobiome méditerranéen. Par la biomasse qu’elle engendre, pour sa fonction protectrice du sol et parce qu’elle est la formation essentielle s’inscrivant dans le rôle salutaire et légitime de « ceinture verte » de l’Atlas, ultime rempart contre la désertification menaçante, pour être un incommensurable réservoir génétique où prospère une riche biodiversité, pour l’outil fidèle que son ambiance forestière représente pour les collectivités locales et les populations rurales (vocation sylvo-pastorale, bois de chauffe, bois d’œuvre, plantes médicinales, loisirs) et pourquoi pas pour la dimension poétique, esthétique et culturelle qu’elle induit, la cédraie joue un rôle considérable à l’échelle nationale et méditerranéenne.Après une longue agonie, un bien illustre et symbolique vétéran vient de rendre l’âme : le cèdre Gouraud, arbre-attraction qui, entre Ifrane et Azrou, recevait depuis des lustres les touristes autour de ses dix mètres de circonférence. Colosse végétal reconnaissable à l’une de ses grosses branches tronquée et accolée au tronc, ce qui lui valu d’être baptisé du nom du général Gouraud, colonel sous Lyautey et estropié d’un bras. Arbre-monument sans nul doute trop carte-postalisé et pas assez protégé, le cèdre « perpétuel » n’est plus, le géant est mort. C’est un peu le glas qui vient de sonner dans la futaie de cèdres.Au bien triste chapitre nécrologique de la cédraie, il faut inscrire non seulement la foresterie dont la surexploitation forestière engendre une déconstruction de la forêt (la cédraie n’est pas une mine !), mais aussi l’anachronique parcours intensif du cheptel qui représente un véritable et pernicieux écocide.La biodiversité est biffée, les superficies s’amenuisent, les plans directeurs se suivent et se ressemblent dans leur incapacité manifeste à juguler les causes du déboisement croissant et à faire montre d’imagination écologique. On s’enfonce au contraire dans une gestion « minière » et destructrice dont les remèdes sont pires que les maux. Le forestier s’acharne à déconstruire la forêt. Les coupes rases, par exemple des chênaies vertes arbustives formant le sous-bois de la cédraie, constituent le premier facteur favorable au processus d’érosion. L’éradication du feuillu expose le sol au stress hydrique puis le prive de tous ses éléments essentiels jusqu’au stade de la rocaille dépourvue de capacité de rétention. Les espèces végétales et animales vivent en communauté. Ainsi, le forestier qui ne travaille pas avec, travaille contre. Il « désosse » la forêt. C’est devenu une vérité première que de constater que la stricte vocation forestière (exploitation, rentabilité) est toujours un défi gagné contre la nature et les générations futures. Le singe magot en est le bouc-émissaire par excellence. Réduit à une survie marginale là où il peut (syndrome du Titanic !), il est accusé de commettre des dégâts. Comment en serait-il autrement ? Le magot et le cèdre ont toujours été deux éléments d’une même communauté écosystémique. Dans un passé très récent où le singe montrait un effectif nettement plus fourni, aucun dégât dommageable n’était relevé. D’ailleurs, les dégradations actuelles ne sont signalées que dans des secteurs précis, justement ceux déjà victimes de dysfonctionnement forestier entraînant des dérèglements au niveau des populations, structures et architectures des composantes végétales et animales. Quand le faciès sylvicole est diversifié, ce type de dégâts n’existe pas.Dans les conditions actuelles et puisqu’il reste la première ressource des populations humaines de ces montagnes, la problématique du pâturage en forêts devrait être l'une des préoccupations fondamentales des aménagistes sylvo-pastoraux et des gestionnaires des aires protégées. Pour l’instant, le nombre de têtes ne fait qu’augmenter, au fur et à mesure de la dégradation des écosystèmes forestiers, de l'appauvrissement de la biodiversité et de la perte du sol. 800.000 moutons paissent par exemple au sein des modestes cédraies du Parc naturel d’Ifrane, soit un troupeau quatre fois supérieur à ce qu’il devrait être. La problématique frise l’absurde quand on sait que les propriétaires tirent profit d’un nombre de têtes qu’ils savent excessif, en acceptent une mortalité de 50% d’agneaux, pour le seul stratège du pouvoir conféré et des droits qui en résultent.L’action destructrice est fréquemment causée par la mitoyenneté de pâturages arides exploités par les transhumants d’été qui n’hésitent pas à se rabattre sur la cédraie lors des fréquentes années de disette dues à un grave déficit hydrique. Sous-bois ravagés et inexistants, écimage, ébranchage, substrat rendu squelettique par le piétinement, translation des sols largement étrépés, acidification, puis lessivage des pentes lors des orages et inondations des vallées. Sur le revers méridional du Moyen Atlas central (région du Coil du Zad) et dans le Haut Atlas oriental (régions de Midelt et de Tounfite), il ne reste plus qu’un triste et macabre spectacle de cédraies d’outre-tombe d’où émergent éparsement les spectres dantesques des ultimes vétérans morts sur pied. Ainsi naît la désertification locale sans qu'il y ait diminution dans les volumes des précipitations annuelles. Souffrant de la mort du sol, la cédraie est pour le moins sur « la mauvaise pente »…Certains boisements à cèdres jouissent encore d’une bonne conservation qu’atteste une évidente régénération, notamment dans les formations rifaines et medio atlasiques des bioclimats les plus humides. Une veille est néanmoins nécessaire face à quelques atteintes. Une révision des méthodes forestières selon une gestion moins « agronomique » et intégrée s’impose car dans le concept d’une gestion durable, il n’est plus de mise de continuer à désintégrer l’écosystème en éliminant des composants qui semblent à première vue subsidiaires mais dont l’absence a prouvé qu’ils étaient au contraire essentiels à une bonne régénération. Une dynamique régressive très inquiétante est en marche dans certains djebels du Moyen Atlas centro-oriental, ainsi que dans toutes les cédraies du Haut Atlas oriental. Les causes en sont évidemment multiparamétriques mais la raison essentielle et dispensatrice du coup de grâce donné à ces forêts est sans conteste une pression pastorale excessive. De larges secteurs y sont irréversiblement désertifiés et la cédraie morte est déjà un phénomène notoire. Si l’on entend sauver quelques restes en limitant les effets du dysfonctionnement, il est urgent de fixer des contraintes et de les faire respecter sur le terrain.Le cèdre est une unité écosystémique majeure et très fragile à l’intérieur du biome méditerranéen. Le Maroc en conserve la majeure partie et c’est un grand atout patrimonial. Il serait regrettable qu’il soit traité avec désinvolture. Il est probable que la domanialisation de la forêt par l’Etat fut l’élément fondateur des violences écologiques constatées entre les communautés et le gestionnaire, au sens où elle peut être comprise comme une violation, une spoliation de la tribu. Avec un tel sentiment qui de nos jours demeure, les usagers ne respectent plus les disciplines ancestrales imposant une conscience collective et s’en remettent à la hiérarchie du garde forestier, agent étranger dont l’existence incite à maximiser leur profit d’une ressource désormais propriété d’autrui. C’est le sentiment d’expropriation, qui plus est exacerbé par le mauvais exemple d’une conduite trop exploiteuse de l’administration de tutelle.La sapinière : une forêt absolue réduite à une « peau de chagrin »La sapinière est agencée par le sapin du Maroc et représente moins de 4000 ha relictuels très localisés sur les sommets et les hauts versants du Rif occidental. C’est un écosystème encore dynamique et dont la conservation des restes est estimée comme bonne.Des sapins au Maroc ? Cela peut surprendre si l’on oublie la fameuse formule qui nous rappelle que « le Maroc est un pays froid où le soleil est chaud » et si l’on ignore que les sommets perhumides du croissant rifain peuvent attester une pluviométrie de 2000 mm, avec une couverture nivale assez importante certaines bonnes années. Le Rif centro-occidental (Tingitanie) est la principale écorégion réfugiale des forêts humides marocaines et son identité écoclimatique y a permis la conservation depuis la période préboréale jusqu’à nos jours de cet élément floristique d’origine euro-sibérienne qu’est le vrai sapin du genre Abies. Le sapin est un fossile vivant, un vestige de l’ère tertiaire et sa formation en Méditerranée apparaît comme une véritable forêt relique, transfuge post-glaciaire témoignant sans conteste de la forte résilience de l’arbre. La couverture forestière du Rif en général a subi une surexploitation forestière sous le protectorat espagnol et le sapin a ainsi payé un lourd tribut durant la période coloniale. Quant à l’actuelle application de traitements sylvicoles inappropriés, perturbant fortement certains écosystèmes forestiers de la région rifaine (telle la gestion agressive de la suberaie), elle ne semble pas se manifester au niveau de la sapinière. L’inaccessibilité de la plupart des ultimes formations protège probablement l’essence.La majeure partie de la figure conservatoire du Parc de Talassemtane devrait être celle d’une réserve intégrale, sans aucune intervention humaine, ni usagère, ni technique. Ce qui n’est pas pour l’instant le cas.La tétraclinaie : de plus en plus dénaturéeLa tétraclinaie est individualisée par le thuya de Barbarie qui se manifeste surtout dans le Sud-Ouest, sur le Plateau Central et dans certains secteurs de l’Oriental. C’est l’un des écosystèmes les plus étendus puisqu’il couvre, de façon très éparse, quelques 600.000 ha liés aux variantes chaudes et tempérées du domaine semi-aride. Sa conservation est très variable selon les régions, de moyenne à très dégradée.C’est un arbre à large spectre associatif puisqu’il organise de multiples cortèges spécifiques depuis les rives atlantiques des Haha et des Ida-Outanane jusqu’aux Monts de l’Oriental, en passant par les vallées du Haouz. C’est une essence propre aux basses altitudes et au semi-aride tempéré et chaud. Dans l’Oriental, les Massifs de Beni-Snassen et de Debdou en sont les mieux lotis. Les tétraclinaies sont souvent préforestières et rarement pures, garnies de taillis assez denses. En futaie, le thuya peut atteindre une vingtaine de mètres. Espèce à forte résilience, sa régénération naturelle est assez spontanée si bien que son écosystème peut renaître des affres de son dur vécu, car l’homme ne l’a guère épargné. Sa faculté de souche est unique chez les conifères et, une fois coupé, l’arbre rejette avec vigueur. Le bois moucheté, chatoyant et pratiquement imputrescible, qui développe de grosses excroissances appelées « loupes », est très prisé en ébénisterie traditionnelle. C’est à des fins d’ébénisteries que les vieilles souches sont hélas détruites. La thuriferaie : nature morte d’une forêt « sans arbres »La thuriféraie est l’écosystème forestier marocain de plus grande rudesse. Le Genévrier thurifère qui l’organise se manifeste avec robustesse en perspective sommitale du Moyen Atlas plissé et de la portion centro-orientale du Haut Atlas. Sauf spécimens isolés, cet arbre majestueux est partout en dépérissement ou éteint, et n’appartient plus qu’à des forêts mortes. Faute de la réalisation d’une cartographie actualisée, la thuriféraie marocaine est d’une évaluation difficile. Les chiffres généralement à disposition (244.000 ou 326.000 ha selon les auteurs et les rapports) concernent la couverture en Genévriers, toutes espèces confondues, dont l’oxycèdre très répandu. L’estimation raisonnable se situe entre 20.000 et 30.000 ha, assez équitablement répartis entre le Moyen Atlas plissé et le Haut Atlas, depuis 1700 jusqu’à 3000 m d’altitude, hélas partout très dégradé. Cet arbre remarquable peut présenter des dimensions très impressionnantes, atteignant 20 m de haut et 16 m de circonférence. Les individus abroutis ou ayant subi un mauvais traitement ont l’apparence d’un champignon. C’est à la fois le plus alticole, le plus longévif, le plus robuste et le plus dégradé des arbres du Maroc. Des mutilations parfois impressionnantes témoignent pour cette robustesse. Essence à résilience exceptionnelle, le thurifère est apte à subir des contraintes climatiques extrêmes : hivers très rudes, étés chauds et très secs. Il se mélange au cèdre dans le Moyen Atlas et au chêne vert dans le Haut Atlas. Mais à l’étage oroméditerranéen, sous bioclimats semi-aride et subhumide extrêmement froids, aucun autre arbre n’est apte à concurrence. Seule la steppe froide à coussinets épineux partage cet habitat sans appel, puis relaie le genévrier thurifère au-delà de la limite supérieure de la forêt. De très vieux vétérans puissamment charpentés trônent souvent, solitaires, sur les pentes érodées de ces grandes altitudes. Ce sont les derniers signes de vie d’une forêt fossile, d’un écosystème majeur en voie de disparition, d’une essence en phase finale.La thuriféraie est au Maroc l’écosystème forestier ayant le plus régressé, avec un recul estimé par les spécialistes de l’ordre de 90% par rapport à son aire potentielle de répartition. Les atteintes à cet arbre alticole ont comme causes majeures la hache, le feu et la pression pastorale. Dans les villages d’altitude, la forte démographie sociale se conjugue à l’appauvrissement des ressources forestières et renoncer à l’amputation, certes interdite, de l’arbre engendre une distance considérable à parcourir pour tout autre ramassage à l’usage du chauffage et de la cuisine. Les mutilations sont donc partout omniprésentes dans les Atlas et la grande vitalité de l’arbre ne lui permet pas toujours de survivre à ces vicissitudes. Les vétérans calcinés ne sont pas rares : le froid régnant à cette altitude conduit très souvent les bergers à allumer un feu et par négligence, le tronc continue à se consumer toute la nuit. L’incessant parcours des ovins et des caprins a fait perdre au sol l’essentiel de ses qualités physico-chimiques et hors les coussins épineux susceptibles de protéger encore quelques plantes fines, la pâture est maigre sur ce sol décapé, de plus en plus lessivé par les précipitations, victime de la forte évaporation des vents et brûlé aux ardeurs solaires. Ainsi, le feuillage du thurifère est le fourrage à portée de serpe des bergers et pour ce qui concerne les chèvres, il devient une pâture aérienne à l’instar de l’arganier du Souss. Le feuillage constitue aussi un aliment d’appoint indispensable l’hiver en bergerie et il est donc coupé pour être consommé sec. Enfin, un échafaudage de branches entremêlées est un décor habituel sur les murs des azibs dans l’objectif de protéger le troupeau des chacals, des renards et des chiens errants. Unique essence multi-usages à disposition en haute montagne, le thurifère revêt un rôle social capital. Depuis les temps les plus reculés, c’est un lien de survie qui l’unit aux tribus berbères des villages de la haute montagne. Mais une trop longue exploitation intensive a eu raison de l’arbre dont la disparition laisse maintenant un vide drastique qui préside à l’exode des populations qui y étaient intimement liées. Les marocains du XXe siècle ne transmettront pas le genévrier thurifère à leurs enfants. On le disait pourtant l’arbre le plus robuste du Maroc.La cupressaie : attention, fragile !La cupressaie est une formation présteppique de montagne, dont le Cyprès de l’Atlas est un endémique marocain, unique représentant naturel du genre. Elle est confinée dans un seul secteur du Haut Atlas occidental dont l’étendue n’excède pas 5000 ha, assez dégradée et infiltrée de Genévrier rouge, de Genévrier oxycèdre, de Thuya de Berbérie ou de Chêne vert.Son territoire est celui du Pays des Goundafi, dans la haute vallée du N’fiss et ses alentours, là où commence le Haut Atlas dit occidental. Il s’agit des montagnes du versant nord du célèbre Tizi-n-Test, dans la montée depuis Marrakech et Asni, en suivant initialement l’Asif Reraya. Sur ses fortes pentes de grés argileux, la Forêt de Laghbar en abrite le plus grand nombre, souvent en association avec des éphèdres, au sein d’une biocénose intéressanteL’arganeraie : une forêt-providence maltraitéeL’arganier est la seconde essence forestière du pays après le chêne vert. Végétal prééminent d’une région homogène qui de part et d’autre de la vallée du Sous jusqu’à Essaouira au nord et au-delà de Tiznit au sud, l’arganeraie imprime partout au paysage la discontinuité des taches vertes de ses boisements, copiant ainsi le modèle d’un archipel. C’est, en prise directe sur la steppe désertique puis le Sahara immédiatement plus au sud, l’ultime strate arborescente de protection, le tout dernier rempart de verdure. D’une estimation de 1.500.000 hectares boisés datant du début du XXe siècle, il ne demeure présentement plus que 20 millions d’arganiers sur une superficie de quelque 800.000 ha (7% de la superficie forestière du Maroc), soit une perte de la moitié de sa surface. Le rythme de ce compte à rebours est présentement de l’ordre d’une éradication de 600 ha/an. Deux millions d’habitants vivent dans cette région (densité de 46 habitants/km2 pour le Souss) et sont directement ou indirectement concernés par ce vaste écocomplexe. Cet endémique original qui n’est pas sans rappeler l’olivier, est un arbre multi-usages (forestier-fruitier-fourrager). Son exploitation forestière procure 800.000 journées annuelles de travail et l’extraction oléagineuse plus de 20 millions de journées. Jusqu’à ces dernières décennies, la tradition voulait que l’arganier soit certes exploité, mais sans excessive pression et jamais arraché. Pour économiser les avaricieuses ressources hydriques, l’arganier peut sporadiquement se défolier, retrouvant à l’aubaine de nouvelles précipitations, son aspect touffu. Envoyant son système radiculaire à grande profondeur, l’arbre d’argan élève l’eau qu’il restitue à la couche superficielle du sol par le jeu de la condensation, procurant un bienfait certain à toute la végétation mitoyenne. L’importance climatique de cet arbre est donc parfaitement perçu dans le contexte de la régulation de le rosée, du brouillard, de la nébulosité en général ou alors des vents : la nébulosité limite l’évapotranspiration, le vent l’aggrave.A la frontière de l’aride, cet écosystème est en perdition sous l’effet de facteurs cumulés à la fois anthropogènes (surpâturage, agriculture intensive et déboisement) et climatiques qui en découlent (sécheresse, désertification). Comme l’arganier s’avère être tout autant la victime de l’érosion des sols que son meilleur remède, la problématique consiste à en ralentir l’éradication.Epargné par l’homme, l’arganier peut offrir des densités fortes, y compris dans des milieux écologiquement très rudes. Mais sous la pression de l’exploitation humaine et du défrichage, il n’y a plus guère de concurrence et les sujets ne sont plus aptes à exercer la moindre auto-élimination les uns vis à vis des autres. C’est un arbre très protéiforme et tenter d’en rencontrer deux spécimens de bonne ressemblance n’est pas chose aisée. Hautement résistant, il porte dans son habitus tous les stigmates de son dur vécu, toutes les séquelles des traitements néfastes et mutilants. Ainsi, on rencontrera des sujets naniformes, prostrés, stressés et mutilés, tous évocateurs d’un broutage précoce et répétitif, d’un écimage ou d’un émondage réitéré et de toutes autres atteintes à leur intégrité. Le stade extrême et très spectaculaire est illustré par ces arganiers abroutis, rabougris, repliés sur eux-mêmes et façonnés en « rochers verts », conséquence la plus tourmentée de l’impact du pâturage répétitif. Depuis la mise en place (1917) par le protectorat français d’un code forestier, la forêt est domaniale et propriété du Royaume, les populations ne jouissant que de certains droits d’usage. Un peu plus tard (1925 et 1938), en raison de la prépondérance usagère de l’arganeraie, une législation plus affinée fut mise en place pour cette région. Conjointement à la juridiction de l’Etat, le droit coutumier régit la forêt d’arganiers, organisant notamment la répartition des parcelles. Les relations entre la jemâa et le garde-forestier sont ainsi tout autant complémentaires que conflictuelles, et en raison de l’aspect coopératif de ce terroir, l’appropriation individuelle qui domine de fait se trouve atténuée par les pratiques collectives dont le pastoralisme. D’Essaouira à Sidi-Ifni, le territoire de l’arganier est donc domanial ou « présumé domanial ». Cette propriété de l’Etat se décline selon des règles coutumières entérinées par l’usage et qui impliquent, entre autre, une jouissance privée des arbres aux habitants. A savoir que l’usage des arganiers est divisé comme des lopins de terre en parts d’héritage aux ayants droits de chaque famille. Il en résulte une parcellisation extrême. Dans la pratique, l’exercice de ces droits d’usage fait que la domanialité apparaît comme très relative et ce partage par les usagers aboutit purement et simplement à une figure de privatisation. Les dahirs de 1917 et 1925 définissent déjà les fondements juridiques de tels droits, celui de 1938 en profilait un désir de protection face aux abus de jouissance des tribus usagères de l’époque. Tout défrichement et coupe de rejets étaient aussi prohibés, exception faite des arbustes non forestiers comme le jujubier, sauf sur les pentes et versants où l’extraction était opportunément interdite. Il était autorisé de cultiver les vides et même de mettre les troupeaux à l’abri d’une clôture temporaire dans les parcelles usufruitières. La présence inopinée de l’eau n’excluait nullement une irrigation. Ce sont là toutes les tendances qui, face à l’intensification agricole et à la montée des profits, ont suscité les convoitises et la tradition usagère eut ainsi bon dos... L’institution en 1983, par l’administration des Eaux et Forêts, d’un octroi pour toute mise en culture sous arganier n’a fait que déclencher une ruée de nouveaux intérêts et de sournoises transactions avec des investisseurs agricoles allochtones à la zone et avides de spéculations. Une multitude de droits d’usage et de passations en cascade par la voie de l’héritage ou par transactions avec des étrangers font que le système juridique de la domanialité n’a plus guère d’emprise sur le pays des arganiers. La législation qui se voulait garante d’une sauvegarde de l’arganeraie est devenue pernicieusement l’instrument légal de sa dégradation.Le mode de gestion de l’arganeraie par les populations riveraines se fait sur un modèle agro-sylvo-pastoral tripolaire dont les trois dimensions sont : la production de cultures annuelles dont la céréaliculture traditionnelle (notamment orge) et de plantes herbacées, la production fruitière (et ligneuse) et la production animale, désormais la plus problématique.Depuis longtemps prohibé sur le revers nord de la Méditerranée pour ses effets néfastes (élimination des régénérations, des rejets et des basses branches par broutage, piétinement entraînant tassement et solifluxion des sols), le parcours forestier – en principe extensif - est une tradition encore vivace dans les pays du Maghreb et l’arganeraie entre-autres en subit pleinement les dramatiques et irréversibles conséquences. Du temps où les effectifs restaient dans des limites acceptables, où les éleveurs veillaient à la mise en réserve pastorale saisonnière d’une partie de l’espace (cas d’agdal en montagne avec interdiction de pâturer durant la période la plus sensible pour les plantes), disons jusqu’au début du siècle passé, un équilibre existait entre la pression du cheptel et la dynamique des peuplements, tant bien que mal la forêt et le sous-bois parvenaient à se reconstituer. Conséquence démographique, l’accroissement presque insidieux du nombre de têtes n’a cessé depuis et condamne irréversiblement toute chance de régénération. Selon la règle coutumière, il n’y a pas de limitation d’effectifs. Outre l’excès numéraire, les séjours s’allongent. Les arbres sont mutilés, ébranchés souvent jusqu’à la cime. A la charge pastorale locale de l’arganeraie, s’ajoute fréquemment la lourde contrainte d’une concentration de troupeaux caprins et camelins des nomades Sahraouis remontant du grand Sud en période estivale de disette. La réduction de la charge pastorale notamment caprine est une mesure incontournable si l’on veut sauver ce qu’il reste de la formation à arganier. Quand le cheptel outrepasse la capacité herbage-fourrage, cela se nomme « surpopulation », et rompt évidemment l’équilibre écologique d’un écosystème sensibilisé par un stress climatique puisque aux frontières de l’aride. La chèvre, animal très rustique, est le plus nuisible puisque se nourrissant du feuillage des arbres et des arbustes, elle porte atteinte à l’ossature même d’un écosystème forestier. Et comme la chèvre est par excellence l’animal adapté depuis des lustres aux zones arides, ménager ce mariage endémique est une problématique qui n’est pas sans rappeler la dualité de la chèvre et du chou ! Le surpâturage (au sol ou « aérien ») est un écocide lent. Un seuil de tolérance a été fixé par la FAO en 1981. Il est de 0,8 tête de petit ruminant à l’hectare. Dans l’arganeraie, la charge moyenne est multipliée par 3 ou 4. Une dérive si aberrante n’autorise aucune remontée biologique et si mal gérée, l’arganeraie ne peut déjà plus faire face aux besoins des populations et de leurs troupeaux. Le parcours en forêt, véritable anachronisme, est désormais le plus dangereux des droits d’usage. Il en va de même pour les autres formations d’autres régions marocaines comme celles du chêne-liège, du chêne vert, du cèdre et du thuya. Mais le Souss-Massa supporte un nombre de 2.858.000 têtes, soit 12% de l’effectif national. Ce n’est pas rien.Au surpacage s’est allié ces dernières décennies un défrichement amplifié pour le gain de nouveaux espaces voués à la production intensive du maraîchage sous serres, ainsi qu’à l’agrumiculture exigeante de la basse vallée du Souss, car il n’y a pas que le cheptel qui ait ici « la dent longue », les agriculteurs aussi ! Avec comme objectif l’adaptation forcée aux exigences de l’exportation à destination du marché européen, il a fallu désaisonnaliser en cultivant sous serres plastiques tomates, aubergines, fraises, melons, etc. Les cultures sous abris connaissent au Maroc une expansion considérable. Au cours des vingt dernières années, les superficies couvertes sont en effet passées de quelques dizaines hectares expérimentaux (1974) à plus de 10.000 ha. 62% de la superficie couverte sont réservés aux primeurs, 34% aux bananes, 3,5% aux fleurs et les 0,5% restants à diverses autres cultures. Dans le Souss-Massa l’essentiel de l’arganeraie mis en culture occupe plus de la moitié de cette surface plastifiée. Cette technique présente l’avantage d’économiser sensiblement l’eau mais comme il y a toujours un tribut à payer, sa gourmandise en engrais n’est pas sans provoquer d’irréversibles altérations des équilibres écologiques mitoyens et pour y remédier on commence maintenant à irriguer avec des eaux enrichies de fertilisants solubles. Le poids des normes de production imposé par l’exportation de l’agriculture maraîchère et fruitière fait fi du moindre principe de précaution et défigure désormais toute relation entre l’homme et le milieu. Sans parler des traitements chimiques antiacridiens imposés en cas d’invasion pour protéger ce « grenier » et dont il serait hasardeux de minimiser les effets de rémanence tant sur la santé humaine que sur les composants des écosystèmes.Mais il faut aussi crier « eau secours ! » quand on constate que le surpompage que nécessite la région avec les « déserts agraires » qu’induit le productivisme agricole. Jusqu’aux années 60, la nappe phréatique de la vallée du Souss n’était qu’à une profondeur de 10-20 m et donc à la portée des racines des arbres. Dès le début des années 90, il fallait creuser jusqu’à 100-120 m pour atteindre le niveau. C’est maintenant jusqu’à 150-200 m qu’il faut pomper ! Cette réserve aquifère déjà consommée était préromaine et de plus de 2000 ans d’âge. Ainsi, outre la destruction de tout un paysage, les devises empochées par l’exportation d’oranges, de tomates, de melons, de concombres ne compensent nullement la perte irrémédiable des ressources naturelles et il s’agit donc purement et simplement d’une exportation de l’eau, denrée rare au Maroc. Pour donner une idée chiffrée, l’exportation de 100.000 tonnes d’agrumes et de tomates équivaut au départ de 50 à 100 millions de mètres cubes d’eau ! Surpompage et surpâturage sont ainsi les deux mamelles... de la désertification de l’arganeraie. Avec finalement une totale insouciance de l’avenir résultant d’une évidente paresse intellectuelle quand il s’agit de songer à pérenniser la pluralité du paysage.Tel est l’affligeant constat d’une exploitation hâtive et destructrice du sol. Sauf en d’exceptionnels milieux protégés ou en retrait, l’arganier a désormais perdu sa capacité de prolifération. Sa germination naturelle n’existe plus car elle exige un sol pluristratifié et la présence d’une strate végétale protectrice contre le broutage des jeunes pousses. La seule régénération possible est celle par rejets de souche qui poussent vigoureusement en couronne, mais à la condition péremptoire qu’elle se décline à une mise en défends respectée durant une décennie. Ce qui est bien rarement réalisable. Quant aux tentatives de reboisement qui font l’objet de savantes études, de minutieuses expérimentations et de projets pilotes, elles se heurtent notamment au problème radiculaire. Il a été démontré que la technique de trempage des graines dans l’eau était tout à fait satisfaisante pour obtenir une bonne germination. Compte tenu de la grande variabilité génétique de l’espèce, il est nécessaire de pouvoir disposer d’individus homogènes et une technique de multiplication a été optimisée par bouturage (à partir de rameaux prélevés) et culture in-vitro. Les problèmes de transplantation sont liés au système racinaire des plantules, ainsi qu’aux symbioses mycorhiziennes. La croissance des racines peut être fort rapide par rapport à la partie aérienne et il est rapporté qu’après 38 jours, le système racinaire pouvait mesurer vingt fois la longueur de la partie aérienne. Ainsi, la méthode des mottes compactes utilisée en pépinière pour la production des plantules est-elle incompatible.Comme on le voit, même en prenant « le problème par la racine », la pérennisation de cette forêt unique au monde qu’était l’arganeraie demeure très hypothétique, pour ne pas dire que son compte à rebours est largement entamé.La Maâmora : une grande perte pour mille petits profitsA l’exception de petits groupes ou sujets épars en quelques points du Haut Atlas, le chêne-liège peuple le Rif, le Moyen Atlas, le Plateau Central et la Maâmora, pour une superficie totale de 350.000 ha, dont 188.000 ha sont aménagés et exploités pour la subericulture.Parler aujourd’hui d’une forêt, c’est de suite faire une soustraction. 130.000 ha en 1910 – 55.000 ha en 2003 = un recul de 75.000 ha au débit de la Maâmora, soit quelques mille hectares perdus chaque année. Telle est la curée organisée par l’homme avec l’absence la plus totale de la moindre écoconscience. Mais si ce n’était qu’une régression spatiale ! Il en va surtout d’une perte qualitative, d’une effroyable érosion de toute la biodiversité forestière, d’une banalisation à nulle autre pareille. En dépit de sa régression chronique, la Maâmora reste encore la plus vaste suberaie existante, dont les 55.000 ha contemporains sont représentés par une formation dépourvue du moindre indice de régénération, au capital biologique détérioré, qui plus est morcelée par les nocifs aménagements successifs et un trop dense réseau de layons et de pistes à large emprise. Il s’agit donc d’une forêt « fossilisée » et compromise.Dans les secteurs où le chêne-liège a déjà succombé, des reboisements artificiels et douteux ont été entrepris dès 1980 à base d’essences allochtones ou exotiques : pins divers, acacias à tanin, eucalyptus mellifères variés. Ces apports sont responsables de profondes transformations dans les cortèges floristiques. La suberaie subsistante l’est sous forme de « parc de ville », avec l’aspect homogène et si monotone des peuplements équiennes qui peuvent encore ravir quelques sylviculteurs taciturnes mais qui révulsent les amoureux de la forêt. Cette architecture creuse peut plaire aux promeneurs néophytes qui se croient dans une forêt. Une telle structure en futaie jardinée et sans maquis pluristratifié en sous-bois, ne comptant que des arbres récemment démasclés, est un type artificialisé. En Maâmora, les herbivores domestiques paissent paisiblement sous une identique frondaison systématiquement tondue à hauteur des deux mètres qui illustrent le « plafond des vaches ». 24 millions annuels d’unités fourragères y sont produites. La charge pastorale est de 6,4 unités petit bétail (UPB) à l’année alors que la charge d’équilibre convenu est de 1,5 UPB. Comme partout, ce débordement insidieux et particulièrement néfaste à la forêt, est en contradiction avec certains textes et recommandations supposés établir la capacité de charge des parcours et de décider de la taille du troupeau que peut soutenir la forêt. L’émondage intempestif des branches latérales pour le prélèvement de rameaux feuillés (ramées) prive la plupart des arbres de leur esthétique charpente et certaines zones sans canopée ne sont plus qu’un univers de chandelles, charpentes réduites à un axe et à quelques moignons. Exceptionnellement et parce qu’ils sont estimés très fructifères, certains sujets sont épargnés de telles pratiques archaïques et apparaissent de belle venue. Les chiens de bergers ou errants poursuivent partout le moindre animal ou anéantissent les couvées au sol. Le sous-bois est inexistant, démuni de stratification (strates arborée, arbustive, herbacée) et vidé de la moindre plantule, si ce n’est par places un embroussaillement (matorralisation) de Génistées épineuses et d’autres plantes coriaces et récalcitrantes, non consommées par le cheptel, comme la passerine, voire des pans de chaméropaies (doum ou palmier nain). Le tassement du sol induit par l’impact des sabots, notamment des innombrables bovins, perturbe totalement la rhizosphère du chêne-liège et menace le système racinaire. Le broutage des glands et des espèces végétales alibiles, y compris les éventuels jeunes chênes-lièges démunis de protection sur un sol scalpé, sont des handicaps à toute régénération. Non seulement le ramassage mais aussi le gaulage (très violent et très mutilant) et la vente des glands le long des routes et sur les souks se font au grand jour. Pour parachever l’œuvre, d’importantes parcelles ont été récemment rasées pour des besoins militaires (camps), sportifs (instituts) et routiers : l’autoroute Rabat-Kénitra a extorqué 500 ha à la forêt, enclavé des secteurs urbanisés depuis et dressé un barrage continu au cœur de la forêt.Comme il en va de toutes les formations forestières contiguës aux grandes villes, la Maâmora est actuellement l’aire récréative de quelques millions de personnes avides de grand air. Les habitants de Rabat, Salé, Kénitra et Khémisset assaillent une forêt déjà gravement aridifiée et meurtrie par la pression du pacage et la surexploitation forestière. Une récente évaluation hebdomadaire rapporte une moyenne de 30.000 visiteurs et de 5.000 véhicules pouvant séjourner quotidiennement en Maâmora. En dépit de la proximité du pouvoir décideur de la capitale, nonobstant l’incalculable manège de discussions nationales et de congrès internationaux sur la gestion durable, aucune mesure particulière ne vient au secours de cette forêt en péril afin de limiter la casse. Il en va de même pour certaines forêts à Chêne-liège du Pays Zaër les plus proches de Casablanca. Les activités de grand air élues par les citadins ne sont pas particulièrement d’ordre environnemental, contemplatif et respectueux. Quiconque ayant déjà fréquenté les plus proches forêts de Madrid, de Paris ou de Bruxelles sait ce qu’on y découvre après le passage ravageur de ces nouveaux « vandales ».Pour l’Etat, gestionnaire du domaine, l’objectif est le liège mais les efforts de plus de deux siècles sont menacés par la fourmi du liège dont les galeries envahissent l’écorce subéreuse, la rendant en grande partie inexploitable. Ainsi déprécié, le liège de la Maâmora voit ses cours très inconstants et ne peut rivaliser avec d’autres productions, telle la portugaise. Outre le pâturage dont l’excès de charge est co-accusé de dégradation avec la gestion forestière, les riverains récoltent les glands et les champignons. Le bois quant à lui est illégalement utilisé pour la carbonisation à domicile et trop fréquemment pillé pour la revente aux hammams, délinquance induite par la précarité des populations riveraines et qui généralement fait l’objet de procès-verbaux magnanimement dressés contre des inconnus. Dans un contexte aussi peu propice, la chasse intervient pour sonner l’hallali et achever la curée.Que faire quand il n’y a plus à rien à faire ? Sauver la Maâmora n’est donc plus qu’une promesse électorale. Cette Maâmora « gisant » non loin de Rabat, de ses universités et de ses administrations, les projets les plus amphigouriques ne manquent pas de fuser, émanant soit de chercheurs idéalistes et respectables dans leur grande naïveté, soit de monteurs de projets et « faiseurs » lobbyistes de gestion durable (l’imposture « verte » sévit de toutes parts) qui trouvent, en ces cas désespérés, matière à subsides auprès de bailleurs de fonds étrangers et innocents. Car il y a dorénavant et au chevet des écosystèmes malades du monde entier des monteurs de projets comme il existait des bateleurs de foire. C’est l’une des tartufferies contemporaines. Entre-autres. Et ça marche ! Enfin, pour eux... De ce gargarisme de congrès, de cette jonglerie de dossiers et de toute cette gesticulation, certains aménagements sylvopastoraux sont avancés par des acteurs biotechnocrates en proie à une crise dialectique, à des convulsions rhétoriques et s’affichant avec le masque passe-partout de l’imposture verte : « régénération de la suberaie », « valorisation des fonctions sociales de la forêt », « développement rural des zones périforestières à travers une approche participative et partenariale », « les actions de sensibilisation doivent amener les populations à s’investir dans la sauvegarde des ressources forestières... » Etc. Quand entre Rabat et le Pays Zemmour, on se heurte aux troupeaux qui sautent les murs de protection et les garde-fous pour traverser l’autoroute qui tranche la Maâmora en deux parties étanches, on comprend alors qu’on est encore loin de l’approche participative des populations usagères ! C’est la seule « autoroute broutée » du monde ! Mauvaise gestion forestière, saccage du sous-bois, déliégeage, reboisements artificiels surpâturage, éradication de la strate herbacée, écimage et ébranchage, gaulage, main basse sur le moindre gland, prélèvement délictueux du bois, dépérissement des arbres, tassement du sol, érosion et processus de désertification, constitution de vastes champs dunaires, ravages d’espèces invasives propres aux écosystèmes déséquilibrés, banalisation de la flore et de la faune, fréquentation récréative anarchique, infrastructures routières, circulation automobile, urbanisation, baisse de la nappe phréatique, dessèchement des mares, etc. Une telle litanie de la désolation n’autorise pas la moindre lueur d’espérance. C’est le sort regrettable d’une forêt victime d’une emprise humaine multifonctionnelle hors du commun. La plus grande suberaie du monde ne donne plus naissance à aucun jeune chêne et voit sa population vieillir inéluctablement. Faute de régénération, la Maâmora n’est plus et son actuelle surface boisée d’ossatures correspond à une forêt virtuelle. La désertification en marche va se traduire par la mobilisation de ses sables en voie de constitution de vastes champs dunaires menaçant les grands centres urbains et les cultures de légumes et de fruits environnants. Résultat de ce grand gâchis, voici des milieux et des hommes au devenir incertain.Ailleurs… Dans le Rif central (Ketama, Bab-Berred), entre 1984 (8000 ha), 1990 (500 ha) et aujourd’hui (quelques bouquets), la suberaie a disparu par suite du défrichement pour la culture du kif. Il en eut été exactement pareil pour toute autre culture. L’amplification de l’érosion qui en résulte entraîne un grave dysfonctionnement du cycle de l’eau. Nonobstant l’exemple affligeant de la Maâmora, les formations à Chêne-liège du Rif occidental sont victimes d’une surexploitation sylviculturale les défigurant et tendant à les vider progressivement de tous leurs éléments biocénotiques. Quant au djebel Tazzeka (un Parc naturel…), depuis 1980 des milliers d’hectares de chênes sclérophylles ont été biffés de son versant oriental pour servir de terrains de parcours.Autres forêts et même insoucianceLes pinèdes, quand elles sont spontanées, sont ordonnées par le pin d’Alep, les pins maritimes de montagne du Maroc et celui ibérique, plus rarement par le pin noir d’Afrique du Nord, les deux dernières essences ne se manifestant qu’à l’ouest du Rif. A ces populations naturelles s’ajoutent des superficies de boisements artificiels. Ces pinèdes sont généralement assez bien conservées, localement dégradées.La chênaie verte qui, avec 1.400.000 ha, occupe un bon quart de la masse forestière marocaine, est mise en place par une espèce de chêne sclérophylle très plastique et propre à la Méditerranée occidentale. Ce chêne établit des écosystèmes forestiers, préforestiers et présteppiques à presque tous les étages depuis le thermoméditerranéen en association avec des espèces thermophiles, jusqu’au sévère montagnard méditerranéen, voire l’oroméditerranéen où la chênaie verte se rencontre alors en immixtion avec le thurifère. Attestant rarement une bonne conservation, elle apparaît surtout sous son aspect arbustif, en taillis pluristratifiés et rares sont les vétérans de 20 ou 25 m de haut. Sa concurrence est grande avec les autres chênes, les pins, le cèdre et le thuya.La zénaie est le peuplement d’un chêne caducifolié, le Chêne zène, qui se développe depuis le niveau de la mer jusqu’à 1800 m sur des sols frais et profonds du Rif et du Moyen Atlas. La zénaie est généralement intriquée à d’autres formations forestières.La tauzaie est l’écosystème de l’autre chêne à feuilles caduques du Maroc, le chêne tauzin, lequel n’élabore sa formation que dans les montagnes centro-occidentales du Rif, sur sol siliceux des zones humides et perhumides. La tauzaie contacte très souvent la zénaie, voir la suberaie ou la chênaie verte, se fourvoie parfois aux limites de la cédraie. Elle peut aussi se manifester sous une strate arbustive composée de drageons de moins d’un mètre, excluant alors toute concurrence végétale. La tauzaie jouit d’une assez bonne conservation. Le Maroc « malade du mouton »Paysages défigurés, écosystèmes dénaturés, forêts dégarnies, biodiversité banalisée, sol écorché, lessivages catastrophiques, destructions irrémédiables, le Maroc est atteint par le surpâturage chronique, le Maroc est malade du mouton.Les ravages de ce pastoralisme intempestif induisent une véritable pandémie écologique, un écocide lent, un risque d’extinction massive des plantes et de la faunule débouchant sur une mort du sol, déjà nu et squelettique en bien des régions, qu’elles soient montagnardes ou mésétiennes, forestières, steppiques ou subsahariennes, à tous les étages de végétation et dans tous les bioclimats. Plus de 20 millions d’ovins, de caprins et de camelins déciment les formations herbacées et arbustives, et les dégâts irréversibles sont parfois hallucinants. Les fins d’été trop sèches, dans la foulée des corruptions ordinaires, on laisse complaisamment les troupeaux franchir les périmètres en défens, violer les clôtures des reboisements qui représentent pourtant les derniers beaux restes biocénotiques à l’abri du saccage. En Afrique du Nord, l’anachronisme le plus saillant est censément celui du parcours en forêt. Deux exemples édifiants. 800.000 moutons paissent au sein des modestes cédraies du Parc naturel d’Ifrane, soit un troupeau quatre fois supérieur à ce qu’il devrait être, et on dénombre 2.858.000 têtes (notamment de caprins) dans l’arganeraie, forêt claire affine à la steppe arborée de la vallée du Souss ! Depuis longtemps prohibé sur le revers nord de la Méditerranée pour ses effets néfastes (élimination des régénérations, des rejets et des basses branches par broutage, piétinement entraînant tassement et solifluxion des sols), le parcours forestier – en principe extensif - est une tradition encore vivace dans les pays du Maghreb. Il participe à une destruction effarante et représente désormais le plus dangereux des droits d’usage. Il est des figures de conservation dont la géométrie variable est indécente. Les réserves de la biosphère, les parcs naturels, les parcs nationaux et autres SIBE (sites d’intérêts biologiques et écologiques), éreintés par le bétail, sont de celles-là. Une législation jamais pratiquée est supposée établir la capacité de charge des parcours forestiers et permettrait de décider de la taille du troupeau que peut soutenir la forêt. Rien ne peut vraiment expliquer cette croissance exponentielle qui a doublé en un quart de siècle. Seulement en 1980, il n’y avait que 12 millions de têtes. Les populations vont payer cher cette gestion sans le moindre discernement car les conséquences sont parfaitement documentées : érosion, lessivages, inondations meurtrières, disette des ressources en eau. Quant à la chèvre, elle n’est pas en reste et se montre bien trop prééminente dans les paysages marocains. Vorace, ce ruminant est un champion de la destruction, ne laisse rien sur son passage et porte atteinte à l’ossature même d’un écosystème forestier. La chèvre domestique s’est toujours attirée les foudres des autorités ou des protecteurs de la nature. « Ne fais pas d'une chèvre ton jardinier ! » énonce un proverbe hongrois. Le problème est d’autant plus pénible que c’est par tradition la « vache du pauvre » et que sa limitation revêt un évident et délicat problème social. Encore qu’en connaissance du terrain, on comprend vite que dans la plupart des cas, l’élevage caprin ne représente qu’un signe de prestige dérisoire, source de revenus tout relatifs et constituant finalement un capital plutôt symbolique. Aujourd’hui en Afrique du Nord, la réduction de la charge caprine est une mesure incontournable pour sauver ce qu’il reste des formations écosystémiques, notamment dans les zones semi-arides. De nombreux experts préconisent maintenant des programmes économiques alternatifs à l’intention des populations les plus démunies mais ils ne semblent pas davantage entendus. Encore une fois la dualité Nord-Sud bredouille et se répète : espaces pastoraux sous-exploités sous bilans hydriques favorables en Europe, niveau critique du surpâturage des steppes dans les pays du Maghreb.L’impact d’un sabotAu niveau du piétinement dont l’effet semble à prime à bord négligeable, il n’est pas anecdotique de rapporter succinctement les chiffres d’une récente étude concernant les bovins et le Burkina Faso, étude qu’il serait aisé de transposer aux ovins et au Maroc. Compte tenu de la surface d’un sabot de bovin et qu’en élevage extensif un animal parcourt quelques 5 Km/jour, à raison de un pas par mètre, on obtient une surface annuellement compactée de l’ordre de 22.000 m2/animal. Dans cet exemple du Burkina Faso qui compte 4 millions de têtes, la surface piétinée correspond alors à 32% de la surface totale du pays et 88% de celle des pâturages permanents.Extinction massive des espèces.Jamais le nombre d’espèces inventorié à la surface de la Terre n’avait été aussi élevé et simultanément jamais la diversité biologique n’avait connu un déclin aussi drastique. C’est le paradoxe de la crise actuelle qui préside à une inélu7ctable période extinction massive.« User, ne pas abuser » est une maxime traditionnelle de modération ! A l’égal de n’importe quel autre être vivant, l’homme est le produit d’un processus évolutif dont le succès réside dans la capacité d’adaptation au milieu, avec la différence appréciable que l’extraordinaire augmentation de l’efficacité biologique de l’homme et de ses conséquences, se sont déroulées dans le délai très court de seulement quelques milliers d’années. C’est cette évolution si rapide qui, associée à la nécessité de dominer intuitivement la nature sans trop chercher à en comprendre les subtilités, a conduit l’homo sapiens (espèce « intelligente ») à une situation estimée maintenant (et peut-être un peu tard) comme fort préoccupante pour l’avenir des générations futures. L’homme fait le vide autour de lui. Michel Tarrier est l'auteur d'un livre-témoignage illustré par Jean Delacre, actuellement sous presse : "Le Maroc, un Royaume de biodiversité. Ecosystèmes et problématiques". Il s'agit d'un état des lieux du Maroc naturel, un réquisitoire sans concession sur les causes de perdition du riche biopatrimoine marocain et l'histoire documentée de son massacre. Un livre qui suscitera le débat sur les enjeux écologiques du Maroc…
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La poudre aux yeux
« L’erreur fondamentale réside dans le contrôle autoritaire qui a été accordé aux intérêts des agences agricoles. Il y a, après tout, plusieurs autres intérêts en jeu : il y a les problèmes de pollution des eaux, de pollution du sol, de protection de la faune, de santé publique. Pourtant, le sujet est appréhendé comme si les intérêts de l’agriculture étaient suprêmes, ou en fait, les seuls. » Rachel Carson.La problématique des traitements antiacridiens a déjà été abordée au chapitre de l’arganeraie. Mais le domaine oasien qui s’y trouve tend exposé nécessite qu’on y revienne et pas spécialement dans l’angle de vue strictement marocain, mais dans le contexte global des pays du Sahel de l’Afrique de l’Ouest. Durant les années 2003-04 et parallèlement à l’écriture de ce livre, ces contrées furent terriblement touchées par les invasions acridiennes, avec quelques sérieuses alertes dans les parages subsahariens d’Afrique du Nord, y compris du Maroc. Loin de tout pathos, les questions essentielles que l’on doit se poser sont les suivantes : Faut-il traiter ? Comment ? Et pourquoi ?La réponse à la première question est notamment induite par celle de la seconde. Voilà des décennies que l’on nous berne avec la promesse de la faisabilité de lutte alternative (dite biologique) en la matière. Soit l’abandon irrémédiable des pesticides chimiques (bioaccumulatifs et à toxicité aiguë) dont nous ne reviendrons ni sur la liste historique des produits utilisés, ni sur leurs méfaits à long terme, tant au niveau du milieu qu’à celui de la santé humaine, et ce, au profit de substances « propres » dont les dernières entrées en lice semblent avoir été certains mycopesticides. Alors qu’en est-il sur le terrain en cette année 2004 de lutte intensive ? On remarquera tout d’abord que pour l’opinion publique, relayée par les médias (ou inversement !), la notion d’intervention logistique compte nettement davantage que les moyens et substances utilisés. La première est évidemment plus évènementielle : il faut éteindre le « feu » ! Et la fin justifie les moyens.On peut lire plus d’une centaine d’articles de presse sur les épandages menés dans les nations où sévit cette prolifération : l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Libye, le Sénégal, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie (pays le plus touché avec 1,6 million d'hectares), sans qu’il soit question d’éclairer sur la nature du « pesticide ». L’omerta est totale dans les médias d’informations non spécialisés, tout comme dans les discours destinés aux populations victimes. Certaines craintes sont parfois émises sur la pointe des pieds. C’est alors qu’au cours d’un reportage pour une télévision, à l’inquiétude émise par un cultivateur mauritanien sur le danger du produit, un opérateur répondit qu’il ne portait pas de masque et qu’il avait aussi des enfants, que le risque était nul et que les femmes pourront d’ici deux heures se rendre de nouveau au puits. Mais à une demande de traiter dans le village proche infesté, la réponse fut négative en raison de la dangerosité du produit... Alors de quel « produit » s’agit-il ? Voici quelques extraits de communications qui, sous forme d’aveux, parfois nuancés par de subtils euphémismes, en donnent une timide idée. Dans l’objectif d’une victoire un peu illusoire sur le criquet-ennemi, on y note soit le recours à des pesticides « inoffensifs » (sans plus de données), soit l’échec ou l’insuffisance des produits respectueux de l’environnement et la contrainte du recours aux sempiternels poisons.« Le pire a fini par arriver. Tiznit, Taroudannt et Guelmin sont envahies depuis le 20 octobre par des essaims de criquets particulièrement voraces venus de la Mauritanie. Leur nombre très important bloque la circulation et plonge le Sud du Maroc tout entier dans un nuage opaque. C’est à présent l’Atlas qui est menacé par ces insectes ravageurs se dirigeant vers le Nord.Pour ce qui est des pesticides, le Maroc prévoit l’acquisition de 4,2 millions de litres. Ce qui permettra de traiter entre 3,5 et 5 millions d’hectares. Au cours de la journée de lundi 25 octobre, a précisé le général Hosni Benslimane, coordinateur de la campagne anti-acridienne, un total de 224.000 hectares ont été traités avec des pesticides inoffensifs pour les produits frais. Car la production agricole dans la région du Souss représente 40% des exportations marocaines de fruits et tomates, soit un chiffre annuel de 7 milliards de dirhams. » (Maroc Hebdo International, 29 octobre 2004).« En Algérie et au Maroc, les autorités doivent aussi lutter contre le commerce des criquets. Parce qu'ils sont sources de protéines, ces insectes sont souvent ramassés par la population des douars isolés du Sud et proposés à la vente, en dépit de l'interdiction des autorités : la contamination par les pesticides les rend impropres à la consommation. En Algérie, à Ouargla, 950 kg de criquets ont été saisis par la gendarmerie sur les marchés de la ville ces trois dernières semaines. Les pluies ont fait bondir leur prix, de 50 dinars le kilo (0,5 euro) à environ 350 dinars (3,5 euros) et ils sont recherchés comme des remèdes miracles contre certaines pathologies. Au Maroc, les autorités sont confrontées au même problème, notamment dans la région de Tiznit, où le sac de 50 kg se négociait, ces derniers jours, à près de 200 dirhams (20 euros environ). Les spécialistes tentent, pour cette raison, d'utiliser des insecticides moins toxiques : le fipronil – connu en France sous le nom de Régent, et interdit en raison de sa toxicité pour les abeilles – est ainsi interdit en traitement total, au profit d'autres produits (deltamétrine, fenitrothion, dérégulateurs de croissance). Les spécialistes doivent cependant arbitrer entre la toxicité et la nécessité de traiter efficacement les essaims qui menacent l'Afrique du Nord. » (Le Monde, 30 avril 2004).« Des essais sur deux biopesticides seront menés à grande échelle en ce mois d'octobre en Mauritanie. Si les résultats s'avèrent probants et confirment l'efficacité que ces mêmes produits ont démontrée lors de tests à petite échelle, ils seront utilisés dans les prochaines campagnes de lutte antiacridienne. » (FAO, extrait du communiqué de presse du 1 octobre 2004).« Keith Cresman, expert de la lutte antiacridienne auprès de la FAO à Rome, explique que les pesticides recommandés par la FAO se dispersent assez rapidement de manière à ne pas nuire à l’environnement. Mais cela veut aussi dire que de tels pesticides sont inefficaces lorsqu’une zone déjà pulvérisée est réinfestée par des criquets. « Nous utilisons des pesticides qui, après 24 à 48 heures, ne sont plus suffisamment efficaces pour tuer les criquets, » a t-il indiqué à IRIN. » (IRIN News.org, 6 octobre 2004).« La FAO fournit également des conseils techniques aux pays touchés et assure le suivi de la mise en oeuvre des opérations de lutte. Elle encourage l'utilisation de pesticides qui ne soient pas dangereux pour l'environnement et la santé humaine et animale, tout en examinant attentivement le recours à des moyens de lutte alternatifs. » (FAO Salle de presse, 2 septembre 2004).« Deux équipes d'épandage de pesticide ont été dépêchées en Mauritanie et des avions de lutte antiacridienne affrétés au Soudan. Il existe également d'autres méthodes de lutte moins chimiques, tels les mycopesticides (spores de champignons pathogènes pour le criquet) ou les phérormones (substances chimiques « brouillant » celles émises par les insectes). Mais elles n'ont jamais été utilisées à grande échelle et ne sont pas non plus sans conséquences pour l'environnement, souligne Michel Lecoq. Plus les épandages de pesticides seront donc effectués tôt, moins les zones traitées seront importantes. D'où la nécessité d'agir vite. » (LCI Live, 6 octobre 2004).« Pour lutter contre les invasions de criquets, les acridologues disposent de plusieurs insecticides chimiques. Les organochlorés (DDT et dieldrine), interdits dans les années 1980 à cause de leurs effets nocifs sur la biosphère, ont été remplacés par les organophosphorés (fenitrothion et malathion), les carbamates (bendiocarbe), les pyrethrinoïdes (deltamethrine et lambdacyhalotrhine), l'imidacloprid (matière active du Gaucho) et le fipronil (matière active du Régent). Néanmoins, ces insecticides ne sont pas anodins lorsque, en cas d'invasion, ils sont épandus en grandes quantités sur de vastes surfaces. Ainsi, l'Union européenne a demandé que tout traitement soit suivi d'une étude d'impact sur l'environnement. » (Le Monde, 31 août 2004).« Désormais inéluctable, la lutte chimique est à nouveau engagée contre les criquets pèlerins en Afrique de l’Ouest. Pourtant, après l’invasion de 1986, un biopesticide avait été mis au point pour prévenir ce fléau. Au Bénin, des voix s’élèvent pour dénoncer l’imprévoyance des États africains. Quand les criquets s’amènent, tout le monde dit « On ne s’y attendait pas ! » Quand ils repartent, on dit « Ouf ! », et on les oublie jusqu’à leur prochaine invasion!. Le Hollandais Christiaan Kooyman, coordonnateur du Programme régional de lutte intégrée contre les sauteriaux au Sahel, est très déçu. Dans son bureau à l’IITA (Institut international d’agriculture tropicale), situé à la sortie ouest de Cotonou, la métropole béninoise, il déplore l’imprévoyance des États africains qui auraient pu, selon lui, éviter l’invasion acridienne et ses nombreuses conséquences. Il aurait suffi, pour cela, qu’ils utilisent le Green Muscle, un biopesticide préventif, obtenu par la culture du champignon Metarhizum anisopliae dont les spores tuent les juvéniles au sol. Dans un article publié au début du mois de septembre par le quotidien cotonois La Nouvelle Tribune, Kogblévi Aziadomè, agro-pédologue et ancien ministre béninois de l’Environnement et de l’Urbanisme, s’est lui aussi montré amer à l’égard des dirigeants africains qui ne savent qu’en appeler aux bailleurs de fonds : «Apportez-nous ceci, apportez-nous cela. Surtout n’oubliez pas ceci, n’occultez pas cela. Nous allons mourir, nous sommes morts». (Fernand Nouwligbéto & Christian G. Roko, La catastrophe qu’on aurait pu éviter, Quartier libre).Dans la mesure où seuls des traitements chimiques traditionnels sont estimés tendre à une efficacité minimale, sachant que le remède est pire que le mal, qu’il y va de l’empoisonnement du sol, de l’anéantissement de toutes les phytocénoses et biocénoses sur d’immenses horizons et de risques considérables pour la santé humaine (à suivre sur des décennies), il s’agit apparemment de mesures parfaitement nuisibles. Faut-il ajouter que ces épandages, même quand ils parviennent à détruire momentanément les criquets pèlerins ne préservent nullement les cultures, déjà atteintes (puisque la défaillance de mesures préliminaires est récurrente) ou qui le seront lors de l’essaim suivant. Et de préciser que de mémoire d’homme, ces pullulations ne sont que le résultat de paramètres écoclimatiques additionnels et qu’elles ne perdurent pas au-delà de deux saisons. En Afrique et depuis les premiers temps, le criquet a nourri les hommes dès lors qu’il se manifestait en vols massifs. La tête et les pattes ôtées, bouilli à l’eau ou rôti à la braise, l’insecte est un mêt très comparable aux crevettes grises. Et ces millions d’orthoptères en grappes sur les plantes, avec des femelles gonflées de petits oeufs jaunes, constituent une manne alimentaire traditionnellement cueillie et vendue par quintaux. « La sauterelle mange tout, mais tous la mangent » est une maxime courant chez les nomades sahariens. En Ahaggar, une fois grillés, ces acridiens sont même pilés au mortier et stockés dans des sacs pour être plus tard consommés dans des dattes broyées ou en galettes avec de la farine de blé. A défaut d’une consommation boulimique, laisser passer les nuages de criquets avec une assistance alimentaire des populations atteintes ne coûterait peut-être pas plus cher que les budgets intérieurs et internationaux mis au service des campagnes chimiques et dont le résultat protecteur est quasiment nul mais la destruction à long terme et en partie irréversible des écosystèmes parfaitement et tristement documentée. La dernière invasion de criquet en 1987-89 avait coûté 300 millions de dollars à la communauté internationale. Ce n’est que pour rassurer les populations qu’on les empoisonne ! Mais ceci est politiquement correct et d’un humanitaire douteux si l’on en croit les partenaires australiens venus prêter main forte en contrepartie des promesses du gouvernement mauritaniens quant à une réciprocité concernant les importants gisements de pétrole récemment découverts dans ce pays et dont l’exploitation devrait démarrer à la fin de l’année 2005. Charité bien ordonnée... (Arte, 29 septembre 2004).Les traitements antiacridiens ne sont que de la poudre aux yeux. Mais les yeux commencent à nous piquer sérieusement. Notamment depuis 1962 et Printemps silencieux de Rachel Carson, célèbre océanographe américaine, qui pour la première fois mis « la puce à l’oreille » sur l’emploi du DDT, combat crucial qui s’acheva tout de même par son interdiction. Avant Silent Spring, nous ne connaissions pas les ministères de l'environnement et en français du moins, le mot pollution n’était utilisé que dans sa seconde acception que lui assigne le Littré : « émission spermatique involontaire » ! Il y eut hélas un envers à cette victoire : la résurgence massive du paludisme suite à la réduction des épandages de DDT.Depuis ce temps et le spectre dystopique de notre « meilleur des mondes », les spécialistes nous tiennent en haleine avec les promesses d’une lutte biologique tant espérée, notamment pour les écosystèmes arides, les plus sensibles. Mais les « printemps stériles » ne sont pas en reste et pour l’instant, les produits respectueux de l’environnement le sont pour les plates-bandes de nos jardins de banlieue, d’où toute naturalité a disparu depuis des lustres. Même l’incitation au régime végétarien est suspicieuse sans une disponibilité de produits biologiques hors du créneau élitaire : les fruits et légumes dont nous nous nourrissons, pour la plupart issus de régions pestiférées vouées au maraîchage intensif et bioterroriste (figure de proue pour l’Europe : la mer de plastiques et d’engrais chimiques d’Almeria, Espagne) sont gorgés de biocides. Aucun des quotas réglementaires n’est respecté. Le taux de cancer est de 35% supérieur à celui de 1978 et l’origine principale est notre alimentation. Pauvres enfants que ceux que l’ont a régalé avec ces superbes tomates et poivrons conditionnés et sans la moindre « piqûre » d’insecte. Toujours cette phobie de la nature et cette confiance aveugle pour le génie maléfique humain. Alors, avec un tel dédain pour le consommateur « informé » de nos dites démocraties, comment peut-on espérer des compagnies mafieuses de produits phytosanitaires, véritables empoisonneurs publics coupables d’un lent écocide, une attitude lucide et respectueuse quand il s’agit de traiter les nuages de Schistocera gregaria en certains pays où triomphe la corruption ! « Rio + 10, Stockholm + 30, Johannesburg 2002. On m’invite à miser sur ces conférences. D’un point de vue éducatif, j’ai perdu confiance en ces forums. Je ne gage plus sur ces rencontres entre les chefs des nations, où règne une langue de bois. Non, où règne plutôt une langue morte, une langue de béton. Ils sont trop inféodés à une vision comptable et marchande du monde où la croissance économique est devenue le principal impératif. » Tom Berryman (Printemps silencieux + 40). Michel R. Tarrier, Ecologue
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Le surpâturage fait des dégats
Maroc : Le surpâturage fait des dégâts Michel Tarrier, écologue, consultant à l'Institut scientifique de Rabat, dresse un bref bilan des écosystèmes marocains. Quintessence du réservoir génétique abritant les deux tiers des plantes et un bon tiers des espèces animales, le domaine forestier marocain est l'élément fondateur de la richesse écologique du pays, puisqu'en son sein s'élaborent les grands cycles de l'eau, ressource précieuse. Vouloir dissocier une essence forestière naturelle de sa biodiversité contextuelle vieille de centaines de milliers d'années est la vue de l'esprit coupable de la perte des forêts, tel que l'enseigne admirablement Abdelmalek Benabid, professeur à l'Ecole nationale forestière d'ingénieurs de Rabat- Salé. Les espèces végétales et animales vivent en communauté. Ainsi, le forestier qui ne travaille pas avec, travaille contre. Il désosse, il déconstruit la forêt qui n'est pas une mine, il désintègre l'écosystème en éliminant des composants. En cédraie, par exemple, le potentiel de transformation le plus fort des semis naturels réside dans les parties les plus confuses du sous-bois, dans les trouées et les lisières envahies de cistes, de genêts, de lamiacées et de graminées, au sein d'un système pluristratifié. Ce sont là les berceaux des arbres de demain. A leurs côtés, les plants coûteux, installés par le sylviculteur dans leurs pots après nettoyage intempestif du sol et de la strate protectrice des bienfaisantes « mauvaises herbes », crèvent dès le premier été, ou nécessitent un suivi hors de prix. Et pour parachever, anachronique et abusif, le parcours intensif en cédraie est un véritable coup de grâce. La récente mort d'un géant, le Cèdre Gouraud tant « carte-postalisé », nous annonce censément le début de la fin. C'est un peu le glas qui vient de sonner dans la séculaire futaie de cèdres.Le surpâturage en prime Après la Maâmora, la plus grande subéraie du monde désormais fossilisée, après l'arganeraie exclusive au Maroc, désertifiée et réduite à la moitié de sa superficie en un demi-siècle, après la thuriféraie « nature morte » d'une « forêt sans arbres », aux ultimes vétérans pour la plupart sous protection maraboutique, c'est au tour de la cédraie, dernier écran vert entre le Sahara et le Nord, d'avoir périclité de 40% au fil des deux dernières décennies. Paysages défigurés, écosystèmes dénaturés, forêts dégarnies, biodiversité banalisée, sol écorché, lessivages catastrophiques, destructions irrémédiables, le parcours sylvopastoral est atteint par le surpâturage chronique. Les ravages de ce pastoralisme intempestif induisent une véritable pandémie écologique, un écocide lent, un risque d'extinction massive des plantes et de la faunule débouchant sur une mort du sol, déjà nu et squelettique en bien des régions, qu'elles soient montagnardes ou mésétiennes, forestières, steppiques ou subsahariennes, à tous les étages de végétation et dans tous les bioclimats. 800.000 moutons paissent au sein des modestes cédraies du Parc naturel d'Ifrane, soit un troupeau sept à huit fois supérieur à ce qu'il devrait être. Depuis peu, la fragile Vallée de l'Oued Tizguite n'est pas épargnée par la pression excessive du pacage. C'est notamment le cas en amont vers la sortie en direction de Boulmane, là où la vieille peupleraie a été décimée par une tempête et où tout le secteur a été surpâturé et ravagé par les troupeaux, alors que le paysage était indemne jusqu'à la fin des années 90. En aval et vers la Zaouïa de Sidi Abdeslam d'Ifrane, dès les alentours du « Refuge », bien des troupeaux séjournent alors qu'ils y étaient interdits il y a peu. Enfin, lorsque qu'approche la date de l'Aïd, tout un chacun vient engraisser son mouton n'importe où et jusqu'aux abords de la Source Vittel, voire même au cœur des belles pelouses du centre-ville d'Ifrane ! Le plus affligeant n'est pas de constater l'érosion de cet inestimable capital naturel, mais d'en diagnostiquer le caractère imparable du processus écocidaire dont les préjudices sont déjà palpables. La langue de bois et l'omerta ne sont plus de mises si l'on veut agir et nommer les choses par leur nom, et permettre d'aller droit au but. Nous n'avons même plus le luxe de ménager les susceptibilités. La sauvegarde de l'essentiel des écosystèmes marocains et de leurs sites passe obligatoirement par une politique volontariste d'allègement et de régulation de la charge du cheptel, en complète inadéquation avec les ressources disponibles. Faute d'un tel contrôle de la pression pastorale, devenue intolérable, et de propositions de solutions alternatives, tout programme conservatoire sera vain. S'il ne visait qu'à « gérer les préjudices », sombre est l'avenir. Quant aux moyens alternatifs, voire subventions d'encouragement qui doivent être dégagées en compensation d'une réduction des troupeaux à l'endroit des plus petits propriétaires, certaines expertises peuvent parfaitement les envisager.L'hécatombe du Moyen Atlas La dégradation de bien des secteurs de la cédraie, sa déconstruction sous forme de déboisement, l'éradication de certains de ses composants par la destruction du sous-bois, ont provoqué une fragilisation, voire une perte définitive de nombreuses espèces végétales et animales. L'impact est irréversible. Sans remonter au temps du lion de l'Atlas (ultime signalement pour le Moyen Atlas : 1930) et dont le dernier représentant ifranais est taillé dans le granit, ou dresser une liste posthume exhaustive, nous citerons quelques espèces dont nous sommes « sans nouvelle » depuis les dernières décennies, ainsi que d'autres dont le risque d'extinction est très préoccupant. La panthère fauve tachetée : les tueurs en série que nous sommes, sommes parvenus à leurs fins, non sans efforts (safaris, trophées, fourrure, braconnage, égocentrisme pastoral, phobies, bêtise et vieux démons...). Bien que très méfiante, la panthère était pourtant le plus ubiquiste des félins et habitait au Maroc un grand spectre de biotopes. On la surprenait encore jusque dans les années 50, par exemple dans les cédraies de l'escarpement d'Azrou ou dans la doline boisée du Mischliffen. Mais déjà de 1986 à 1996, les quelques signalements (traces, excréments, magots dévorés, témoignages locaux) ne provenaient plus que du Haut Atlas oriental et ne portaient que sur quelques sujets erratiques et sans viabilité génétique. Le déclin final fut l'œuvre discrète de quelques bergers, l'animal pouvant évidemment causer des dégâts non remboursés parmi le bétail. Une réintroduction aléatoire, doublée d'une veille soucieuse, devrait être engagée. Hors la cédraie, il est deux autres espèces marocaines climatiques qui vivent actuellement un purgatoire damoclésien en vue d'un même destin muséologique : le guépard et la hyène. Quant au lynx caracal, le bel animal n'a plus été observé des cédraies rifaines et du Moyen Atlas depuis les années 80 du siècle passé.Le singe magot de Barbarie, animal protégé par conventions internationales, est sur le déclin et les vœux douteux de certains gestionnaires seront bientôt hélas exhaussés. Si le magot commet des dégâts localisés, c'est qu'il souffre de concentrations inéluctables en raison de la destruction globale de son habitat naturel. Le magot et le cèdre ont toujours été deux éléments d'une même communauté écosystémique. Dans un passé très récent, où le singe montrait un effectif nettement plus fourni, aucun dégât dommageable n'était relevé. D'ailleurs, les dégradations actuelles ne sont signalées que dans des secteurs précis, justement ceux déjà victimes de dysfonctionnement forestier entraînant des dérèglements aux niveaux des populations, des structures et des architectures des composantes végétales et animales. Quand le faciès sylvicole est diversifié, ce type de dégâts n'existe pas. Le magot souffre dans la cédraie du « syndrome du Titanic », qui fait que les survivants se concentrent sur les derniers secteurs vitaux avant que l'ensemble ne sombre définitivement. La truite de Pallary, ce poisson endémique des eaux continentales, propre à l'Aguemalne de Sidi-Ali situé au cœur de la cédraie « morte » du Col du Zad (Moyen Atlas central), est porté éteint. L'écrevisse à pieds rouges, caractéristique des cours d'eau de la cédraie, va suivre la même voie en raison de ses prélèvements excessifs et de la pollution galopante des eaux vives (notamment par l'usage direct de détergents non biodégradables par les populations riveraines de l’Oued Tizguite d'Ifrane). Quant aux lépidoptères d'Ifrane, d'Azrou, du plateau d'Ito, les plus précieux se voient progressivement biffés du paysage sous les effets néfastes de la pression des parcours, par la disparition des plantes fines et de leurs habitats qu’engendre la suppression des moindres périmètres de protection. Et que l'on n'aille pas croire que la gazelle ou le papillon « ne servent à rien » ! Pauvreté et dégradation de l'environnement sont des phénomènes à rétroaction positive, à savoir que les conséquences de l'une rendent l'autre inévitable. Quand on parle de sauvegarder le bio patrimoine, le souci humanitaire est toujours en contrepoint. Le recul ou le déclin d'une espèce indique le mauvais état de santé de l'écosystème qui engendrera à court terme le tarissement des ressources, et donc une crise dans la survie et l'approvisionnement des populations. Sans être plus alarmiste et annoncer des risques majeurs, il faut tout de même savoir que çà et là dans ce monde, la plupart des actuelles inondations meurtrières présentées comme des catastrophes « naturelles » (inondations à répétition à Madagascar, récemment en Haïti), ont pour origine un usage abusif des ressources (surpâturage, déforestation) ayant entraîné une incommensurable érosion du sol désormais incapable d'absorber les précipitations diluviennes. En 1995, la crue désastreuse qui avait endeuillé le bassin versant de l'Ourika et ses 200 morts déclarés étaient un signe précurseur qu'il faut prendre en compte, non seulement par la mise en place d'un système de prévention du désastre (comme il vient d'être fait), mais surtout par un soulagement des causes de la désertification dont l'agent essentiel est la charge pastorale. Michel Tarrier est l'auteur d'un livre-témoignage illustré par Jean Delacre, actuellement sous presse : "Le Maroc, un Royaume de biodiversité. Ecosystèmes et problématiques". Il s'agit d'un état des lieux du Maroc naturel, un réquisitoire sans concession sur les causes de perdition du riche biopatrimoine marocain et l'histoire documentée de son massacre. Un livre qui suscitera le débat sur les enjeux écologiques du Maroc…
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L'enfant au lance-pierre
L’enfant au lance-pierre« Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine.En ce qui concerne l’univers je n’en ai pas acquis la certitude absolue. » Albert Einstein Hélas plus symbolique qu’anecdotique, tout promeneur ayant goûté les charmes du paysage marocain, notamment forestier ou oasien, ou ayant flâné dans les parcs et les jardins de villes, n’a pas manqué de rencontrer l’enfant au lance-pierre. Tout comme le randonneur véhiculé circulant dans le Sud ou dans la périphérie des plus grandes villes, connaît l’enfant bourreau offrant à tout imbécile l’écureuil ou le fouette-queue prisonnier, le lot de tortues terrestres ou aquatiques cruellement ligotées et exhibées mourantes par ordre de tailles. A noter que cette pratique de vente de jouets vivants sur les bords des routes contribuant à une mauvaise image de marque, a été réprimée par les autorités et enregistre un net recul depuis quelques années, ou pour le moins les jeunes braconniers font désormais preuve d’une plus grande discrétion. L’enfant au lance-pierre a pour cible tout ce qui bouge, les oiseaux en priorité. L’enfant au lance-pierre évolue librement au milieu des promeneurs locaux et n’est que très rarement l’objet de reproches. L’enfant au lance-pierre est très souvent le fils d’un garde forestier et, avec une ribambelle de frères et de copains, il organise d’impitoyables razzias dans tous les alentours du périmètre forestier dont son père est en charge, lequel profite le plus souvent du poste pour engraisser ses vaches et ses moutons sur le dos des espaces et des reboisements en défends (très nombreuses observations documentées). L’enfant au lance-pierre en dit long sur les mauvaises habitudes et l’ « ornithologue » qu’il sera demain. Faute de l’enseignement familial, l’enfant au lance-pierre pourrait être au moins mentalisé par son instituteur... Démographie aidant, le nombre de lance-pierre est surnuméraire, y compris dans les terrains vagues des grandes villes, et le potentiel de cette force de frappe contre le vivant correspond à celui d’un armement de destruction massive à l’encontre du petit monde enchanteur dont la contemplation serait une meilleure source de bonheur et d’enrichissement que l’assassinat. Et même si certaines espèces sont protégées par mille conventions, la plupart sont comestibles. On peut toujours confisquer le lance-pierre, il se régénère en un instant. On ne peut pas confisquer l’enfant ! « Pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font... »NDLR : Michel Tarrier, écologue et consultant à l’Institut Scientifique de Rabat, est l’auteur d’un livre-témoignage actuellement sous presse : "Le Maroc, un royaume de biodiversité. Ecosystèmes et problématiques", illustré par Jean Delacre. Il s’agit d’un état des lieux du Maroc naturel, un réquisitoire sans concession sur les causes de perdition du riche biopatrimoine marocain et l’histoire documentée de son hécatombe. Un livre qui suscitera le débat sur les enjeux écologiques du Maroc, avec une préface du WWF. " Un Maroc se meurt, celui d’une Nature si riche par le passé ; celui du sol, de l’eau et des ressources naturelles. Destruction des paysages, extermination des espèces, préjudices. Risque d’extinction massive de la biodiversité marocaine. "
11:02
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Demande d'interview
De : Michel Tarrier
10:56
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Déception
De : andre-lequet@wanadoo.fr Objet : MEEM Date : 3 octobre 2005 21:31:49 GMT+02:00 À : jean.delacre@skynet.be Bonsoir, Bien reçu l'invite, mais par delà le fait que je ne suis pas "forum", j'avoue ne pas être motivé car j'estime que c'est trop tard, et même beaucoup trop tard ! Pour avoir résidé 6 ans à Meknès (au début des années 50) Pour y avoir passé mes plus belles années de jeune naturaliste Pour avoir eu à connaître une faune incroyablement dense et diversifiée Mais aussi... Pour y être retourné en 99 (à l' occasion d'un classique "villes impériales", ma femme ne connaissant pas le pays). Pour n'avoir vu qu'un malheureux milan en 8 jours Pour avoir vu les cigognes couleur corbeau sur les dépotoirs Pour avoir vu des sacs poubelles éventrés sans une mouche dessus Pour n'avoir pas vu l'ombre d'un moustique, ni le moindre papillon de nuit autour des lampadaires Pour avoir vu 2 matous crevés et "à point" sans la moindre bestiole dessus ou dessous Pour être allé là où j'ai vécu, et avoir vu ce qu'il en restait (quand il en restait qq chose !) je dis TROP TARD, BEAUCOUP TROP TARD, et j'ai mal aux tripes ! André Lequet (44-Nantes) andre-lequet@wanadoo.fr http://perso.wanadoo.fr/insectes.net/
10:53
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Préservons la biodiversité de l'embouchure de la Moulouya.
Pétition Contre la station Balnéaire de Saidia Préservons la biodiversité de l’embouchure de Moulouya. Le chapitre 3-218 de la loi voté le 19 juin 2003, stipule que tous les projets d’animation économique, de constructions...sont assujettis à une étude d’impact sur l’environnement. Le fond de la loi tente de préserver l’environnement et d’intégrer le soucis écologiste au cœur du développement. Cependant, le gouvernement Marocain, dans le cadre de sa nouvelle stratégie touristique ultra productiviste, a signé un accord avec la Société espagnole FADESA pour la création d’une station balnéaire à Saidia. Vu l’intérêt écologique du site en question et sa richesse en biodiversité unique au monde. Nous, soussignés, demandons au gouvernement d’appliquer la loi et de renoncer à ce projet écologiquement insoutenable.
10:52
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03.11.2005
Tout doit disparaître.
Pourquoi voulez-vous absolument détruire ce Pays ? Je ne savais pas... Lorsqu’en 1992, j’ai prospecté pour la première fois le Maroc, je n’en possédais qu’une version d’image d’Epinal divulguée par les catalogues : la splendeur des villes impériales, les muezzins appelant à la prière, les souks aux enivrants parfums d’épices, les peu fascinants (et très contestables) charmeurs de serpents de Marrakech, Tanger « tourterelle sur l’épaule de l’Afrique », Essaouira l’ancienne Mogador et ses Faucons Eléonor, le charme langoureux des palmeraies, la spiritualité du désert, la touchante hospitalité des populations, le monde berbère et ses traditions vivantes, les légendes interlopes du Rif, les faux Touaregs, les faux guides et la vraie pauvreté... A ces stéréotypes du marketing, venaient s’ajouter les données du naturaliste, de l’entomologiste en particulier, avec une approche toute livresque des milieux et de leurs biocénoses, du Rif, des Atlas, du Sahara, de la cédraie, de l’arganeraie, des univers steppiques..., tout un imaginaire exaltant. Ces notions étaient certes teintées de quelques connotations relatives à la dégradation d’écosystèmes et à l’extinction déjà consommée de quelques espèces, comme il en est désormais tous azimuts. Mais de là à imaginer ce que j’allais découvrir, il y avait plus qu’un hiatus de désinformation ! Autant pour ce qui concerne la fabuleuse biodiversité de ce magnifique pays, que pour ce qui se rapporte à la présente destruction galopante dont elle est victime. Je ne savais pas... Chercher l’erreur... Le printemps marocain, correspondant au milieu de l’hiver français, offre au visiteur superficiel une apparente richesse de végétation d'autant plus plaisante qu'elle se traduit par des floraisons massives et une remarquable palette de couleurs qui drapent le sol et fait illusion, notamment à la faveur d’hivers bien arrosés. C’est ainsi que ma première traversée, précoce en saison, fut éblouissante mais trompeuse sous l’effet de ce regain féerique. Il me fallait attendre la fin du printemps pour trouver l’erreur... C’est quand l’insolation commence à se faire implacable, que la nature se déshabille de sa livrée d’apparat, que les troupeaux s’apprêtent à monter du Sud et à tondre les montagnes, que le naturaliste reste pantois devant l’hécatombe chaque fois recommencée, un coup de grâce chaque fois mieux accompli et avec moins de restes. Le cycle d'une première année a suffi pour me convaincre des caractéristiques essentielles des pâturages marocains : fragilité, fugacité, pauvreté. Et la règle s’applique à la globalité des paysages naturels puisque, autre singularité, voire aberration, tout et absolument tout est pâturé dans les Pays du Maghreb. On peut aisément lire la grande pauvreté des sols, souvent même squelettiques et laissant apparaître la roche sous-jacente. La végétation y est clairsemée et les multiples sentes tracées sans répit par le piétinement des troupeaux s'inscrivent sur la terre comme un réseau irréversiblement stérile et sans cicatrisation possible. Tout le bled revêt ce faciès en « peau de panthère », avec une plus forte acuité en adret des collines. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cet aspect n’est pas celui d’une dotation écoclimatique, mais il correspond à un grave dysfonctionnement résultant d’un usage exacerbé de l’activité pastorale. Le simple passage du Col du Zad (Moyen Atlas) et la vision des montagnes pelées qui servent d’écrin au Lac de Sidi-Ali, le spectacle de ces ossatures de cédraies et de chênaies partout vidées de leurs sous-bois, la découverte de l’arganeraie au sol croûté, la contemplation avec commisération de la plus grande formation à chêne-liège du monde qu’est la Maâmora, architecture creuse et sans régénération, etc., ont pour l’écologue un effet comparable à celui d’un électrochoc, les « forêts mortes » de genévriers thurifères du Haut Atlas, etc. Et quand on parle un peu aux habitants, que l’on se documente sur le passé, on apprend qu’il n’y a pas si longtemps, la plupart de ces sites étaient encore verts et recouverts. Il n’y a vraiment pas si longtemps, parfois juste quelques dizaines d’années, des fois moins. Il y avait une erreur dans le beau dépliant d’exotisme de proximité. Le cynisme aigu d’une telle réalité laisse songeur, tant la destruction est froidement consommée, avec à l’horizon un avenir bien incertain, tant pour les précieux écosystèmes sur le déclin que pour les hommes dont la vie quotidienne en est toute dépendante. Mais ceux-ci ne peuvent s’offrir le luxe d’analyser et de pleurer misère, tant il y a urgence à survivre au quotidien. Car le fossé social se creuse, la disparité entre la ville et la campagne devient impitoyable. Ici comme ailleurs, Homo sapiens n’est pas toujours une espèce « protégée »... L’objectif de l'écologie, c'est de comprendre le fonctionnement des écosystèmes. Le devoir d’un écologue est subséquemment de tenter d’informer le plus grand nombre de colocataires de la Maison du Quaternaire des dysfonctionnements et des pressions dont les formations naturelles peuvent être victimes. La démarche s’inscrit dans l’incontournable besoin d’inventaire du naturaliste, un devoir de mémoire du citoyen du monde, avec à l’horizon l’illusion un peu pathétique qu’un tel constat puisse servir à recoller les morceaux. Témoigner pour que l’on ne puisse plus dire : « On ne savait pas... » A toutes fins utiles... « Il est vrai que l’Homme peut être tenu pour responsable des atteintes portées à l’environnement, des violations de ses lois et de la dilapidation de ses richesses, du fait d’un comportement excessif. Il n’en reste pas moins que, mu par une volonté de redressement et conscient de l’acuité du problème, l’Homme détient les clés du Salut entre les mains. » Feu S. M. Hassan II, colloque Environnement et Développement, 1999. « Pour nous, croyants, l’Environnement est un problème de civilisation et de foi, et la Nature, une création divine confiée à la garde de l’Homme, doué de conscience et de raison. La Nature est le produit de plusieurs milliards d’années d’évolution que l’inconscience de l’Homme dégrade. » S. M. Mohammed VI, Rio de Janeiro, 1992 Critique de nos critiques « Un bon écologiste, c'est un type qui voit loin et qui a peu de foi dans le progrès, la science et la technique. » Jacques-Yves Cousteau « Les idées ne sont pas faites pour être pensées mais pour être vécues. » André Malraux « Nous en avons assez d’être les partisans de causes plus petites que celle de l’Univers. » Henry Grouès, dit l’Abbé Pierre « La pauvreté est le plus redoutable des agents de pollution. » Indira Gandhi « Depuis une quinzaine d'années, l'ethnologue prend davantage conscience que les problèmes posés par les préjugés raciaux reflètent à l'échelle humaine un problème beaucoup plus vaste et dont la solution est encore plus urgente : celui des rapports entre l'homme et les autres espèces vivantes ; et il ne servirait à rien de prétendre le résoudre sur le premier plan si on ne s'attaquait pas aussi à lui sur l'autre, tant il est vrai que le respect que nous souhaitons obtenir de l'homme envers ses pareils n'est qu'un cas particulier du respect qu'il devrait ressentir pour toutes les formes de la vie. » Claude Levi-Strauss La présente perte planétaire de biodiversité par le saccage des habitats et l’érosion des espèces qui en sont tributaires, revêt le scénario d'un épisode d'extinction massive. Certains analystes fondés comparent le phénomène à une glaciation ou à une catastrophe égale à celle de la fin du Crétacé (65 millions d’années). Rappelons qu’il s'est produit entre le Crétacé et le Tertiaire, période où la vie proliférait, un phénomène d'origine cosmique (la collision planétaire d’un astéroïde étant l’hypothèse la plus souvent avancée) ayant rendu le milieu totalement anoxique. La rupture de nombreuses chaînes alimentaires engendra alors une apocalypse écologique qui fut fatale à un très grand nombre d’espèces, parmi lesquelles les dinosaures. Un tel scénario à solution finale se produirait présentement, mais cette fois sous forme d’un écocide lent provoqué par les égarements d’une fourmilière humaine rendue maîtresse tyrannique de la planète à force d’ « intelligence ». Ce n’est peut-être pas un postulat trop osé... Bien des preuves irréfutables sont engrangées pour étayer cette théorie extrême. Vivre en catastrophe n’empêche pourtant pas certains de continuer impassiblement à vaquer à leurs occupations, à consommer, à stocker. Fatalisme suicidaire ? Incrédulité face à l’énormité d’une prophétie jugée affabulatrice ? Egoïsme d’une extrême inconscience ? Réponse presque unanime par un « Seul je ne peux de toute façon rien changer... ! » D’autres s’en inquiètent, un peu, beaucoup, passionnément. L’écoconscience est-elle un écocentrisme ? Les verts sont-ils les écofascistes d’un nouveau type ? L’écologisme est-il un romantisme aux tendances autoritaires et contradictoires ? Les écolos sont-ils en proie à une exaltation et à une fétichisation naturaliste ? Les protectionnistes sont-ils des prophètes de la panique, de l’alarmisme, du catastrophisme ? Le développement durable est-il une imposture, une démagogie verte ? Etc. Autant de questions qui surgissent des critiques de certains, du principe de défiance de quelques autres, voire de railleries communes. Ces objections à nos critiques et au salutaire combat pour le respect du vivant proviennent généralement d’un tissu social dont l’univers de proximité n’est pas encore menacé par la politique de la terre brûlée et qui, dans le plus total cynisme, cherche à protéger quelques privilèges bientôt au bord du gouffre. Il est donc intéressant de noter que les blâmes trouvent toutes leurs résonances dans la classe la plus responsable du cynisme ambiant et de la disparité sociale, que les diatribes sont le fait de détracteurs n’opposant pas la moindre objection aux exactions des compagnies qui tendent à scalper l’Amazonie, à trouer l’Alaska ou à dénaturer le Maghreb. Plutôt que de répondre à ces questions, à ces doutes, à ces critiques, par « la bonne parole de l’homme de bonne volonté », les écologistes ont la manifeste tendance à former des cercles, à se replier en clans, à se réunir en chapelles, à recourir à un code ésotérique, à une rhétorique amphigourique dont l’usage se résume à ne convaincre que des convaincus. L’humanisme naturaliste devient alors force politique à effet nul, avec le risque sectaire de se mentir à lui-même pour la seule autosatisfaction, quand ce n’est pas de l’autoflagellation. C’est une dérive. Qu’il soit taxé de naïf ou d’extrémiste, d’idéaliste ou d’intolérant, d’exalté ou de réactionnaire, ce qu’on reproche finalement à l’écologiste serait une ingratitude aveugle. On lui fait le procès d’intention d’être insensible aux problèmes de grande pauvreté et de s’émouvoir sur l’éradication d’un végétal, d’évaluer le degré de naturalité bien au-delà de la valeur humanitaire. Il n’a pourtant jamais été du propos d’aucun écolo-conservationniste d’extraire l’homme de la biosphère, de tomber en pâmoison devant une espèce rare dont un diktat conservatoire engendrerait une famine. C’est prétendre à une perverse esthétique qui confinerait au romantisme nazi de quelques « khmers verts ». Que l’on prenne garde, il peut en exister en ces temps de djihads bellicistes à trois cent soixante degrés ! Mais jeter l’anathème sur l’écologiste ordinaire en estimant que sa préoccupation serait doublée du dédain pour la misère humaine est d’autant un mauvais procès que cette pauvreté est étroitement corrélée à la détérioration de l’environnement. Ce sont les plus démunis qui subissent de plein fouet les effets de la dégradation du capital naturel, de l’épuisement des ressources et bientôt d’une mondialisation dont ils sont la cinquième roue de la charrette. Pas plus que le quart-monde n’a le moindre contrôle de ce que les transnationales mettent dans son assiette occidentale (autre débat...), le tiers-monde n’a pas toujours les moyens de s’abstenir d’une moindre prédation pour sa survie journalière. Pauvreté et dégradation de l'environnement sont des phénomènes à rétroaction positive, à savoir que les conséquences de l'une rendent l'autre inévitable. Quand on parle de sauvegarder le biopatrimoine, le souci humanitaire est toujours en contrepoint. Aucune déontologie verte ne peut nous faire négliger l'éthique envers notre propre espèce, particulièrement envers ceux qui n’ont voix au chapitre. Il n’est nulle question de soustraire cette dernière pousse comestible que coupe la mère s’il s’agit de nourrir son enfant. Même si nous faisons l’éloge de la Nature et condamnons la civilisation, même si nous mettons une majuscule à « Nature » et une minuscule à « humain » parce que le second est champion dans l’art de décevoir mais que la première tient toujours ses promesses et ses floraisons... La précarité, sans cesse plus nombreuse, sans cesse marginalisée davantage et rejetée en périphérie des métropoles, exerce une pression sans commun rapport avec la capacité du support naturel. Ce dont les classes privilégiées peuvent le plus souvent s’épargner, ayant d’ailleurs pour la plupart de leurs représentants perdus tout contact avec le moindre écosystème puisque « survivant luxueusement bunkérisés » en système calfeutré. On court l’inévitable risque de voir détruire des milieux fragiles parce qu'on n'a pas su assurer le nécessaire à des populations démunies, comme par exemple au sein de l’arganeraie marocaine ou d’une Maâmora jouxtant la capitale... Non, l’écologisme – même maladroit – n’est pas un démon à exorciser. L’accusation de se détourner de l’humanité en cherchant à sauvegarder une biocénose ou à ralentir le dépérissement d’une forêt est ainsi fallacieuse. Si elle s’avérait exacte, ce serait un reproche fait à l’endroit d’une idéologie, d’un dogmatisme. Mais l’écologisme est un humanisme naturaliste, non une révélation ! Et l’écologie qui ne se préoccupe que de comprendre les écosystèmes est une science. Point. L’effet placebo « Le mépris des hommes est fréquent chez les politiques, mais confidentiel. » André Malraux « Summum jus, summa injuria. » (« Comble du droit, comble de l’injustice. ») Cicéron Les protecteurs de la nature savent que la réalité ne se pliera pas aux constructions intellectuelles de leur modèle si légitime soit-il, car la réalité est tout en nuances et c'est ce que la science écologique leur apprend. En prétendant à une connivence entre équipement et environnement, les défenseurs de cet environnement souhaitent seulement contrecarrer les abus incompatibles pour contribuer à conserver le milieu le plus indemne possible comme cadre de vie, et le maintien d’un niveau de ressources conciliable avec le futur. Tels sont les vœux du développement durable et autres louables suggestions de gestion viable. Protéger la nature est un noble idéal et cet idéal passe par la colère. Colère initiale de s’affronter en amont à une hostilité souvent étatique à l’endroit de principes légitimes, colère de constater que l’on pouvait aisément faire autrement et sans dégât, mais qu’on ne l’a pas fait, ou pire - parce que pas très malins - on a fait semblant de faire pour ménager la chèvre et le chou. Et que quand c’est fini ça recommence. Déconvenue, désenchantement de s’apercevoir que tous les thèmes débattus et rebattus lors d’infinis discours et conférences ne soient jamais mis en oeuvre, qu’ils ne sont que de vaines promesses, des effets de manches et d’annonces, et que les partisans d’un profit extorqué au détriment des valeurs pérennes et de l’avenir du genre humain y répondent par une glaciale indifférence. Face à d’éternelles priorités, l’application des mesures et leur efficacité restent l’exception. Les écoconscients se fâchent lorsque le politique fourbe fait de ce thème essentiel une poule aux oeufs démagogiques et roule une fois de plus les citoyens dans la farine. Il y aurait donc encore assez de couleuvres pour nous en faire avaler ? Il n’est de cesse de surprendre les détournements et les récupérations éhontées du souhait de gestion supportable, à des fins strictement vénales ou électorales : conservation trompe-l’œil dont les mesures « ne mangent pas de pain », législations cosmétiques, ersatz de réserves naturelles et autres poudres aux yeux et effets placebo. Le citoyen qui va en payer très cher les préjudices comprend parfaitement que l’on puisse se préoccuper du devenir de la forêt, des rapaces, du sol, de l’eau, de l’air, notamment la jeunesse, et plus qu’il n’y parait en zone rurale. Mais bien des décideurs s’acharnent à semer le trouble en arguant des sempiternels impératifs de progrès trompeur, de droit à la modernité, de production et de quotas incontournables, le tout générateur de créations d’emplois. Les alibis d’une ambitieuse croissance président toujours à un saccage obligé dont la finalité non avouée reste l’attrait du gain sans souci des conséquences. Et puis les commis d’états ne sont pas innocemment choisis par un certain pouvoir, ils ne sont pas sélectionnés pour leur esprit militant et sont mis en place pour la galerie. Leur stoïcisme, leur cynisme, leur immobilisme ont été évalués comme à toute épreuve par le manipulateur politique. On peut compter sur eux pour que rien ne bouge et on leur remet les clés de la conservation de la biosphère, comme on remettrai un chèque en blanc à un expert de la falsification. Un jour, Moshé Lewin posa la question : « Si quelqu’un, en présence d’un hippopotame, déclare qu’il s’agit d’une girafe, va-t-on lui confier une chaire de zoologie ? On peut lui répondre affirmativement. C’est plus ou moins ainsi qu’agit le système. A cette dérive hallucinante, s’ajoute celle bien identifiée du fameux Principe de Peter où, dans la sombre concurrence bureaucratique, les acteurs ont à atteindre leur respectif niveau d’incompétence. En fait et dans son domaine, l’écologisme est une rébellion de l’esprit critique contre toute forme d’abus de pouvoir. L’énergie du désespoir « L’homme est désespéré de faire partie d’un monde infini, où il compte pour zéro. » Ernest Renan « Nous n’habitons plus la même planète que nos aïeux : la leur était immense, la nôtre est petite. » Bertrand de Jouvenel Sommes-nous atteints du complexe de Noé (sauvetage irrationnel et intrinsèque des espèces), voire de sa phase secondaire, le dilemme de Noé (savoir qui sera mangé ) ? Si oui, c’est la contre-réaction aux attitudes induites par l’ « après moi le déluge » du laisser-aller ordinaire. Nous devrons plus que jamais gérer la biosphère avec prudence et circonspection, parce que nous y sommes condamnés, et chaque fois en plus grand nombre de colocataires d’une maison commune. Et les politiques devraient désormais agir en connaissance des implications écologiques. Tout simplement. Trop petite la planète ? Certainement ! Il pourrait rester une dernière chance pour la nature : 80 % de l'humanité sera citadine en 2025. Le tout est que ces 80 % des 8 milliards prévus en 2025 puissent laisser les lieux naturels aussi propres en sortant (2025 !) qu’ils les trouvèrent en entrant. Pour que les 20 % alors lâchés dans cette nature soldée soient aptes à garder la clé des champs. Si nous nous portons ce jour de 2004 au chevet des espèces menacées, nous constatons que près de 16.000 taxons animaux et végétaux sont en situation de précarité, essentiellement en raison du comportement destructeur de l’homme. Quant aux taux d’extinctions actuels, ils sont entre cent et mille fois supérieurs à ce qu’ils seraient en posture de naturalité. 784 espèces emblématiques ont été portées disparues depuis l’an 1500 (Source : IUCN, 2004). NDLR : Michel Tarrier, écologue et consultant à l’Institut Scientifique de Rabat, est l’auteur d’un livre-témoignage actuellement sous presse : Le Maroc, un royaume de biodiversité. Ecosystèmes et problématiques, illustré par Jean Delacre. Il s’agit d’un état des lieux du Maroc naturel, un réquisitoire sans concession sur les causes de perdition du riche biopatrimoine marocain et l’histoire documentée de son hécatombe. Un livre qui suscitera le débat sur les enjeux écologiques du Maroc, avec une préface du WWF. « Un Maroc se meurt, celui d’une Nature si riche par le passé ; celui du sol, de l’eau et des ressources naturelles. Destruction des paysages, extermination des espèces, préjudices. Risque d’extinction massive de la biodiversité marocaine. » Michel Tarrier
15:38
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